« J’en ai trop » : 3 cas de vernix caseosa
Par Alex Leupen et Deborah Collins
Le médicament Vernix caseosa est une découverte du médecin néerlandais Tinus Smits, qui a introduit plusieurs nouveaux remèdes en homéopathie. Le vernix caseosa, ou substance vernix, désigne le dépôt blanc et légèrement gras sur la peau des nouveau-nés, qui s’accumule surtout dans les plis cutanés. Son absence au moment de la naissance indique souvent un dépassement du terme.
Composition
Le vernix se forme à partir de la 20e semaine de grossesse. Il est composé à 80 % d’eau, à 10 % d’acides gras et à 10 % de protéines. Les composants lipidiques sont produits par les glandes sébacées, particulièrement actives chez les nourrissons. La majorité des protéines joue un rôle important dans la défense immunitaire naturelle, par exemple les alpha‑défensines (HNP « human neutrophil peptides »).
Fonction
On considère aujourd’hui que le vernix est spécifique à l’espèce humaine. Il sert de manteau protecteur pour le fœtus fragile et empêche que celui‑ci soit attaqué par le liquide amniotique ou le méconium. De plus, les protéines fortement antibactériennes du vernix laissent supposer qu’il protège aussi contre les infections après la naissance.
Le remède homéopathique
Tinus Smits décrit les particularités du tableau thérapeutique du Vernix ainsi :
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Le remède est très semblable à Phosphorus et à Lac maternum.
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Personnes très vulnérables, incapables de se protéger suffisamment de leur environnement. Elles sont hypersensibles et ont l’impression d’être « nues » ; le manteau protecteur — la peau — est insuffisamment développé.
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Ces personnes perçoivent le monde extérieur comme une menace. Elles sont tellement perméables que chaque impression, chaque stimulus pénètre directement à l’intérieur. Par conséquent, le monde extérieur est perçu de façon trop intense. Elles réagissent avec une hypersensibilité à tout.
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Elles éprouvent des sentiments de culpabilité et croient ne pas en faire assez pour les autres. Elles ne peuvent pas dire « non ».
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Elles réagissent extrêmement aux bruits et aux odeurs.
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Elles ont le désir d’être tenues ou emmaillotées.
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Elles se sentent fragiles.
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Les personnes ayant besoin de ce remède doivent apprendre à entrer en contact avec leurs propres sentiments et besoins.
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Ces personnes ne sont pas en équilibre, pas focalisées. Elles ne trouvent pas de calme intérieur, mais dirigent leur attention excessivement vers l’extérieur. La souffrance d’autrui et les conflits mondiaux les accablent fortement, car elles sont incapables de se protéger.
Étude de cas 1 : « Tout pénètre en moi » par Deborah Collins
La patiente est une Maorie de 20 ans, mère de deux enfants, qui vient en consultation accompagnée de sa propre mère. En racontant ses symptômes, elle fond en larmes : « J’en ai tout simplement trop. Je dois même prendre des antidépresseurs parce que je n’en peux plus. Je ne m’en sors ni avec mes enfants, ni avec les tâches ménagères, même les petites choses me dépassent. Ma mère doit souvent m’aider. Mais même cela me dérange — tout m’énerve. Et ce n’est pas tout — chaque émotion, même celles des autres, pénètre en moi sans obstacle. Quand je marche dans la rue ou que je fais des courses, j’ai l’impression que tout ce que je vois, entends, sens ou ressens — donc aussi les émotions des autres — pénètre directement en moi. C’est comme si je n’avais pas de peau. Rien ne reste à l’extérieur, je ne peux pas me protéger. »
C’est une femme expressive, passant aisément du rire aux larmes et racontant son histoire avec une gestuelle marquée : elle semble vouloir se protéger constamment avec ses mains. Bien qu’elle soit mère de deux enfants, elle a en elle quelque chose d’enfantin.
« Je ne peux pas m’occuper de mes enfants. Quand ils pleurent, je peux presque sentir leur douleur et je ne le supporte pas. J’aimerais alors m’allonger sur le lit et m’enrouler dans une couverture jusqu’à ce que tout passe. Je n’arrive à rien me motiver ; je dois me forcer à me lever le matin et organiser ma journée. Ce n’est pas bon pour mon mariage non plus, nous avons de sérieux problèmes. »
« Chaque fois que ma mère rend visite à son amie malade et revient chez moi, je peux ressentir ce qu’a vécu ma mère et à quel point son amie souffre de sa maladie. Je suis alors submergée par des émotions. Ça finit toujours par des pleurs ou des cris. Entre‑temps, je bois aussi trop d’alcool. J’essaie de noyer mes problèmes dans l’alcool et j’ai vraiment peur que cela devienne un problème un jour. Mais je n’y arrive plus, je ne veux plus vivre avec toutes ces émotions. »
À ce moment, la mère de la patiente prit la parole pour la première fois : « Quand j’étais enceinte d’elle, je savais que c’étaient des jumeaux et que l’un d’eux allait mourir. Quand ma fille est née, elle a poussé un cri déchirant. Je n’avais jamais entendu un nouveau‑né crier ainsi. Je savais cependant qu’elle pleurait la mort de sa sœur. En fait, elle était arrivée trop tôt, mais elle n’avait pas du tout de vernix — elle était simplement rouge et fripée et tellement irritable — elle était inconsolable et pleurait tout le temps. »
La mère venait justement de me donner l’indication du remède approprié pour sa fille : le vernix caseosa, le film protecteur gras qui entoure le bébé dans l’utérus. Quand j’ai dit à la femme quel remède j’allais lui donner, elle a été très enthousiaste et a dit : « Oui, c’est exactement ce dont j’ai besoin — un tampon qui me protège. »
Prescription : Une dose de Vernix caseosa C200 fit des merveilles. La patiente revint un mois plus tard rayonnante. « J’ai repris le contrôle de ma vie. Je me lève le matin et je peux m’occuper de la maison. J’ai maintenant ce tampon qui m’aide à retrouver mon centre intérieur et empêche que je prenne tout ce qui se passe dehors. Je ne bois plus d’alcool non plus, je n’en ai tout simplement plus besoin. J’ai arrêté les antidépresseurs aussi — ils ne m’avaient pas vraiment aidée, au contraire ils avaient empiré les choses. »
Une seule prise du remède guérit cette patiente. Dans certains cas, cependant, plusieurs prises sont nécessaires pour obtenir une guérison. Par la suite la patiente vint de temps en temps en consultation avec ses enfants, mais n’eut plus besoin de rendez‑vous pour elle‑même. Une répétition du remède ne fut pas nécessaire.
Quelque temps plus tard, elle reprit un traitement pour elle. Cette fois, le tableau était différent. La patiente ne parlait plus de « tout qui pénètre en elle » et semblait mûre et adulte. Le remède suivant fut Calcium muriaticum. Il fut prescrit parce que la patiente se sentait très peu sûre d’elle, vis‑à‑vis d’elle-même et de ses capacités de mère. Elle se faisait beaucoup de soucis sur ce que les autres pensaient d’elle. « J’ai toujours pensé à ce que les autres pensent de moi. S’ils croient que je m’en sors vraiment. Mais maintenant ce n’est plus qu’un seul point qui me dérange. Ce n’est plus que je suis submergée par tout. Je crois que je deviens enfin adulte. » Sa mère put confirmer ce que sa fille racontait. Elle me dit qu’elle n’avait presque plus besoin d’aider sa fille dans les tâches ménagères, comme elle le faisait auparavant régulièrement.
Dans ce cas aussi, Vernix avait guéri un aspect essentiel et préparé la voie pour le remède suivant, qui dans ce cas était un remède plutôt « ordinaire ». Le remède Calcium muriaticum agit sur le plan relationnel, où les problèmes ne se rapportent plus à des blessures originaires du ventre maternel.
Étude de cas 2 : « Trop fragile » par Alex Leupen
La mère de David amène son fils en consultation parce qu’il ne se développe pas bien. Devant moi se tient un garçon de 4 ans, de constitution délicate, qui me regarde avec de grands yeux. Le mot « fragile » me vient à l’esprit. Depuis quatre semaines, le garçon fréquente la maternelle et subit un grand stress. Il est très timide et n’ose même pas tendre la main à son instituteur. Parfois il est tellement tendu qu’il marche les épaules tombantes. Dès qu’il entre dans sa classe, il se place dans un coin et n’ose pas jouer avec les enfants qu’il ne connaît pas. Il ne se porte jamais volontaire pour parler. A la maternelle il était très apprécié et jouait souvent le clown. Ici, dans un nouvel environnement, il s’est replié sur lui‑même.
Je demande à la mère au sujet de sa grossesse. Elle a eu de nombreux problèmes, surtout des nausées gravidiques et des douleurs pelviennes. David était 11 jours post‑terme lorsque la poche des eaux a éclaté spontanément. Comme il y avait du méconium dans le liquide amniotique, la mère a été immédiatement admise à l’hôpital. Elle a reçu une anesthésie et à 8 cm, l’accouchement s’est arrêté. La mère raconta qu’elle l’avait « poussé par ses propres forces ». Ensuite, le placenta a dû être retiré sous anesthésie et la mère a eu une importante déchirure du périnée.
Ce cas m’évoque immédiatement Opium, pourtant cela ne me semblait pas tout à fait juste. David se sent peu sûr à l’école, est très timide et se replie sur lui‑même. La tension le rend tout raide. J’avais l’impression que ce petit garçon pourrait bénéficier d’une zone tampon autour de lui comme protection contre cette surcharge de stimuli.
Prescription : Vernix C30, 2 globules par semaine.
Suivi : La semaine dernière je l’ai revu, quatre semaines après la première anamnèse. Sa mère me rapporte qu’il est maintenant un enfant complètement différent. A l’école il se sent à l’aise, il peut donner la main à son enseignant et joue aussi avec les autres enfants. Le garçon paraît détendu et on peut dire qu’à l’école tout se passe désormais bien.
Étude de cas 3 : « Tout m’énerve » par Alex Leupen
La femme R., 37 ans, vient en octobre 2009 pour sa nervosité. Elle est suivie depuis quelque temps pour des troubles psychiques chez moi et avait bien répondu au Vanadium. Elle est mère d’un jeune enfant et gère une entreprise avec son mari. Elle commence tout de suite à pleurer et raconte : « Je suis nerveusement à bout ; tout m’énerve. » Sa fille attrape constamment des otites et ces derniers temps elle dort peu. Elle voudrait avoir un autre enfant, mais pour l’instant une seconde grossesse ne se concrétise pas. La patiente se sent souvent dépressive. Sa fille exige beaucoup d’attention et elle a à peine du temps pour l’entreprise. Sa propre mère, qui souffre actuellement d’un trouble bipolaire, a eu après la naissance de sa fille une grave dépression et n’a pas pu s’en occuper. Durant ses premiers mois de vie, elle fut prise en charge par sa tante, qui joue un grand rôle dans sa vie. La tante a été pour elle bien plus mère que sa propre mère ne l’a jamais été.
Prescription : Vernix C30, 2 globules par semaine : Vernix doit ici agir comme un « baume pour l’âme ». La patiente donne l’impression d’avoir besoin d’un manteau protecteur. La maternité est une grande épreuve pour elle, surtout parce qu’au début de sa vie elle n’a pas été prise en charge par sa propre mère.
Suivi : Six semaines plus tard elle revient et rapporte qu’elle se sent plus forte, que ses émotions sont devenues plus stables. Elle souhaite qu’on lui prescrive à nouveau le remède. En mars 2012 elle revient pour une sinusite bénigne qui provoque une douleur au‑dessus de l’œil droit, semblable à une douleur dentaire. Sur le plan émotionnel elle va toujours bien. Je lui prescris Lac maternum 200K, à prendre deux jours consécutifs. Après la seconde prise, les symptômes disparaissent de façon durable. Récemment la patiente m’a de nouveau demandé de l’aide ; cette fois‑ci elle souhaite arrêter de fumer. Dans l’ensemble, elle se sent stable et équilibrée — physiquement et mentalement.
Vernix caseosa je le donne souvent comme remède intercurrent lorsque l’enfant ou l’adulte se trouve dans un état de sensibilité accrue : le patient est hautement perméable — tout pénètre et irrite. C’est la situation d’un petit enfant sans défense dans la crèche. Vernix s’est avéré dans ces cas être un « baume pour l’âme » — il pose un manteau protecteur sur la personne en besoin. On peut aussi penser à un enfant qui vient d’entrer à l’école et doit tenir les premières semaines. Ou à une femme qui vient d’accoucher et dont le bébé ne trouve pas le repos et crie tout le temps.
Photos :
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Flickr; Something's wrong; Adrien Leguay; Attribution-NoDerivs 2.0 Generic
Catégorie : Cas
Mots-clés : sans défense, nu, vulnérable, hypersensible, hautement sensible, surexcité
Remède : Vernix caseosa