Par Vatsala Sperling
Michal Yakir est botaniste, enseignante en homéopathie et auteure de L'ordre merveilleux des plantes – Le tableau des plantes en homéopathie. Elle a élaboré une systématique homéopathique exhaustive du règne végétal, qui s’appuie sur les stades de développement de l’être humain.
« L’histoire que les humains nous racontent est l’histoire du voyage de leur âme… » Michal Yakir
VS : Dr Michal Yakir, merci d’être parmi nous. Vous avez écrit une œuvre monumentale sur les plantes. Avez-vous constaté que les remèdes végétaux sont particulièrement adaptés dans certaines situations ?
MY : Pour moi,
les êtres humains ne sont ni plantes, ni animaux, ni minéraux. Les humains sont des humains. Quand les gens sont malades, ils l’expriment par des symptômes qui peuvent être soignés par un remède issu de l’un de ces règnes. En bonne santé, ils sont simplement des humains. Je ne soutiens pas l’idée qu’il existe pour chaque personne un seul simillimum qui l’aidera toute sa vie. Parfois, les gens ont besoin, au cours de leur vie, de trois, quatre ou davantage de remèdes. Quand je fais une anamnèse, je demande simplement « Qu’est‑ce qui vous dérange en ce moment ? ». J’essaie de comprendre ce qui empêche cette personne, à cet instant, de se développer davantage. Je me concentre sur la documentation des symptômes, exactement comme Kent et Hahnemann le faisaient. Je ne vois pas une personne comme une plante, un minéral ou un animal. C’est simplement un humain qui a besoin d’un remède issu de l’un de ces règnes naturels.
VS : Dans vos séminaires et dans votre livre « L'ordre merveilleux des plantes – Le tableau des plantes en homéopathie », vous décrivez les différents stades de développement et vous classez les plantes dans un système de coordonnées, en colonnes et rangées, de manière similaire au tableau périodique des éléments. En quoi ce classement nous aide‑t‑il à trouver le remède ?
MY : Le besoin d’ordre est profondément humain. Un tableau périodique a deux vecteurs. À chaque intersection de ces deux vecteurs, nous pouvons placer un ou plusieurs remèdes. Les plantes sont classées à ces intersections selon leurs propriétés et caractéristiques. La grille bidimensionnelle facilite l’attribution et l’utilisation des plantes. Le placement des plantes correspond à un stade de développement particulier de l’être humain. Les intersections entre colonnes et rangées sont des indices sur les thèmes que nous traversons dans notre développement en tant qu’humains. Dès l’entretien d’anamnèse, j’essaie d’extraire du récit du patient un thème important pour lui et de voir où cela pourrait se situer dans le tableau. En même temps, je recherche le thème correspondant au sein des familles botaniques. J’examine aussi les ordres botaniques auxquels appartiennent ces familles. C’est comparable au tableau périodique des éléments. La thématique du développement humain correspond également à la complexité croissante des éléments dans les différentes rangées et colonnes.
Il existe des chevauchements entre plantes, minéraux et animaux, parce qu’ils se sont tous formés selon des lois naturelles fixes. Notre materia medica obéit aux mêmes régularités et est donc construite selon une certaine logique. Il y a des recoupements entre le règne végétal et les minéraux, mais nous ne pouvons pas les traduire de manière littérale. Dans le tableau périodique des éléments, il n’y a que 118 éléments ; dans le tableau des plantes, des milliers de plantes ont été catégorisées. Pour cette raison seulement, on ne peut pas faire une correspondance un à un entre plantes et minéraux. Dans le tableau des plantes, l’accent est mis sur les familles et les ordres botaniques, et c’est là que se trouvent des similitudes avec les thèmes des éléments du tableau périodique.
VS : Qu’est‑ce qui vous a inspirée à étudier et à classer les remèdes végétaux ?
MY : Adolescente, j’ai dû effectuer mon service militaire dans la pépinière d’un kibboutz. Là, je suis tombée amoureuse des plantes. Ensuite, je suis allée à l’université et j’ai obtenu un diplôme en botanique et en écologie. Je voulais mettre mes connaissances au service des autres et j’ai donc étudié l’homéopathie. C’était il y a 30 ans ; à l’époque, Jeremy Sherr et Jan Scholten enseignaient en Israël. J’ai pu comprendre la logique du tableau périodique et, en tant que botaniste, je savais instinctivement qu’il devait y avoir aussi une logique pour les plantes. J’ai alors commencé à examiner de plus près les plantes et l’homéopathie et j’ai rassemblé peu à peu des informations sur les plantes. Il m’a fallu 15 ans pour consolider toutes les informations en un système cohérent où l’action thérapeutique des plantes s’harmonisait avec leurs caractéristiques botaniques et écologiques.
Pour répondre à votre question – j’ai été inspirée par mon amour des plantes et par mon désir d’utiliser mes connaissances pour le bien des gens. Lorsque j’ai commencé à enseigner cette classification des plantes, j’ai reçu beaucoup de retours de mes élèves et l’idée m’est venue de tout rassembler dans un livre. L’original hébreu en est déjà à sa 7e édition. Le premier livre faisait 85 pages, la 7e édition contient 450 pages. En anglais, c’est un pavé de 850 pages.
VS : Dans quelle mesure les plantes peuvent‑elles refléter le développement de l’être humain ?
MY : Les plantes ne se développent pas seulement selon les lois de la nature, elles rendent possible le développement de la Terre elle‑même et de toutes ses formes de vie. Notre univers s’est formé en spirale et suit certaines lois naturelles, à savoir les lois spirituelles de la création. L’évolution se fait lentement, une progression étape par étape qui s’étend sur des millions d’années. Les choses naissent et mûrissent. Elles deviennent ensuite une plateforme sur laquelle une nouvelle vie naît, grandit et mûrit. Ce développement se poursuit sans cesse, c’est un processus continu… d’abord viennent les minéraux, puis des formes de vie simples, ensuite apparaissent les plantes simples, les champignons et les animaux, jusqu’à ce que les formes de vie deviennent progressivement toujours plus complexes. C’est pourquoi toutes les formes de vie peuvent recevoir soutien et aide d’autres formes de vie, car elles font toutes partie de la création.
Les lois naturelles à l’origine de ces formes de vie prennent également en compte l’aspect du sexe, c’est‑à‑dire les composantes féminines ou masculines de la substance primordiale. C’est l’une des différences entre minéraux et plantes. Les minéraux, autant que nous le sachions, n’ont pas de sexualité. Les plantes ont une sexualité et tout le tableau des plantes oscille entre les principes féminin et masculin. Il repose sur l’interaction de ces deux forces créatrices et sur les émotions qu’elles suscitent. Au début de la création, le principe féminin était dominant, car il était suffisamment mobile pour recevoir et accueillir la force masculine. L’élément masculin, quant à lui, représente la dureté, les barrières et la démarcation. Les remèdes végétaux incarnent ces deux forces créatrices, parce qu’ils sont essentiellement issus de l’interaction de ces deux puissances. Les remèdes végétaux peuvent donc aider à résoudre des problématiques liées à un excès ou un manque de féminité ou de masculinité.
Tout comme les plantes ont évolué de la forme simple à la forme complexe, l’être humain se développe de l’état prénatal jusqu’à un âge avancé. Durant cette période de développement, l’interaction et les modalités d’expression des forces féminines et masculines sont très visibles, comme on peut aussi l’observer dans l’histoire évolutive des plantes.
VS : Pour reprendre la notion de complexité croissante des plantes, quel système de classification appliquez‑vous dans votre tableau ?
MY : Mon tableau des plantes se fonde sur les caractères morphologiques des plantes, contrairement à une classification génotypique.
VS : Comment pouvons‑nous appliquer ce nouvel entendement des plantes et des remèdes végétaux, à partir de ce tableau, en pratique ?
MY : Le tableau des plantes nous aide beaucoup en pratique. C’est une approche qui réunit tous les processus de développement que nous connaissons – personnels, interpersonnels, sociaux et même les aspects culturels que l’on peut observer chez l’être humain. Cette approche prend également en compte les chakras et le processus mythologique de la création. Tous ces processus de développement peuvent être considérés comme des processus continus et cela nous aide à comprendre un cas dans sa globalité.
On prend le cas, on place les thèmes à l’endroit correspondant du tableau des plantes et on sait immédiatement où le cas a commencé, comment il s’est développé et où il ira. J’ai pu observer cela moi‑même, même dans des cas où j’ai dû prescrire un remède très petit et assez peu connu. Parce que le tableau des plantes couvre tous les aspects du développement que je viens d’évoquer, je peux comprendre un cas dont le remède indiqué est petit, dans sa totalité. Même s’il n’y a dans un cas que des informations très simples et parcimonieuses, et que l’image du remède correspondant est incomplète et qu’il n’existe pas d’essai du remède, le placement de ce remède dans le tableau peut aider à combler le manque d’informations. Dans le tableau, nous trouvons aussi des informations sur la famille botanique et l’ordre auxquels appartient ce petit remède. Ces informations détaillées nous aident à comprendre le cas dans sa globalité et à acquérir une compréhension plus profonde des aspects psychologiques d’un patient, de sa vie, de son histoire et de la guérison dont il a besoin. On peut déduire ces informations en regardant, à l’aide du tableau des plantes, à quel stade de développement correspond cet ordre/famille.
Si nous approfondissons notre propre compréhension et que nous développons une vision plus inclusive des plantes aux différents stades de développement, l’histoire du patient n’apparaît plus comme une énigme insoluble. L’histoire reflète alors le développement de l’être humain et peut être rattachée à l’évolution des plantes, comme décrit dans mon tableau.
À propos de Vatsala Sperling :
Vatsala Sperling RSHom (NA), CCH, MS, PhD, PDHom, fut responsable du département de microbiologie clinique à l’hôpital pour enfants de Chennai, en Inde, où elle a mené des recherches approfondies et réalisé des projets avec l’OMS au Danemark. Après son déménagement aux États‑Unis pour fonder une famille, elle a appris l’homéopathie à l’institut homéopathique de Micha Norlands. Elle est l’auteure de huit livres (www.InnerTraditions.com) et a publié de nombreux articles sur l’homéopathie, la spiritualité et la santé. Vatsala exerce dans le Vermont et se perfectionne notamment auprès des Drs. Bhayisha und Sachindra Joshi. Elle s’est engagée au sein de la North American Society of Homeopaths et travaille actuellement bénévolement pour le Council for Homeopathy Certification. On peut la contacter via son site www.Rochesterhomeopathy.com.
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Publié à l’origine sur www.hpathy.com : Homeopathy 4 Everyone, mai 2018
