
Contenu :
- Symptômes spécifiques de la pandémie
- Indications pour Camphora
- Cas cliniques de Rajan Sankaran
3.1 Une femme de 27 ans
3.2 Une patiente isolée par le Covid
3.3 Une patiente de 22 ans avec maux de gorge et de tête
3.4 Symptôme principal : fièvre
3.5 Diarrhée, ballonnements et sensation de plénitude
3.6 Inversion des rôles d’un médecin
3.7 Perte d’appétit d’un aide-soignant - Formes sévères de la maladie
4.1 Ventilation artificielle d’une patiente de 70 ans
4.2 Accès de transpiration au moindre effort - Degré de potentialisation du remède
- Autres Homeonews sur le COVID-19
Le Dr Rajan Sankaran présente sa méthode pour différencier les trois niveaux distincts des symptômes du COVID-19. Il s’agit des symptômes habituels du virus, des symptômes aigus et des symptômes constitutionnels. Le Dr Sankaran illustre son approche par plusieurs cas cliniques.
Sur mandat du gouvernement, le ministère de l’Ayurveda, du Yoga, de la Médecine traditionnelle, de l’Unani, du Siddha et de l’Homéopathie (AYUSH) a autorisé le traitement homéopathique du COVID en tant que thérapie complémentaire au protocole standard. De nombreux homéopathes sont désormais sollicités pour traiter des patients COVID à l’hôpital. Beaucoup de nos patients atteints de COVID reçoivent aussi un traitement homéopathique.
Au regard de la situation actuelle, je souhaite partager avec vous mes propres expériences sur des cas COVID positifs, afin que les collègues débutants comme expérimentés puissent en tirer profit.
Avant d’entrer dans le détail, je tiens à remercier chaleureusement mes collègues Dr Shrikant Talari, Dr Sonali Bhonsale, Dr Faiza Khan, Dr Meghna Shah, Dr A. K. Arun, Dr Kshiti Mehta, l’équipe du Prana Homeopathy Yoga Center à Pune et l’équipe de l’Académie The Other Song à Mumbai pour leur collaboration.
Je présenterai ici également certains de leurs cas COVID, car nous travaillons et traitons cette maladie en équipe. Avant de poursuivre, je vous invite à regarder en préparation de cet article un de mes exposés sur YouTube :
Dans cette vidéo, je parle des trois niveaux des symptômes et de la façon de reconnaître lequel est le plus dominant dans un cas. Le premier niveau se rapporte à la pandémie elle‑même, où l’on retrouve les symptômes habituels spécifiques à cette pandémie.
Le deuxième niveau est celui des patients présentant des symptômes très marqués et hautement aigus. On appelle symptômes aigus des signes qui apparaissent avec le début de l’infection et qui n’existaient pas auparavant. Avec l’apparition de la maladie aiguë, la totalité aiguë des symptômes se manifeste.
Troisièmement, dans de nombreux cas, on voit apparaître les symptômes du remède constitutionnel dans la phase aiguë. Dans tous les cas, l’un de ces trois niveaux sera très clairement visible.
Il y a donc trois possibilités :
- Des symptômes spécifiques à cette pandémie
- La totalité des symptômes aigus
- Des symptômes qui indiquent le remède constitutionnel
1. Quels sont les symptômes spécifiques à la pandémie ?
Au premier plan : une grande faiblesse, décrite comme une faiblesse soudaine et qui touche surtout les membres inférieurs. La marche devient difficile. La faiblesse est ressentie à la fois dans les membres et dans tout le corps. Un autre symptôme de l’infection COVID est la perte de l’odorat et du goût. Ces symptômes décrivent un état semblable à une anesthésie, une sorte d’effondrement ou de faiblesse qui rappelle une narcose.
Il arrive aussi qu’aucun symptôme actif ne se manifeste : pas de sensation de courbature, pas de douleur ni d’agitation. Les symptômes caractéristiques dans ces cas sont la faiblesse, la perte du goût et la perte de l’odorat.
Sur le plan émotionnel, on remarque relativement peu d’anxiété, comme dans l’exemple d’un patient admis dans un service COVID mais qui ne devient pas nerveux ni ne semble avoir peur. Une hospitalisation signifie qu’il peut y avoir des complications et un risque de décès. Pourtant, le patient ne paraît pas inquiet.
Ou le patient semble plutôt joyeux, ce qui est très étrange. Le pôle opposé à cet état d’esprit est la panique. La panique et la peur d’être laissé seul, un sentiment d’isolement, d’abandon. La pensée : « Que va-t-il m’arriver ? ». Les deux expressions de cet état d’esprit, combinées avec la faiblesse décrite ci‑dessus, sont des indications pour le remède Camphora.

Indications pour Camphora
- Faiblesse
- Anosmie (perte de l’odorat)
- Perte du goût
- Faiblesse soudaine, faiblesse dans les jambes
- État d’esprit : joyeux et confiant, sans peur, ou
- Paniques/peur d’être isolé et abandonné
Nous retrouvons ces indications chez une grande partie des patients, car beaucoup sont asymptomatiques. Près de 80–85 % des cas sont asymptomatiques, c’est‑à‑dire que le patient présente l’infection sans symptômes aigus individuels ; on pourrait comparer cela à un état d’engourdissement. Ces cas répondent bien à Camphora.
Au niveau suivant, nous trouvons les symptômes aigus. Ici, soit nous avons les symptômes spécifiques de la pandémie – et l’on peut prescrire Camphora – soit nous avons une série de symptômes aigus que nous déduisons de la totalité des symptômes aigus : les particularités des frissons, de la chaleur et de la transpiration lors de la fièvre, les modalités temporelles et les symptômes accompagnateurs. D’autres plaintes comme maux de tête, dyspnée, courbatures, toux, etc., entrent aussi en ligne de compte.
En plus de ces symptômes, nous examinons l’état général du patient – a‑t‑il peur, est‑il détendu, indolent et confus ou actif ? Quel est son appétit et sa soif ? Dort‑il bien, a‑t‑il des rêves particuliers pendant cet état aigu ? Lors de la prise du cas, nous devons réunir ces informations car elles peuvent nous conduire à un remède aigu spécifique.
La troisième possibilité intervient lorsque des symptômes du remède constitutionnel sont reconnaissables dans la maladie aiguë. Généralement, ce sont des symptômes que vous aviez déjà observés chez votre patient auparavant. L’état chronique se manifeste aussi dans la situation aiguë. Nous l’avons observé dans de très nombreux cas.
Pour notre prescription, nous nous orientons sur les symptômes marquants, c’est‑à‑dire sur le niveau qui se manifeste le plus clairement. Ci‑dessous sont présentés des cas cliniques qui illustrent cette méthode de prescription.
La majorité des cas ont été admis dans des hôpitaux conventionnels et traités homéopathiquement en complément du protocole standard. Trois cas font exception. Les résultats après administration des remèdes homéopathiques ont été significatifs et tous les patients se sont très bien rétablis. Beaucoup n’avaient plus de symptômes et ont ensuite été testés négatifs pour le COVID.
Cas clinique 1 : Une femme de 27 ans
Il s’agit d’une femme de 27 ans. Elle rapporte que quelqu’un dans sa maison a été testé positif au COVID et qu’elle a dû passer beaucoup trop d’appels téléphoniques. Elle a donc décidé de ne plus répondre au téléphone et de ne plus répondre aux messages. Depuis qu’elle a pris cette décision, elle est heureuse et satisfaite. Cet état d’esprit a été remarqué par d’autres et on lui a demandé si elle prenait des drogues – peut‑être du cannabis. Le cas a été enregistré par téléphone par un de nos médecins, qui a confirmé que la patiente semblait très joyeuse et satisfaite. Ce sentiment « laisser le monde dehors. Je ne veux pas répondre aux appels ; je suis dans ma petite bulle et j’en suis contente » est typique de Camphora.
On peut également discerner ici l’insensibilité à la douleur de Opium. Opium appartient à la même sous‑classe – sous‑classe 1 – et se trouve donc dans un état confiant et joyeux. Cet aspect du cas se présente clairement. Si nous entrons dans MacRepertory les mots‑clés Joyeux, Insensibilité à la douleur et Confiant, Camphora figure en tête des résultats.
Cas clinique 2 : Une patiente isolée par le Covid
Dans cet exemple, nous voyons l’autre image contrastée du remède Camphora. Le père de la patiente avait contracté le COVID et est ensuite décédé de la maladie. Elle et sa mère ont ensuite été testées positives. La mère a dû être hospitalisée et la patiente s’est mise en quarantaine à la maison avec son jeune enfant. La petite fille a aussi été testée positive.
Le cas a été enregistré à ce moment. Nous avons interrogé la patiente sur ses principaux symptômes actuels et elle a dit qu’elle se faisait très du souci pour sa fille. Elle ne savait pas qui s’occuperait de l’enfant.
Personne ne voulait prendre en charge les enfants. En analysant le cas et l’état d’esprit, nous voyons un enfant seul et abandonné. La patiente est dans un état de panique – « Que vais‑je faire pour mon enfant ? »
Elle a aussi dit qu’elle voudrait se tuer avec sa fille pour échapper à ce sentiment. Cet état est l’exact opposé du cas décrit ci‑dessus. Ici nous voyons la panique et un sentiment d’être dépassée – tout est trop pour moi.
Elle a également mentionné que tout le monde avait peur pour sa vie et que ses cousins et sa famille l’avaient abandonnée. Elle se sent complètement seule, isolée et en panique. C’est le contraire de l’état enivré « je n’ai pas de problèmes, je suis heureuse et satisfaite ».
Si nous entrons ces symptômes comme rubriques dans MacRepertory, nous trouvons Esprit - Désir de tuer ; Esprit - Sentiment d’abandon ; Esprit – Crier – Aide, pour ainsi que le désespoir, le sentiment d’impuissance et les symptômes grippaux. Camphora est aussi le remède adapté ici. La patiente a bien réagi au remède. Elle a également été admise à l’hôpital et y a été soignée, avec une très bonne évolution.
Ce cas illustre les polarités opposées de Camphora. D’un côté la panique, l’isolement et la peur ; de l’autre, le sentiment « laisser le monde dehors, je me sens heureux et satisfait ». Durant la pandémie COVID, beaucoup restent chez eux, seuls, mais plutôt satisfaits car tout leur est fourni. Nous connaissons aussi cet état de Camphora.
Cas clinique 3 : une patiente de 22 ans avec maux de gorge et de tête
Dans cet exemple, une patiente de 22 ans présente maux de gorge et maux de tête, légère nausée, sensation de lourdeur, faiblesse et vertiges en se levant du lit. Elle a aussi des douleurs dans le bas‑ventre avant la selle et un peu de diarrhée.
Pour aller à la selle, elle doit y aller de toute urgence et n’évacue que de petites quantités. Après, elle se sent mieux. Elle avait déjà pris de l’hydroxychloroquine. Elle souffre de nausées mais n’a pas vomi. Elle est généralement faible, avec des paupières tombantes.
Malgré tout, elle se montre confiante quant à sa guérison et nous l’exprime. Elle rapporte qu’elle n’a pas peur. Presque pas de soif pour l’eau. Cela dessine le portrait de son état et nous avons prescrit Camphora. Les indices les plus importants étaient la faiblesse et l’absence de peur. La patiente a bien répondu au remède.
Cas clinique 4 : Symptomatique principale : fièvre
Un patient de 36 ans dont le seul symptôme était la fièvre. Il a été hospitalisé en unité de soins intensifs après trois jours de fièvre (38,1 °C). À ce moment‑là, il avait la gorge sèche avec mal de gorge et une soif importante. Il se sentait somnolent.
À la question, il a déclaré que pendant la fièvre il voulait juste rester au lit et dormir. Ici nous voyons un tableau complètement différent ; les symptômes indiquent Bryonia. Les patients de Bryonia ne veulent pas être dérangés ni importunés. Le symptôme principal n’est pas la faiblesse, mais la sécheresse, associée à une grande soif et au désir de rester couché sans être dérangé.
Cas clinique 5 : Diarrhée, ballonnements et sensation de plénitude
Un patient de 36 ans avec diarrhée, ballonnements et sensation de plénitude abdominale et selles malodorantes. Le seul fait de penser à sa maladie déclenche de la faiblesse. Les symptômes principaux ici sont les selles malodorantes, l’inquiétude à propos de sa maladie, la faiblesse et les palpitations. L’anxiété du patient ne porte pas sur la peur d’être seul, que nous observons avec Camphora.
Chez ce patient, l’anxiété concerne ce qui va lui arriver : « Et si je m’empire, vais‑je mourir ? Je n’ai pas le contrôle, je m’inquiète pour le travail et ma situation financière. J’ai l’impression de tout perdre – argent, santé, emploi. »
Le patient est une personne très ordonnée qui attache beaucoup d’importance à la propreté. Il va habituellement mieux par temps chaud. Les symptômes – faiblesse et anxiété, incapacité à s’endormir avant trois heures du matin (modalité temporelle) et souci pour le travail, l’argent et la santé – sont des thèmes spécifiques de Arsenicum album.
Dans le tableau périodique des éléments, Arsenicum album se trouve dans la période 4. Dans cette période, les thèmes sont l’argent, la sécurité, le foyer, le travail, la santé et l’endurance. Arsenicum album se situe à droite du tableau, ce qui véhicule l’attitude intérieure « Je vais tout perdre ». Pour Bryonia, c’est différent. Bryonia veut être laissé en paix, dans sa zone de confort, sans être dérangé. « Je ne veux pas être dérangé et je ne veux pas bouger ». Cette sensation fondamentale se retrouve dans la sous‑classe 4 du règne végétal.
Ils veulent rester dans une position, ne pas bouger ; aucun changement ne doit les déranger ; ils veulent simplement rester au lit ; tel est le thème principal de la quatrième sous‑classe et aussi du remède Bryonia.
Pour revenir à notre patient : nous avons les rubriques Pensées sur les troubles aggravées ; Fièvre – Diarrhée – après – aggravée ; malodorant ; Esprit – Désir d’être à la maison ; Parler amel plus peur avec faiblesse et palpitations et insomnie jusqu’à 3 heures du matin. Tous ces symptômes sont caractéristiques de Arsenicum album et sont confirmés par la répertorisation. Nous avons ainsi pu comparer les différents tableaux aigus de Camphora, Bryonia et maintenant Arsenicum album. Le patient s’est vu prescrire Arsenicum album, trois fois par jour.
Mon collègue Dr A. K. Arun de Delhi a déjà traité de nombreux patients COVID symptomatiques et asymptomatiques. Il a compilé un tableau Excel de 70 patients traités exclusivement par homéopathie. Il a traité 58 patients avec Camphora, deux avec Arsenicum, quatre avec Bryonia, trois avec China et deux avec Eupatorium perfoliatum. Tous les patients ont bien récupéré grâce aux remèdes.
Ces données nous permettent de conclure que nous ne devons pas donner systématiquement Camphora ou Bryonia à tous les patients et que de nombreux remèdes peuvent être envisagés. Il faut toujours en tenir compte.
L’indication la plus importante pour Bryonia est la sécheresse et la grande soif pour de grandes quantités d’eau froide. Le patient ne veut pas bouger et veut rester dans la même position. C’est l’opposé de Rhus tox, qui change constamment de position et ne trouve pas le repos.
Le patient de Bryonia n’aime pas être dérangé et répond aux questions avec irritation et réticence. Par exemple : j’ai interrogé une patiente testée positive au COVID sur ses symptômes. Elle a dit qu’elle voulait dormir tout le temps et ne pas être dérangée. Si quelqu’un l’interrogeait sur son état, elle renvoyait la personne en disant qu’elle voulait être laissée en paix. C’est la principale indication pour Bryonia.
Pour Arsenicum album, l’état d’esprit est différent : les patients d’Arsenicum ont le sentiment de perdre quelque chose. Par exemple le patient qui dit « ma santé décline », « je vais perdre mon argent » et « je n’aurai plus de travail ». Il dit « mon avenir est incertain », il est préoccupé par « ce qui va m’arriver à moi et à ma vie ». De plus, il y a une aggravation vers minuit et ces patients vont mieux en buvant quelque chose de chaud. Ils boivent en petites gorgées, mais plus souvent. Ce sont les symptômes clés d’Arsenicum album.
Le symptôme clé de China est la périodicité. La fièvre survient à intervalles réguliers. Avec la fièvre apparaît un goût amer dans la bouche, également symptôme principal de ce remède. On peut aussi observer un fort désir de fruits et de choses juteuses et rafraîchissantes.
Sur le plan de l’humeur, ces patients sont fortement excités. Ils ne peuvent pas dormir, leurs pensées sont agitées et tournent en boucle. Après tout, China appartient aux Rubiaceae, la famille de Coffea. Ce sont des pensées persistantes, des idées et des projets qui empêchent le sommeil.
China appartient au miasme palustre, d’où la périodicité et la faiblesse, accompagnées du sentiment d’avoir beaucoup de malchance. Ils se demandent « Pourquoi moi ? », « Pourquoi ça m’arrive toujours à moi ? ». C’est l’un des états d’esprit de China.
Un patient de China pourrait par exemple demander « Pourquoi ai‑je contracté le COVID et pas les autres ? », « Pourquoi ai‑je toujours tant de malchance ? », « J’ai vraiment beaucoup de malchance, je suis sans cesse tourmenté. » Cet état intérieur – se sentir persécuté par la malchance – peut être une indication importante pour China. Dans la rubrique Esprit – Idées délirantes – Persécuté se reflète aussi le sentiment d’être poursuivi et contrarié par la malchance.
Les principales indications pour Gelsemium sont la stupeur et l’absence de soif. Il y a aussi un aspect de choc ou de mauvaises nouvelles. Le patient peut dire par exemple : « J’ai été choqué quand j’ai lu le rapport. » Ce sentiment de choc et de surprise se rapporte au fait que Gelsemium, comme Ignatia, appartient à la famille botanique des Loganiaceae. Le thème principal des Loganiaceae est la surprise soudaine et le choc.
Ces remèdes sont les plus souvent indiqués et prescrits.
Il est intéressant de noter que dans les infections COVID, il s’est avéré qu’il faut parfois administrer le remède constitutionnel pendant l’infection aiguë. Cet aspect sera illustré par les cas suivants.
Cas clinique 6 : Inversion des rôles d’un médecin
Ce cas concerne un patient de 26 ans, médecin de profession, interrogé par notre équipe médicale sur ses symptômes. Il a commencé par dire : « J’aime les arts martiaux et j’admire Bruce Lee ; je prends soin de ma forme et je m’entraîne une heure par jour ; je laisse quelqu’un marcher sur mon ventre pour m’entraîner. Même si cinq personnes m’attaquent en même temps, cela ne me fait rien ; je peux mettre en fuite cinq voleurs en même temps. »
En réalité, nous avions demandé au patient ses symptômes liés au COVID, mais il parlait d’autre chose, ce qui est pertinent pour l’analyse du cas.
Même pendant une infection COVID, il pense aux arts martiaux. Dans ce contexte, il dit : « Un jour j’ai trop entraîné, peut‑être à cause de cela j’ai eu un gonflement aux cuisses, ensuite j’ai eu de violents vomissements. Je ne pouvais même pas boire d’eau. Je devais vomir toutes les deux heures et je ne retenais rien. J’avais l’impression de vomir mes entrailles. Comme s’il y avait des nœuds dans mes entrailles. »
C’est curieux et intéressant. Nous essayons de comprendre ce qui est frappant dans le COVID ici. Les plaintes de ce patient se manifestent comme des nœuds dans les entrailles, des vomissements violents, comme si ses entrailles sortaient, presque comme des crampes intenses qui poussent les entrailles vers l’extérieur.
Puis il a parlé de lui‑même et a mentionné qu’Obama et Abdul Khan étaient ses grands modèles parce qu’on se souviendra d’eux même après leur mort. Il aimerait aussi que les gens pensent à lui et se souviennent de lui comme d’un homme qui a accompli de bonnes choses. Ensuite il a parlé de l’Irak et de la Syrie, qui ne devraient pas être bombardés car il y a des victimes innocentes.
Il tenait à ce que l’on se souvienne de lui comme d’un homme bon, d’un homme au bon nom qui fait le bien et obtient le respect pour cela. Il est clair que le patient parle de performance. Il doit accomplir de bonnes actions pour que les gens se souviennent de lui. Les thèmes qui l’occupent sont : être attaqué, construire force et puissance, développer ses compétences en arts martiaux et la performance. Ces thèmes appartiennent au règne minéral.
Chez ce patient tout tourne autour du développement des capacités personnelles, l’attaque et la défense, les combats et le nœud dans les entrailles. Si nous saisissons ces mots‑clés dans les Reference Works comme « nœud à proximité du mot entrailles, attaqué à proximité du mot délire (le sentiment fondamental est d’être attaqué), dans le même remède que nœud dans les entrailles » alors nous tombons sur le remède Cuprum metallicum.
« Nœud pas à plus de trois mots du mot entrailles, dans le même remède que attaqué, pas à plus de trois mots du délire (2): cann‑i., Cupr.
Cuprum est un remède donné pour des crampes violentes. Tout est marqué par des crampes : crampes musculaires, épilepsie, vomissements ; tout est violent et survient en spasmes, le symptôme principal de ce patient. Il a reçu Cuprum metallicum et a bien réagi au remède.
Dans ce cas, on peut aussi discerner dans la narration de l’infection aiguë au COVID l’état de base du patient : les symptômes aigus qui se manifestent comme des nœuds dans les entrailles et des crampes violentes avec vomissements, qui pointent vers Cuprum et le règne minéral. Cuprum convient à cet homme – il pratique les arts martiaux parce qu’il croit qu’il peut être attaqué à tout moment et doit être capable de se défendre.
Cas clinique 7 : Perte d’appétit d’un aide‑soignant
Ce cas concerne un patient de 36 ans, aide‑soignant à l’hôpital, testé positif au COVID. Son symptôme principal était une perte complète d’appétit. Habituellement il a faim le matin entre dix et onze heures, mais en ce moment il ne peut rien manger du tout.
Il se sentait faible et fébrile, avec chaleur au niveau des plantes des pieds et du front. Il aime les produits laitiers. Avant sa maladie, il mangeait 1 kg de fromage blanc par semaine. Il aimait aussi le lassi (boisson traditionnelle à base de yaourt et de babeurre). Il consommait beaucoup de produits laitiers gras : crème, glaces au lait, babeurre avec crème et jaggery (sucre de canne complet indien). Il pouvait boire sept verres de boisson au yaourt d’un coup.
Il s’inquiétait beaucoup pour sa famille. La prise d’anamnèse révèle un grand désir pour le lait et les produits laitiers, mais il faut aussi comprendre que ce désir n’est pas un symptôme aigu : il était présent depuis toujours. Dans ce cas, la probabilité que le patient ait besoin de son remède constitutionnel est élevée, et non d’un remède spécifique pour l’état aigu. Le patient a également rapporté que son père avait eu un accident et était inconscient aux soins intensifs.
Il devait s’occuper de sa mère et de sa sœur. Il avait envie de pleurer, mais il ne pouvait pas exprimer ses sentiments car il se sentait responsable et voulait garder ses émotions sous contrôle. Dans son chagrin, il est tombé malade, a eu un rhume et des maux de tête. Il avait perdu l’espoir et pensait que son père allait mourir.
En racontant, il a commencé à pleurer. Sa grand‑mère n’était pas non plus en bonne santé et il pensait qu’elle allait bientôt mourir. Il est devenu très émotif et a pleuré. Nous pouvons donc voir qu’il s’agit d’un homme très sensible et émotif, mais qui, en raison d’un sens du devoir très fort, ne laisse pas paraître son chagrin.
Il a aussi mentionné avoir une liaison avec une femme, bien que tous deux soient mariés. Il se souciait de sa bonne réputation sociale. Il a déclaré : « Je n’ai pas peur qu’on me frappe – donc je ne m’en fais pas. Mais quand je ressens cette peur, mes jambes commencent à trembler. Quand je me dispute, c’est généralement parce que je défends les autres. Vous savez, dans la société où je travaille, un employé s’est suicidé. Ils ont essayé de le dissimuler, mais je m’y suis opposé. »
En même temps il voulait rester en forme et allait régulièrement à la salle de sport. Voilà pour la description de ses symptômes et de son état d’esprit. En analysant le cas, nous voyons que cet homme est très sensible, doté d’un fort sens du devoir, qu’il a un grand désir de produits laitiers et qu’il réprime son chagrin.
Il veut se défendre mais est très sensible ; il rougit facilement et se préoccupe de sa réputation. Cela est devenu clair lorsqu’il nous a parlé de sa liaison et a dit qu’il craignait ce qui pourrait arriver si la relation était révélée.
Nous avons choisi les rubriques Désir de lait ; Esprit – Querelleur ; Esprit – Pleurer – Pleure facilement ; Tremblements ; Esprit – Sensible à l’injustice ; Esprit – Compassion ; Esprit – Troubles – Embarras, par ; Esprit – Devoir – trop de sens du devoir ; Extrémités – Tremblements – Jambes – peur, à.
Ignatia figure en première place. Ignatia est un remède du règne végétal. Ces personnes sont très sensibles et gardent beaucoup de chagrin silencieux. En même temps, elles ont un fort sens du devoir et assument beaucoup de responsabilités.
Le patient a reçu Ignatia, car il n’y avait pas de grande différence entre son état aigu et son état chronique. Il a pris le remède en dynamisation C200.
Ensuite, je voudrais aborder le niveau des cas très sérieux et graves. Jusqu’à présent, nous avons uniquement discuté de cas asymptomatiques ou de patients chez qui les symptômes typiques de la pandémie prédominaient, comme la faiblesse, des symptômes soudains et intenses, soit accompagnés d’un sentiment de panique et d’angoisse, soit de sérénité et de bonne humeur. Tous ces cas ont bien répondu à Camphora.
Au deuxième niveau, nous avons des états aigus où nous devons enregistrer la globalité des symptômes aigus et, à partir de ces symptômes, arriver au remède. Les remèdes fréquemment indiqués à ce niveau sont Arsenicum, Bryonia, China, Gelsemium et Camphora.
Dans quelques autres cas, les symptômes dominants ont orienté vers le remède constitutionnel : l’état d’esprit, la constitution, les symptômes généraux, désirs et aversions. Pour ces patients, il faut prescrire le remède constitutionnel correspondant, car il n’y a pas de symptômes aigus marquants ni de symptômes typiques de la pandémie qui ressortent. C’est ainsi qu’il faut aborder ces cas.
Formes sévères de la maladie
Je n’ai pas beaucoup d’expérience avec des cas graves, c’est‑à‑dire des patients dont la saturation en oxygène est inférieure à 90 ou qui doivent être ventilés. Parmi les quelques cas que j’ai traités, je voudrais en souligner un en particulier.
Cas clinique 1 : Ventilation artificielle d’une patiente de 70 ans
Il s’agit d’une patiente de 70 ans qui a dû être mise sous ventilation. Elle avait une dyspnée, était très faible et ne pouvait plus se lever du lit. Elle se plaignait de brûlures dans les paumes des mains et à l’estomac. Elle transpirait sur tout le corps et avait des jambes agitées. En raison de la faiblesse, elle avait une grande dyspnée et ne pouvait même pas s’asseoir droite.
De plus, elle souffrait de vomissements avec goût amer dans la bouche et elle était amaigrie. Elle a dit être confuse et ne pas savoir où elle était. Elle ne pouvait pas dire si elle se trouvait sur le sol (par opposition à planer) ou ailleurs. Sa bouche était sèche et elle avait peu de soif.
La patiente était très inquiète pour ses petits‑enfants. Plus la faiblesse et les vertiges augmentaient, plus sa fréquence respiratoire s’élevait. Elle demandait un linge froid pour les plantes des pieds et les paumes des mains afin que la brûlure cesse enfin. Nous lui avons donné Camphora 10M, une dose toutes les six heures. La grande faiblesse associée au désir de froid sur les extrémités est une bonne indication pour Camphora. La patiente a bien récupéré et a été poursuivie en soins hospitaliers.
Un autre aspect important de la prescription individuelle est qu’il faut toujours rester vigilant. L’état du patient peut changer et avec lui l’indication pour le remède approprié. Parfois il faut adapter la prescription et donner un nouveau remède. Je présente ici un cas où nous avons donné Camphora, Arsenicum et China.
Cas clinique 2 : Accès de transpiration
Le cas d’une femme de 26 ans, testée positive au COVID et malade depuis dix jours. Elle avait eu plusieurs rendez‑vous dans notre immeuble de bureaux lorsqu’elle s’est sentie fatiguée et transpirait au moindre effort. Elle avait même perdu connaissance, se sentait faible et a eu des palpitations et une fièvre basse après cet incident.
La femme a été amenée à l’hôpital pour suspicion d’infection urinaire, mais il s’est avéré qu’elle était positive au COVID. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Son père était également malade. Elle se demandait « pourquoi cela devait m’arriver à moi ? ».
Dans un premier temps, la patiente a reçu Camphora, en raison de la faiblesse et des symptômes typiques de la pandémie. Au suivi le lendemain, son état ne s’était pas nettement amélioré. Si le remède administré n’agit pas, il faut repenser le cas.
En homéopathie, il n’existe pas de remède miracle pour tout ni de remède qui guérit toutes les maladies. Camphora est un remède utile, mais il ne convient pas à tous les cas. Si les symptômes changent et que l’on ne constate pas d’amélioration, il faut donner un autre remède. Cette patiente devenait de plus en plus faible et commençait à boire de petites gorgées d’eau. De plus, elle se faisait du souci pour la santé de son père et pour la sienne. Sa saturation en oxygène a changé et elle est devenue très anxieuse à ce sujet. C’étaient de bonnes indications pour Arsenicum et le remède a été administré toutes les six heures.
Le lendemain, elle allait beaucoup mieux. Elle était moins nerveuse, avait bien dormi et se sentait plus forte. Elle était confiante et n’avait plus autant peur. La toux s’était aussi améliorée. Nous lui avons poursuivi Arsenicum album 1M.
Puis un événement étrange s’est produit. J’avais demandé aux patientes de me dire comment elles se sentaient. Au lieu de dire qu’elle allait mieux, elle a seulement dit que tout allait bien mais qu’elle s’était couchée tard. Elle avait été éveillée jusqu’à quatre ou cinq heures du matin à réfléchir à l’avenir et à faire des projets.
J’ai insisté pour qu’elle me raconte davantage sur elle. La patiente a dit qu’elle était très créative et aimait écrire des livres. Je me suis rendu compte que la patiente avait besoin de China et non d’Arsenicum. Nous avons demandé à la patiente d’arrêter l’Arsenicum et de prendre China, car l’anxiété nerveuse d’Arsenicum n’était plus présente. En revanche, il y avait les pensées agitées et l’excitation propres à China.
La patiente refusa d’abord et dit qu’elle préférait continuer l’Arsenicum, car cela lui faisait du bien. J’ai dû insister fermement et elle a finalement accepté. Les indications pour Arsenicum n’étaient plus là ; le tableau correspondait désormais à China.
Lorsque les indications pour un remède ne sont plus présentes, il faut donner un autre remède, même si le patient se sent mieux. Il faut toujours prescrire selon l’état actuel.
Après la prise de China, le lendemain, l’anxiété nerveuse est réapparue. La patiente a dit qu’elle préférait reprendre Arsenicum. Elle a dit : « J’allais mieux, mais vous avez arrêté le remède. » Sur le plan psychologique, l’angoisse est réapparue, mais j’ai continué à donner China, car j’avais constaté que China correspondait mieux à sa constitution.
Le jour suivant, elle se sentait mieux et était redevenue comme avant. Dans ces cas, il faut être très attentif. Si le patient ne s’améliore pas, il faut changer de remède. Mais aussi, si le patient progresse et que les symptômes changent, il faut donner un nouveau remède, car l’état du patient a évolué.
Degré de potentialisation et répétition de l’administration
- Si les émotions et les symptômes locaux dominent, nous administrons la potentialisation C200.
- Si l’accent est mis sur les symptômes généraux, l’état d’esprit et les rêves, nous choisissons la 1M.
- Pour des symptômes très violents et intenses, par exemple une grande faiblesse ou d’autres symptômes violents où l’énergie et le plan des sensations sont saillants, la 10M est indiquée.
- En ce qui concerne la répétition du remède, cela dépend de l’intensité du cas. Normalement, je donne un remède deux fois par jour, dans les états violents aussi trois fois par jour. Dans les situations aiguës, je fais prendre le remède toutes les trois heures. Ensuite, nous espaçons progressivement et arrêtons le remède dès que les symptômes régressent. Ensuite, nous donnons généralement un placebo au patient.
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19.03.2020 Dr. Aditya Kasariyans et Dr. Rajan Sankaran
Homéopathie pour les infections par le coronavirus Covid‑19
11.03.2020 Dr. Manisha et Dr. Manish Bhatia
Coronavirus Covid‑19 et homéopathie
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Source : https://hpathy.com/homeopathy-papers/treating-covid-19-with-homoeopathy/
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