Dès que nous avons commencé la thérapie, il est apparu que nous avions besoin d'un accès immédiat à des remèdes homéopathiques pour pouvoir travailler efficacement. Ce problème a pu être résolu grâce au don par certains homéopathes de gouttes issues de leurs propres préparations dynamisées, qui, accompagnées d'un don de granules de lactose, sont devenus l'équipement de base de notre pharmacie que nous avons ouverte dans le DTES. De plus, plusieurs actions de collecte de fonds ont permis d'acquérir d'autres médicaments et d'autres éléments nécessaires.
Lors du choix des remèdes à fournir pour la pharmacie du DTE, nous avons d'abord pensé aux remèdes de la famille des Solanacées et, après la lecture de Gabor Maté, nous avons décidé d'acquérir aussi des remèdes lactés et des remèdes d'araignées, ainsi que des remèdes de premiers secours. Cependant, au cours des deux dernières années et demie, nous avons constaté que, dans notre pratique du DTES, nous ne prescrivons pas plus souvent les Solanacées, les remèdes d'araignées et les Lacs que dans d'autres cabinets homéopathiques. En ce qui concerne les puissances, nous donnons nos remèdes homéopathiques en puissances C ou LM et les sels de Schüssler en puissances D – bien entendu toujours adaptés individuellement au patient.
Beaucoup de nos patients prennent déjà une série de médicaments sur ordonnance (par ex. la méthadone) pour leurs multiples maladies – notamment l'hépatite C, le VIH, le sida, l'asthme, la bronchite, la dépression et les troubles du sommeil – et pourtant les patients réagissent toujours aux remèdes homéopathiques ! Ce que je remarque, c'est que les remèdes doivent être donnés plus fréquemment ; il n'est donc pas rare que nous revoyions les mêmes patients toutes les 1–2 semaines et que, lors du suivi, nous répétions ou changions le remède. Les patients se trouvent souvent dans un état si intense et d'évolution si rapide qu'on a l'impression qu'ils "consomment" le remède. Nous prescrivons souvent les remèdes sous forme de dilution, et lorsqu'aucune eau distillée n'est disponible, les remèdes sont dissous dans des bouteilles d'eau et bus au cours de la journée. Cette méthode fonctionne très bien dans les conditions présentes.
Depuis 2009, deux homéopathes offrent chaque semaine des traitements et un suivi à trois endroits différents dans le DTES. Les défis varient selon le lieu. Dans le cas extrême, les homéopathes voient des patients sous l'emprise d'une ou plusieurs drogues qui viennent pour des soins aigus. Dans ces cas, il n'est pas facile de distinguer quelles sont les symptômes dus à l'effet des drogues et lesquels sont individuels. Cette pratique est ouverte à tous ; ainsi, certaines personnes qui n'ont pas de problèmes de drogue ou d'alcool viennent aussi : dans ces cas, la pauvreté est généralement le principal facteur influençant leur santé et leurs décisions.
Dans une autre pratique, des homéopathes soignent des patients en cours de sevrage ; des soins aigus sont prodigués, mais dans certains cas un traitement constitutionnel est également possible. Un aspect important ici est que les patients ont choisi volontairement de se sevrer et sont donc "prêts au changement".
Un défi dans les deux lieux est la continuité des soins. Il est souvent difficile – mais pas impossible – d'assurer des suivis réguliers. Sans une telle régularité et organisation, on ne peut pas évaluer si le remède a eu un effet. Dans un troisième lieu, des femmes qui ont vécu des années dans la rue habitent désormais dans leurs propres chambres et reçoivent nourriture et soins médicaux. Pour elles, c'est le meilleur foyer qu'elles aient eu depuis longtemps. Ici, les femmes ont achevé un sevrage complet et sont maintenant dans le processus de comprendre pourquoi elles se sont retrouvées à la rue. Parfois, elles rechutent et doivent retourner en sevrage avant de pouvoir réintégrer leurs propres logements. La plupart de ces femmes ont été maltraitées et négligées, enfants et adultes. Ici, nous voyons les profondes cicatrices causées par la violence et la négligence transmises de génération en génération – et pourtant ces personnes ont la volonté de changer.
Une des conditions pour pouvoir séjourner à cet endroit est que les femmes respectent des règles strictes et participent chaque semaine à un certain nombre de programmes – par exemple gestion de la colère, counselling, homéopathie ou yoga – et en contrepartie elles reçoivent une petite allocation pour leurs besoins personnels. Ici, il y a plus de continuité dans les soins et des suivis réguliers ; il est donc plus facile de déterminer l'effet des remèdes. Dans ces circonstances, il est aussi possible de prescrire des remèdes constitutionnels plutôt que de se cantonner à la pénible tâche de ne répondre qu'à des états aigus.
Indépendamment du lieu de traitement, les patients sont heureux et reconnaissants d'être écoutés inconditionnellement. C'est souvent la première fois que quelqu'un s'assoit avec eux et les écoute avec attention et sans jugement. Parfois nous n'avons que 15 minutes avant que le patient ne doive partir ; d'autres fois nous pouvons nous permettre le luxe de passer deux heures avec quelqu'un. Nous prescrivons en fonction de ce que nous avons devant nous, car c'est tout ce dont nous disposons et notre but est de soutenir chaque patient individuellement.
Il est intéressant de constater qu'il est assez facile de déterminer quel remède le patient a besoin une fois que celui-ci n'est plus sous l'emprise de la drogue. Il n'y a plus de compensation ni de façade, leur souffrance se présente à nous sans fard – et parfois ils semblent même connaître les symptômes clés de leur remède ! Mais bien sûr, ils n'en ont pas conscience : c'est la source qui parle à travers eux.
Les états pathologiques dont nous parlons sont en partie la conséquence de l'abus de drogues ; par exemple, les personnes sous l'effet du crystal meth (méthamphétamine) perdent souvent leurs dents et viennent nous voir parce qu'elles ont des douleurs après une extraction dentaire. Un autre exemple est la constipation chronique et affaiblissante comme effet secondaire de la méthadone. Il s'est avéré très difficile de traiter ce problème uniquement par l'homéopathie. Nous traitons aussi souvent des convalescents qui ont été renversés par des voitures ou tombés de bâtiments sous l'influence de diverses drogues.
Outre ces affections directement liées à leur mode de vie, des personnes viennent nous consulter pour des douleurs chroniques – l'une des raisons pour lesquelles certains ont commencé à consommer des drogues et ont fini dans la rue. Nous traitons des personnes ayant des abcès ainsi que des infections bactériennes systémiques et chroniques, dont certaines prennent des antibiotiques en continu depuis deux ans (!) – néanmoins l'infection peut être traitée avec succès par l'homéopathie, par exemple avec Silicea. D'autres problèmes de santé que nous traitons sont les maladies psychiatriques chroniques, les troubles digestifs, le syndrome de l'intestin irritable, les ongles incarnés et l'insomnie. En ce qui concerne l'insomnie – il est difficile de dormir la nuit quand on vit dans la rue – la peur d'être attaqué est toujours présente. Même lorsqu'ils vivent ensuite dans leurs propres logements, cette peur perdure ; il faut du temps pour qu'une telle peur guérisse.
Ce qui surprend parfois : j'ai eu une patiente qui venait pour des nausées matinales ; lorsqu'il est apparu qu'elle était enceinte, elle a été très surprise, car elle pensait qu'avec son mode de vie elle ne pourrait jamais avoir d'enfant. |