Souffrances masculines — qu'est-ce que c'est ? S'agit-il d'une cryptorchidie, de problèmes prostatiques ou de dysfonction érectile, c'est‑à‑dire de troubles qui concernent exclusivement le sexe masculin ? Nous voulions en savoir plus sur nos auteur·e·s et espérions des réponses homéopathiques à la question : comment et de quoi souffrent les hommes ? L'ampleur et la diversité des réponses à cette question nous ont cependant beaucoup surpris, ainsi que le fil conducteur qui traverse ces témoignages : les hommes souffrent d'eux‑mêmes et du fait d'être de plus en plus remis en question. Leurs rôles ne conviennent plus, les structures patriarcales ne fonctionnent plus et celles et ceux qui s'y accrochent rencontrent rejet et résistance. Pourtant, la transformation de l'image masculine reste difficile, parce que les conditionnements sociaux, pédagogiques et économiques continuent d'agir. « Quand un homme est‑il un homme ? » Quelles règles implicites valent pour les hommes ? de nombreuses études en Amérique et en Europe ont identifié certaines caractéristiques considérées par les chercheurs comme typiquement masculines. On y trouve, par exemple, l'autonomie, la propension à prendre des risques, le pouvoir sur les femmes, une faible expressivité émotionnelle et l'homophobie. Au centre se trouve la dévalorisation des rôles de genre alternatifs. Selon ces études, l'intériorisation de telles normes s'accompagne statistiquement plus souvent de problèmes psychiques, des troubles que, tout comme des pathologies corporelles, on a tendance à taire et à dissimuler. Car pour un « vrai » homme, demander une aide extérieure représente une défaite personnelle. Par peur d'être perçu comme faible, il a très peu recours à l'aide.
Une recherche américaine résume cette dynamique ainsi : « Dans la plupart des sociétés, les hommes sont privilégiés et occupent une position de pouvoir. Pour la conserver, certaines normes comportementales s'imposent : il faut étouffer ses émotions si l'on veut paraître fort. L'avantage social qui en découle a cependant un revers. » L'homme tombe malade ! Les hommes des cas cliniques de ce numéro souffrent d'états anxieux, de dépression, d'épuisement professionnel ou d'addictions, autant que de cancer de la prostate ou de dysfonction érectile. Souvent, c'est la « masculinité toxique », un attachement à, ou un conflit intérieur avec, des schémas traditionnels de pensée et de comportement masculins, qui en est à l'origine.
Si l'on parvient, comme Declan Hammond, à atteindre leurs sentiments, de nombreux patients racontent des expériences de violence, des sentiments de honte, de culpabilité et de colère, de la haine de soi et la peur de l'échec. La guérison nécessite souvent des processus de prise de conscience douloureux qui peuvent conduire à une estime de soi plus mûre, à une nouvelle douceur et à davantage de proximité. Un accompagnement empathique joue un rôle essentiel dans ce processus.
Des sentiments d'humiliation, de honte et de colère ont également été éprouvés par Roland Guenther dans le cadre de l'épreuve de trituration d'une prostatanosode. Cette auto‑expérience homéopathique confirme l'observation clinique de Farokh Master chez des patients atteints d'un cancer de la prostate qui, après une carrière professionnelle réussie, se retrouvent soudainement sans valeur et inutiles à la retraite. Ils tiraient leur estime de soi du fait d'être responsables, forts et présents pour les autres, de s'occuper de tout. Des thèmes similaires ont été relevés par Geoff Johnson dans son épreuve de remède sur la testostérone. L'homéopathe anglais voit l'incarnation des expériences d'épreuve dans le rôle archaïque du père qui protège et subvient aux besoins de sa famille. La perte de force et de puissance peut, comme dans le cas présenté par Wiet van Helmond, constituer une indication du recours à la testostérone comme remède.
L'incertitude concernant l'image du rôle propre et le déclin général de la fertilité masculine mettent toutefois un autre hormone au centre de notre dossier. Pour Christina Ari, qui travaille depuis des années sur le Folliculinum, cette hormone sexuelle féminine devient de plus en plus aussi un remède pour les hommes. Inversement, des femmes peuvent tout à fait correspondre à l'image d'un remède typiquement masculin. Quand l'accomplissement de la volonté paternelle, le sens du devoir propre à la série du fer, détermine la vie et la souffrance d'une femme, le Lycopodium, comme dans le cas de Franz Swoboda, peut l'aider à mieux percevoir et développer sa part féminine.
Quand le sens du devoir et la pression de la performance, caractéristiques de la série du fer, déterminent la sexualité, l'homme a un problème. Nulle part les conflits de rôle masculin ne s'expriment aussi directement que dans la question de la puissance. La dysfonction érectile est l'un des principaux problèmes dont l'homme ne parle pas. Des remèdes de la série du fer, comme dans la casuistique sur le Vanadium sulfuricum, peuvent contribuer à briser le cercle vicieux de l'échec et de la tension des attentes. Dans l'article de Ulrike Schuller‑Schreib, ce sont des remèdes de la famille des crucifères qui aident à lever le blocage intérieur. Là encore, comme dans la plupart des articles de ce numéro, les souffrances masculines se situent surtout dans la tête et pas uniquement dans les organes génitaux.