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La douleur remontant à l'enfance est toujours aiguë : un cas de Staphysagria

Actualités

La douleur de l'enfance est toujours aiguë : un cas de Staphysagria

par Jayesh Shah, Devang Shah

 

Le patient de 72 ans s'est présenté pour la première consultation le 11 avril 2012. Sa plainte principale était une incontinence urinaire dont il souffrait depuis une résection chirurgicale de la prostate. En outre, le patient se plaignait de variations marquées de la glycémie, bien qu'il soit sous traitement médicamenteux pour un diabète de type II. L'homme exprimait le souhait de faire traiter ces deux problèmes et de prévenir d'éventuelles complications futures.

 

Notre première impression fut celle d'une personne sensible et d'un caractère doux. L'homme parlait doucement et avec amabilité, mais dégageait en même temps une certaine dignité. Il nous a dit qu'il était très déçu du chirurgien qui l'avait opéré, car celui-ci ne l'avait pas suffisamment informé des conséquences potentielles d'une telle intervention. Le patient a mentionné en particulier l'incontinence urinaire et les effets négatifs sur sa vie sexuelle (son intérêt marqué pour la sexualité était frappant).

 

L'homme est marié pour la deuxième fois. Après son divorce d'avec sa première femme, il a vécu neuf ans seul et s'est tourné de plus en plus vers la spiritualité.

 

Il se décrit comme calme et équilibré, mais l'injustice et la malhonnêteté le mettent en colère. Il travaille comme entrepreneur indépendant, son métier lui permet de s'exprimer de façon créative. Dans son cercle d'amis il est très apprécié et il tient particulièrement à recevoir de la reconnaissance pour son travail.

 

Le patient se fait beaucoup de soucis. Il raconte qu'il pense souvent à son enfance et à son père. Le père avait été très strict et dominateur ; enfant, il redoutait les accès de colère de son père. Le père était aussi extrêmement économe et l'argent était souvent source de disputes dans la famille. Une fois, le patient a dû assister au passage à tabac de son frère aîné par le père, parce que celui-ci aurait dépensé trop d'argent. La situation avait terrifié le patient. La peur du père était si grande que, malgré son talent exceptionnel — il avait atteint le niveau de champion — il renonça à une carrière sportive comme joueur de badminton et, à la demande de son père, entreprit une activité indépendante.

 

Le patient s'est souvent senti humilié par les exigences strictes de son père. Il nous a raconté un exemple où, déjà adulte, il avait été forcé par son père, en présence de collègues de travail, à porter des shorts. Il décrit son père comme un tyran.

 

Le patient décrit sa mère comme une femme douce, aimante et tendre, qui lui a donné tout l'amour dont il avait besoin enfant. Elle était le pendant de son père difficile. Lors de l'anamnèse initiale, le patient a longuement parlé des différences entre ses parents.

 

Le patient a une grande peur des hôpitaux et réagit de manière sensible à la souffrance des autres.

 

Dans son enfance il avait été très sensible et réagissait souvent, en jouant avec ses cousins, de façon extrêmement émotive à la moindre plaisanterie. Quand il perdait un jeu ou était taquiné, il se mettait à pleurer à chaque fois.

 

Le patient souffre d'une claustrophobie marquée. Il nous a parlé d'un incident dans un avion dont le départ prévu a dû être retardé parce que, en proie à une violente attaque de panique, il a dû être débarqué. Il se souvient encore qu'il avait tenté désespérément de retrouver l'air libre. Les foules lui font également peur.

 

De plus, le patient a évoqué deux rêves étranges dont il se souvient : dans le premier rêve, il se trouvait sur une plage. Derrière lui s'élevait un haut mur et il était submergé par une grande vague. Dans ce rêve il ressentait une peur de la mort qui le réveilla en sursaut. Dans le second rêve, lui et ses cinq frères dormaient dans une pièce. À son réveil, tous ses frères étaient morts, seul lui était encore en vie. Lorsque nous lui avons demandé ce qu'il avait ressenti, il a décrit le rêve comme « très étrange ».

 

Analyse du cas

L'accent est ici mis sur l'enfance difficile du patient, marquée par un père d'une sévérité excessive. C'est l'élément le plus frappant et le plus particulier de ce cas. Le patient lui‑même est une personne douce et n'a guère supporté la rigueur paternelle. Le père avait été très avare et ne supportait pas que ses enfants dépensent de l'argent. Les enfants étaient souvent réprimandés pour cela. Le patient a longuement expliqué que son père avait été un tyran, tandis que sa mère était une femme douce et tendre.

 

Nous avons ici un homme de 72 ans qui se confronte encore à son thème d'enfance. Il était clair pour nous que c'était son souci principal. Les souvenirs du traumatisme infantile, provoqué par le père strict, sont encore frais ! Le patient a passé manifestement plus de temps à parler de ce sujet qu'à nous détailler ses plaintes physiques. Il est évident qu'il reste sensibilisé par ce qui lui est arrivé enfant. Sa sensibilité face aux punitions sévères et aux humiliations infligées par le père ressort particulièrement. Si nous essayons de relier les peurs et la claustrophobie actuelle du patient à sa situation d'enfant, il est intéressant de noter que ses peurs présentes sont très probablement comparables à la peur qu'il éprouvait vis‑à‑vis de son père. Souvent, nos patients ne mettent pas directement en relation leurs sentiments intimes avec des situations précises. Ils les expriment plutôt de manière indirecte à travers des peurs, des rêves, des intérêts personnels et des loisirs. Dans la plupart des cas il existe plusieurs situations ou fenêtres qui nous donnent un aperçu de l'expérience du patient et nous permettent de reconnaître à quel niveau cet vécu s'inscrit.

 

Les expériences infantiles de ce patient ont développé chez lui un grand sens de la justice. Il s'insurge contre toute forme d'injustice.

 

Outre sa nature sensible et douce, nous avons perçu une certaine dignité. Nous avons donc affaire à une personne qui dégage de la dignité tout en étant sensible aux affronts.

 

Le patient se décrit comme créatif dans son travail, il est apprécié dans son entourage et sait apprécier la reconnaissance. Deux aspects polaires, la critique et la reconnaissance, apparaissent clairement. Nous cherchons donc un remède qui incarne ces deux aspects et qui couvre également les manifestations corporelles de ses troubles postopératoires.

 

Les rubriques suivantes ont été retenues pour la répertorisation :

 

 

 

Dans l'ouvrage de S.R. Phatak « Homöopathische Arzneimittellehre » (1) nous trouvons la description suivante pour Staphysagria :

 

Les affections nerveuses accompagnées de tremblements constituent un aspect prononcé de ce remède. ... Il suscite un désir sexuel excessif et déviant et une tendance à la masturbation ... (le remède a un fort rapport avec la sexualité).

 

Le remède agit sur … les VOIES URINAIRES ; le tissu conjonctif ; … hypersensibilité pathologique ; le moindre mot qui lui semble injuste la blesse profondément ;

 

Sphincters : déchirés, étirés. DÉCHIRURES TISSULAIRES ; déchirures du périnée, etc. Douleurs en piqûre (point de côté) qui persistent après des opérations. Mauvaises conséquences de : colère ou affront ; colère refoulée et retenue ; blessures, par exemple suite à une chute ; plaies pénétrantes lisses, par exemple après des interventions chirurgicales ; excès sexuels ;

 

(La lésion du sphincter vésical à la suite d'une intervention chirurgicale était la plainte principale de notre patient).

 

Esprit et tempérament : Offenses imaginaires. Grande indignation à propos des actes commis par d'autres ou par lui‑même ; il se tourmente à cause des conséquences.

 

Troubles dus à une mauvaise volonté refoulée. Très sensible à ce que les autres disent de lui. Mauvaises conséquences de sermons moralisateurs ou de punitions, chez l'enfant.

 

Prescription : Staphysagria LM3

 

Commentaire sur le choix de la puissance

Le patient présente un diabète chronique et progressif, traité par des médicaments, mais qui n'est plus correctement contrôlé. La glycémie fluctue fortement et des organes vitaux comme les reins, les yeux, les nerfs et le cœur sont de plus en plus compromettants. Cela montre qu'il s'agit d'une maladie chronique et évolutive. Compte tenu de la pathologie progressive du patient, une puissance LM a été choisie afin de pouvoir administrer le remède en prises répétées. De plus, il était clair que les symptômes du patient se situaient principalement aux niveaux 1, 2 ou 3. Même lorsque le patient nous parlait de son père, son vécu émotionnel n'était pas au premier plan. On avait l'impression qu'il voulait se maîtriser, ce qui est typique de Staphysagria. En outre, la plainte principale était nettement localisée. La puissance LM3 est ici un choix sûr, car on peut, si nécessaire, augmenter ultérieurement.

 

Suivi au 02.11.2012 : Le patient a réagi immédiatement au remède. Son incontinence urinaire s'est nettement améliorée en 4 semaines. Trois mois plus tard, la fonction vésicale était rétablie à 80 %, et six mois plus tard à 95 %. La glycémie du patient s'est également stabilisée et reste désormais bien contrôlée avec le traitement allopathique. Sa valeur actuelle d'hémoglobine glyquée (hémoglobine) est de 7,6 (avant le traitement homéopathique elle était de 8). Sa glycémie à jeun est passée de 170 à 120.

 

Sur le plan psychique également, l'homme va mieux : il dit être devenu plus calme et affronter les défis de la vie avec sérénité. Il supporte désormais sans problème de petits désagréments, ce qui n'était pas le cas auparavant.

 

Le patient nous parle cette fois d'un désaccord avec sa fille, avec qui il s'est brouillé pour des raisons professionnelles. Lors de l'anamnèse initiale, il n'en avait pas parlé. À propos de sa fille il dit : « Je peux la comprendre maintenant et c'est bien comme ça. » On y voit une transformation positive et très salutaire de son tempérament. La capacité à accepter les choses telles qu'elles sont l'a rendu plus serein et plus calme. Il dit avoir appris à ne pas s'imposer à sa fille et à accepter qu'elle ait d'autres opinions que lui.

 

On constate ici que le patient ne va pas seulement mieux physiquement et concernant sa maladie, mais qu'un changement s'est également opéré sur le plan mental et émotionnel, ce qui le rend plus équilibré et mieux à même de faire face aux contraintes de la vie. C'est là la beauté de l'homéopathie : elle ne guérit pas seulement les maux du corps, elle apporte aussi bien‑être et équilibre psychique, ce qui permet une guérison à un niveau plus profond. Cette action profondément holistique fait de l'homéopathie l'une des méthodes de guérison les plus efficaces.

 

Prise en charge du cas

Après trois mois de Staphysagria LM3, la puissance a été augmentée à LM4, car la glycémie du patient connaissait encore par moments des fluctuations. Par la suite, ce problème a aussi disparu.

 

Commentaire

La sensation d'enfermement et la claustrophobie qui en découle ne sont généralement pas associées à Staphysagria. Dans le cas présent, toutefois, ces peurs du patient ont elles aussi été guéries.

 

Le second aspect très marquant était la tendance du patient à se faire des soucis pour tout. Même de petites choses le bouleversaient : il s'inquiétait de sa maladie, de l'argent, de ses relations, de lui‑même — en fait de tout. Ce trait de caractère n'est pas connu chez Staphysagria. Je me suis demandé s'il ne s'agissait pas d'un aspect moins connu du remède. En y réfléchissant, j'ai cependant remarqué qu'il ne s'agissait pas du souci en tant que tel, mais de la chose qui l'inquiétait. Quand il pensait, par exemple, à son père, il s'agissait de la peur d'être crié dessus ou réprimandé. S'il s'inquiétait pour l'argent, cela renvoyait également à son père et à la peur de susciter sa désapprobation. Et ses inquiétudes concernant son séjour à l'hôpital tournaient en réalité autour de sa forte sensibilité à la souffrance d'autrui — il ne supportait pas de voir d'autres personnes à l'hôpital. Ce dont nous avons ici affaire est une sensibilité profonde. Cette sensibilité prononcée appartient au règne végétal, et plus spécifiquement dans ce cas à la sensibilité face à la dureté, à la sévérité, aux reproches et aux remontrances, ce qui nous conduit aux Ranunculaceae.

 

Un autre aspect important est le vécu du patient dans ses rêves, où quelque chose d'immense le submerge. Dans l'un de ses rêves il est renversé par une vague, dans le second rêve survient un grand malheur : il trouve tous ses frères morts. Aucun de ces deux rêves ne s'est répété. Le patient ne nous a parlé de ses rêves que lorsqu'on le lui a explicitement demandé, pour cette raison ils jouent un rôle secondaire dans l'analyse du cas. Toutefois, nous pouvons tirer de cet exemple que le sentiment d'un danger imminent ou de la mort qui approche est un aspect important de ce remède, puisque notre patient a été guéri avec celui‑ci. La peur de la maladie et de la mort est un aspect significatif de la famille des Ranunculaceae, comme nous le savons déjà avec Aconitum. Peut‑être que la peur de mourir est un thème important pour de nombreux patients relevant de Staphysagria. La crainte d'être poursuivi, comme si un danger guettait derrière — par exemple l'idée délirante que quelqu'un est derrière lui — est très similaire à l'idée de la « peur de sa propre ombre ». Le thème du danger venant de derrière a pu être observé dans plusieurs de mes cas.

 

Parce que ce patient a si bien réagi à Staphysagria, nous pouvons tirer certains aspects utiles pour notre pratique clinique : pensées ruminantes, inquiétude excessive concernant la mort ; grande peur qu'un danger vienne de derrière et le submerge.

  1. S.R. Phatak, « Staphysagria », Homöopathische Arzneimittellehre, ReferenceWorks Pro 4.2.1.1

 

Ce cas clinique a été initialement publié sur http://theothersong.wordpress.com/ dans la newsletter « Voice ».

 

 

Catégorie : Cas

Mots‑clés : Incontinence urinaire ; diabète de type 2 ; colère contre un père strict ; colère due à l'humiliation ; sensible aux reproches

Remède : Staphysagria

 

 

 

 

 

von Narayana Verlag