Snout est le lapin nain mâle très aimé d'une famille. Il avait profité d'un moment d'inattention, s'était échappé dans le jardin et n'a été retrouvé que deux jours plus tard. À ce moment-là, il présentait une blessure à l'œil droit, pouvant provenir d'un morceau de vieux fil barbelé ou d'un autre animal. Son propriétaire a désinfecté l'œil avec une pommade et a observé le lapin pendant un jour avant de l'amener à la clinique. L'œil de Snout était infecté et suppurait. Le lapin était très calme et ne voulait pas manger, la famille était très inquiète. Lorsqu'on a amené Snout en consultation, il avait un ulcère de la cornée de l'œil droit, une déchirure dans la chambre antérieure, un glaucome et un écoulement purulent blanc qui suintait de l'œil. L'œil était énormément enflé, jusqu'au sommet de sa tête. Snout ne pouvait pas fermer l'œil droit, l'oreille gauche pendait. Une telle enflure est très douloureuse, il n'est donc pas étonnant qu'il fût « un peu trop calme ».
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Pourrait-on sauver un tel œil ? Ou faudrait-il l'enlever sur-le-champ ? Ou euthanasier le lapin ? Normalement, dans un tel cas, on enlèverait l'œil ou on euthanasierait l'animal. Les propriétaires ont choisi de renoncer à ces interventions. Ils ne voulaient pas dépenser la grosse somme pour une opération et, pour le reste, ils ont préféré attendre quelques jours que leurs enfants soient au camp de vacances. Ils espéraient ainsi leur épargner le chagrin d'un lapin en phase terminale. Ils m'ont demandé des analgésiques pour leur lapin. Je n'ai pas pu accéder à cette demande, car les analgésiques sont mal tolérés par les lapins. Ils sont trop toxiques. Il ne restait donc plus que l'homéopathie.
Lors de la répertorisation, j'ai trouvé une sous-rubrique importante : ŒIL – Glaucome – après une blessure, avec un seul remède, à savoir Physostigma. Clarke écrit dans son Encyclopédie : « Pour le glaucome, il a été employé avec un succès extraordinaire afin de diminuer la tension intraoculaire, et tout particulièrement lorsque le glaucome était dû à une blessure. »
Phatak écrit : « Glaucome, en particulier après blessure. » Un examen plus approfondi de la Materia Medica nous fournit les informations suivantes sur Physostigma : « Accommodation perturbée, sensation de contraction des paupières, incapacité à fermer les paupières. Douleurs persistantes au sommet de la tête. » (On ne peut bien sûr pas interroger le patient à ce sujet dans ce cas.) Aussi « douleurs au-dessus des yeux » et « contraction des pupilles et du muscle d'accommodation. » De plus, j'ai examiné de près les grandes rubriques concernant les blessures de l'œil : ŒIL – Blessure, après ; ŒIL – Glaucome – Blessure, après. Les remèdes suivants entraient en ligne de compte : Aconitum, Arnica et Physostigma, parmi lesquels Physostigma semblait être le remède indiqué.
Prescription : Physostigma C30
Remarque : de nos jours je prescris plutôt des puissances basses, pas supérieures à C6 ou C12, afin de pouvoir répéter les remèdes plus souvent.
Suivi
Le lendemain : Snout recommence à manger et se déplace davantage ; il ne reste plus immobile dans un coin. Le gonflement de la tête a diminué. L'œil est toujours trouble, enflé et dégage un pus blanc. Physostigma C30 est répété.
Un jour plus tard : L'œil est moins enflé, il ressemble maintenant à une poche remplie d'un gel aqueux. Le gonflement au sommet de la tête a disparu. Physostigma C30 est répété. L'œil continue de s'améliorer : l'enflure diminue, le lapin est devenu plus vif. L'œil est encore trouble.
Dans les jours suivants, le glaucome recule. Snout reste vif et mange bien ; l'idée de l'euthanasier est écartée. Un nouveau remède devait guérir les troubles encore présents ; on a pour cela consulté les rubriques suivantes : ŒIL – Ulcères – Cornée ; ŒIL – Ulcères – Cornée – profonds ; ŒIL – Ulcères – Cornée – cicatrices, perforantes. Cette dernière rubrique comporte les remèdes suivants : Cadm-s, Euphr., Sil.
T.S. Hoyne écrit dans son livre « Pratique de l'art homéopathique » au sujet d'Euphrasia : « Opacification de la cornée après blessures de l'œil. Le patient se plaint souvent, après des blessures de l'œil, d'une opacification de la cornée. Dans le cas d'Euphrasia il s'agit d'une conjonctivite d'origine inflammatoire et s'accompagne d'exsudats dévorants et purulents, tandis qu'Arnica est un bon remède pour la conjonctivite consécutive à une blessure et provoque généralement une sensation d'écrasement. »
Quelques jours plus tard, je donnai deux remèdes en alternance : deux jours d'Euphrasia, puis Mercurius corrosivus, toujours en alternance en tenant compte de la rubrique ŒIL – Ulcères – Cornée – profonds : ars, euphr, Kali-bi, Merc-c ; merc-i-f, merc-i-r, sil. La réaction fut très bonne. Les sécrétions diminuèrent, une croûte se forma sur la plaie et Snout put enfin refermer l'œil.
Autour de la pupille s'est formé un anneau rouge de petits capillaires, signe que le tissu était de nouveau vascularisé et que le processus de guérison allait dans la bonne direction.
Snout était en voie d'amélioration, mais l'oreille pendait encore. Après quelques semaines, pendant lesquelles on administra Euphrasia et Mercurius corrosivus en alternance, les deux oreilles se redressèrent. L'ulcère avait nettement diminué et était encore entouré de capillaires. L'œil était maintenant bleu.
Un mois plus tard, l'ulcère avait complètement disparu, quelques capillaires étaient encore visibles. Plusieurs semaines plus tard, les yeux étaient toutefois complètement guéris. Le réflexe pupillaire était revenu, ce qui indiquait qu'il pouvait de nouveau voir avec cet œil. Un lapin super heureux !
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Photo
Shutterstock : lion head rabbit; Viorel Sima
Catégorie : Cas
Mots-clés : Lésion oculaire, incapacité à fermer les paupières, gonflement au sommet de la tête, calme, ne mange pas.
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