Nous avons été appelés pour une visite à domicile auprès d’un patient présentant une gangrène sèche aux deux pieds. On avait informé l’homme qu’une amputation était la seule façon de sauver ses jambes. Une intervention n’était toutefois pas envisageable à ce moment-là, car une échographie Doppler avait montré que la vascularisation des membres inférieurs était presque inexistante. Dans les circonstances données, il fut décidé que deux de nos médecins expérimentés examineraient le patient à son domicile le lendemain. Le patient était alité et sa femme nous ouvrit la porte. La première chose qui frappa les deux médecins fut que le deuxième et le troisième orteil du pied gauche étaient déjà en train de nécroser. Le gros orteil du pied droit était également en mauvais état et allait bientôt nécroser. Les deux pieds étaient noirâtres, avec une atteinte mycotique aux zones gangreneuses. La plaie était extrêmement répugnante. Les pieds étaient froids à la palpation et le pouls était non palpable.
À d’autres questions, il ressortit que le patient avait reçu le diagnostic de diabète sucré dix ans auparavant. Depuis sept ans il souffrait d’une neuropathie périphérique. Depuis également sept ans il avait de l’hypertension artérielle et depuis quatre ans une hémiparésie résiduelle à la suite de deux AVC. Des signes de maladie de Parkinson au stade initial étaient visibles, ainsi qu’une opacification du cristallin avec hémorragies dans le vitré et un glaucome. Le patient était soumis à un grand stress et avait des troubles du sommeil. En janvier 2012, des douleurs aux orteils avaient débuté ; à cette époque, on diagnostiqua une mycose des ongles. Dans le cadre de son protocole de traitement, il devait prendre des médicaments et observer une hygiène corporelle stricte. Par sa négligence, toutefois, les symptômes empirèrent. La plaie se détériora et il dut changer le pansement tous les deux jours. La glycémie à jeun monta à 240 mg/dl. À ce stade, on lui prescrivit de l’insuline orale, puis il dut s’injecter trois fois par jour. Il prenait en outre des médicaments antihypertenseurs et des préparations ayurvédiques.
Les douleurs devinrent de plus en plus intolérables et le patient anxieux et exigeant : « Donnez‑moi enfin quelque chose contre la douleur. »

Histoire de la maladie - récit de l’épouse :
Il y a huit ans, mon mari a été exploité et trompé par sa famille. Il tenait un hôtel avec son père et son oncle. Il avait dépensé tout son argent pour ses trois sœurs et sa famille. Quand sa mère est morte en 1995, son oncle l’a expulsé de l’entreprise. Il ne s’est pas défendu, il est simplement rentré chez lui et a pleuré. Ce fut un grand choc pour lui, il avait alors 53 ans. Il fit une décompensation nerveuse. Tout son comportement changea : il restait assis et regardait devant lui, fixé sur un point. À cette époque, il eut des pustules épaisses sur tout le corps, avec des croûtes et remplies de pus. Pour cela, il dut être hospitalisé sept fois. À ce moment-là, le taux de plomb dans son sang était très élevé. La mort de sa mère ne l’a pas tant affecté, mais lorsqu’il a dû quitter l’entreprise à cause de son oncle, il s’est demandé s’il n’avait pas commis une erreur quelque part. Il pensait être responsable de toute la situation. À 54 ans survinrent alors le diabète et l’hypertension artérielle.
Il s’est inconditionnellement soumis à sa mère et à ses sœurs. Il ne les a jamais remises en question. Il a fallu six mois pour qu’il se remette de l’intoxication au plomb ; ce n’est qu’après six mois que les taux de plomb ont baissé. Il avait des problèmes financiers et était très déprimé.
En décembre 2006, notre belle‑fille a porté plainte contre lui au sujet de sa dot. Elle prétendait ne pas avoir reçu assez de dot et réclamait plus d’argent. Tout était pourtant falsifié. L’affaire est toujours en cours. Il y a même un mandat d’arrêt contre nous, sans possibilité de caution. Notre fille nous a beaucoup aidés et nous avons pu passer trois mois en exil. Jusque-là, il n’avait que le diabète et l’hypertension, mais alors sa glycémie monta à 350. Depuis décembre 2006, il pleure sans arrêt et se replie sur lui‑même. Quand nous lui demandons ce qui ne va pas, il ne nous répond pas. Depuis quatre semaines il hallucine et dit : « On nous a ruinés. Je n’ai jamais eu de vie de famille. J’ai été trompé. Qu’ils aillent tous au diable. » Une fois il était assis sur le canapé et a dit : « Je suis sur un quai de gare et je ne laisserai pas l’avocat, la BELLE‑FILLE et son père. Ils doivent aller en prison pour cinq ans, tu vois, ils sont en prison. » Il se sentait coupable. Il était désormais convaincu de sa culpabilité.
Dans les mots du patient
« Je ne réagis plus à rien. Ma mère m’a fait devenir ce que je suis. Avant, je priais beaucoup. Je ne montrais aucune réaction, je souriais simplement doucement. Ma mère était bonne pour moi.
« À seize ans j’ai commencé à travailler, après la mort de mon père. Je suis quelqu’un de plutôt doux, je ne me mets pas en colère. Je n’ai jamais eu de dispute avec personne. Si quelqu’un veut se battre avec moi, je reste calme et ne réagis pas. Quand d’autres demandent comment je vais, je réponds toujours que je vais bien. J’ai eu une bonne enfance. Je suis l’aîné de cinq frères et sœurs. J’ai étudié le droit, mais je n’ai jamais exercé en tant que juriste. Ma mère m’a demandé d’entrer dans l’entreprise familiale, un hôtel. J’ai été trompé par ma propre parenté, parce que je ne me défends jamais. Je ne suis pas rusé. Personne n’a été strict avec moi et j’ai veillé à ce que ma sœur étudie et se marie. Je me suis toujours soumis et je n’ai jamais pris d’argent pour moi. J’ai dit à mon oncle de soutenir ma mère financièrement (pleure). Je n’ai jamais demandé d’argent à ma mère. »
Caractère du patient selon son épouse
« Il ne s’est jamais occupé de sa famille. Il est très méfiant. Quand je prie, il m’accuse d’hypocrisie. Il exige que tout soit fait immédiatement, sinon il devient agressif et exigeant, il me crie dessus et crie sur notre fils. « Bon sang… viens ici maintenant, j’ai besoin d’uriner. » « Qu’est‑ce que c’est – donne‑moi de l’eau froide. Peux‑tu mettre l’eau au frais ? » Il nous reproche sans arrêt. Sa position sociale est très importante pour lui. Il s’en préoccupe. Il veut exhiber toute sa richesse et son importance, mais il a dû abandonner sa maison. En réalité, il est très timide. Si par exemple sa mère lui dit de s’asseoir, il le fait. Il a travaillé comme un serviteur. Quand il se sent seul, il s’inquiète beaucoup et devient agressif. En ce moment il est plutôt distant, ne réagit pas à ses problèmes et dit qu’il n’a pas de problèmes.
Signes physiques
- Douleur au gros orteil droit.
- Les pieds sont froids depuis un an. Depuis six mois il doit porter des chaussettes épaisses.
- Il hurle et se plaint quand il a froid et ne supporte pas le ventilateur.
- Il a besoin de 2‑3 couvertures. Exige que portes et fenêtres soient fermées, même en plein été.
- Mars 2012 : glaucome des deux yeux : voit très mal de l’œil droit.
Symptômes généraux
- Bon appétit.
- Aime manger du fromage blanc indien.
- Observation : s’essuie constamment la bouche (hypersalivation ?)
- Température : frileux. Sensible aux courants d’air : hurle.
- Soif : beaucoup auparavant ; moins ces deux dernières années.
- Urines – normales.
- Selles : selles molles.
- Dort seulement profondément quand il prend des somnifères, sinon troubles du sommeil +++, se réveille toutes les demi‑heures et demande l’heure.
- Doit prendre ses médicaments à la minute près et exige une nourriture délicieuse. S’il n’obtient pas ce qu’il réclame, il demande : « Pourquoi dépenses‑tu cet argent ? »
- Peur de l’obscurité, les lumières de la maison doivent toujours être allumées.
- Depuis deux mois il est de plus en plus désorienté : il se tient dans la cage d’escalier et se met à crier quand il se fait mal.
État d’esprit actuel
L’escroquerie a eu un effet grave sur le patient. Il est devenu indifférent envers les autres et estimait que tout ce qui était arrivé était injuste. Il croyait être responsable de tout : « Ma mère m’a fait croire que j’allais recevoir de l’argent. Elle a tout laissé à mes sœurs. » Il parlait de sa jeunesse et de la façon dont il avait été exploité. Il veut faire bonne impression auprès de tous, en particulier auprès de sa famille. Il veut que tout le monde soit heureux et qu’on le considère comme un saint. Il regrette d’avoir tout perdu. Il a fait ce que sa mère voulait, mais sait maintenant qu’elle l’a trompé.
Résumé
Un inconvénient majeur dans ce cas est que l’histoire du patient a été racontée principalement par sa femme et non par lui‑même. Son épouse a également exprimé sa propre colère. Le point central du cas semblait être le sentiment du patient d’avoir été trompé par sa mère, son oncle et sa famille. Pour cette raison, il est devenu méfiant et se montre de plus en plus injurieux envers sa femme et son fils. Il dépend toutefois d’eux. Il accuse sa femme d’hypocrisie et affirme que ses prières ne sont qu’un spectacle. Un aspect important est aussi l’intoxication au plomb, survenue soudainement et ayant provoqué une éruption cutanée. Une autre conséquence fut une dépression et des troubles de la mémoire ; dans cet état il restait à fixer le vide.
Une intoxication au plomb provoque généralement des symptômes du système nerveux central avec altérations de la mémoire à court terme, perte de coordination, ralentissement de la conduction des stimuli, perte d’appétit, tremblements et irritabilité. L’intoxication au plomb peut engendrer des hallucinations et des idées délirantes ; dans le cas présent, le patient fantasmait, jurait et devenait injurieux avec sa famille et envers ceux qui l’avaient trompé. Mais lorsqu’on l’interrogeait sur son état de santé, il disait être en bonne santé. Il réagissait si vivement aux courants d’air que portes et fenêtres devaient être fermées et le ventilateur éteint. Même en été, il portait des chaussettes épaisses et se couvrait de deux couvertures.
Rubriques utilisées pour le choix du remède
- Intoxication au plomb, par
- Assidu
- Insultes, injures, diffamation – injurieux
- Signes d’apparition soudaine
- Couvertures de lit – amel. – Désir de, et
Autres rubriques
- Syndromes dus à la déception
- Entreprise – incapable de
- Se dit en bonne santé – est malade ; quand il se sent très
- Idée délirante – se dit en bonne santé
- Délire – furieux
- Méfiant, soupçonneux
- Sociabilité – aversion pour la société – désir de solitude
- Peur de l’obscurité
- Révérence, admiration
- Insultes, injures, diffamation – mari – insulte ; mari – épouse devant les enfants et inversement
Prescription : Arsenicum album C200
Suivis
28.01.2013 : Les douleurs ont diminué. La plaie semble légèrement améliorée. Glycémie : 156 mg/dl. Tension artérielle : 150/100. Troubles du sommeil – pas de changement. Moins sensible aux courants d’air. Humeur : moins en colère, hallucinations diminuées.
Prescription : Sac lac pour les quatre prochaines semaines.
16.02.2013 : La douleur a diminué de 50 %. État de la plaie en amélioration. Glycémie : 146 mg/dl. Sommeil inchangé. Colère diminuée, une seule hallucination rapportée.
Prescription : Sac lac.
22.03.2014 : La douleur a diminué de 75 %. La cicatrisation des zones gangreneuses progresse plus rapidement. Glycémie : 152 mg/dl. Tension artérielle : 140/90. Colère diminuée et sommeil amélioré.
Prescription : Sac lac.

23.04.2014 : La douleur à l’orteil s’est beaucoup améliorée. La plaie du pied gauche guérit bien. L’orteil droit est tombé, mais la cicatrisation de l’ensemble de la jambe droite se déroule sans problème. Le sommeil est meilleur.
Prescription : Sac lac.
Le patient est aujourd’hui venu à son rendez‑vous dans notre clinique à pied et jouit d’une excellente santé.
État de santé actuel
La glycémie du patient reste stable à 140 mg/dl, il n’a pas été nécessaire d’augmenter l’insuline. La tension artérielle est réglée à 110/70. Nous avons conseillé au patient de consulter ses médecins afin d’adapter le traitement médicamenteux.
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Cet article a été publié sur www.interhomeopathy.org
Photo : shutterstock - Despairing senior man on a dark background - 305651882 ©Photographee.eu
Catégorie : Cas
Mots‑clés : gangrène sèche, diabète sucré, neuropathie périphérique, hypertension artérielle, exploité, méfiant, intoxication au plomb
Remède : Arsenicum album