
Figure 1 : Affronter avec force de lourdes épreuves tout en restant en bonne santé — c’est cela la résilience.
En psychologie, la résilience décrit la capacité d’une personne, malgré des circonstances de vie défavorables, à rester (psychiquement) en bonne santé ou à retrouver rapidement la santé, autrement dit à se rétablir. Dans cet article, nous nous consacrons à cette capacité et vous découvrirez comment développer cette force.
Qu’est‑ce que la résilience ?
Le terme résilience vient du latin resilire, qui signifie « revenir en arrière, rebondir ». À l’origine, ce terme était utilisé en physique des matériaux et désignait la capacité d’un matériau à reprendre sa forme initiale après une sollicitation physique. La résilience décrit donc une forme de robustesse, de flexibilité, d’élasticité ou encore la capacité d’autorégulation.[1]
En psychologie, la résilience désigne la capacité à préserver ou à retrouver la santé pendant ou après des contraintes, des situations de stress ou des événements potentiellement traumatiques.[2] Autrement dit : « Tomber, se relever, redresser sa couronne, continuer. »
Toutes les personnes possèdent‑elles cette capacité de la même manière ? – Les débuts de la recherche sur la résilience
Emmy Werner était une psychologue du développement américaine et l’une des chercheuses pionnières sur la résilience. Son étude longitudinale publiée en 1977, qui lui a valu une reconnaissance internationale, est considérée comme une œuvre fondatrice de la recherche sur la résilience. Dans la célèbre étude de Kauai, elle a observé des enfants nés la même année sur l’île hawaïenne de Kauai et les a suivis pendant des décennies. De manière surprenante, certains de ces enfants avaient réussi, malgré des conditions de vie défavorables, à construire une vie réussie et en bonne santé. Ils y étaient parvenus alors qu’ils avaient été exposés à des situations stressantes similaires à celles d’enfants pour lesquels cela n’avait pas été le cas. Des observations similaires ont été faites par Aaron Antonovsky, sociologue israélo‑américain, qui a développé le modèle de salutogenèse — sur l’origine et le maintien de la santé. Antonovsky a analysé dans une étude l’état de santé de femmes ayant survécu aux camps de concentration. Près de 30 % des femmes qu’il a étudiées avaient réussi à sortir des camps en bonne santé.[3]
Mais pourquoi certaines personnes restent‑elles en bonne santé malgré de fortes contraintes, alors que d’autres développent des dépressions, des troubles anxieux ou d’autres pathologies ? La réponse se trouve dans la résilience.
La résilience n’est pas un trait de personnalité figé, mais elle peut être influencée et développée par différents facteurs.2 Nous ne naissons donc pas (uniquement) avec une résilience fortement ou faiblement marquée : divers facteurs interviennent à différents stades de la vie — parmi eux des facteurs biologiques, psychiques et sociaux.3

Figure 2 : « Aller vers » plutôt que « s’éloigner de » — les pistes de solution montrent le chemin.
Quels facteurs influent sur la résilience d’une personne ? – Constats de la recherche sur la résilience
Selon le modèle et l’approche, la résilience englobe différents facteurs. La recherche a déjà identifié de nombreux facteurs de protection susceptibles de renforcer la résilience.
Tout d’abord, la culture et la société dans lesquelles nous naissons et grandissons influencent notre résilience personnelle. Elles définissent notamment des systèmes de valeurs, la langue ou des structures politiques. De plus, la résilience est influencée par l’environnement dans lequel vit une personne, par exemple les expériences à l’école ou dans le voisinage immédiat. La famille et le milieu social peuvent également influencer la résilience : une relation stable et de qualité avec une personne de référence est considérée comme un facteur protecteur. Par ailleurs, au niveau individuel, il existe plusieurs facteurs favorisant la résilience, tels que l’intelligence.3
Même si l’on ne peut pas agir sur tous les facteurs de la résilience — car nous naissons dans certains systèmes, héritons d’une part de notre biologie sous forme de gènes et de marquages, et des décisions sont parfois prises pour nous durant l’enfance — il existe des facteurs modifiables et développables. Dans la littérature, on décrit les sept piliers de la résilience, qui rassemblent des facteurs clés sur lesquels on peut agir. Vous trouverez ci‑dessous un aperçu de ceux‑ci.[4]
Optimisme – la foi en un avenir positif
Il s’agit d’un véritable travail sur l’état d’esprit. Il s’agit d’avoir la conviction intérieure que les défis, les contraintes ou le stress sont temporaires et surmontables. Cela implique un certain degré d’attente positive quant à sa propre efficacité. Il s’agit d’un optimisme réaliste et de la perception de pouvoir exercer une influence sur sa situation de vie, même si cette possibilité est parfois limitée.
Acceptation – pouvoir accepter la réalité telle qu’elle est
Cette colonne repose également sur l’état d’esprit. Savoir accepter les crises, les contraintes et les situations qui ne peuvent être modifiées est une compétence qui favorise la résilience. Se plaindre sans cesse de situations ou de circonstances immuables focalise son attention sur le négatif et peut générer davantage de stress. Ce n’est qu’en acceptant quelque chose que l’on peut orienter son attention vers la recherche de solutions.
Orientation vers les solutions – focalisation sur ses possibilités d’action
Le facteur protecteur de l’orientation vers les solutions est décrit dans de nombreux travaux sur la résilience. Il s’agit de modifier le focus. L’objectif est d’orienter le regard vers les solutions possibles et de ne pas se fixer sur le problème ou la situation stressante. L’orientation vers les solutions suppose une certaine flexibilité et ouverture d’esprit.
Abandonner le rôle de victime
Si je me considère toujours comme la victime de la situation ou des circonstances, je me prive de la possibilité de changer moi‑même ma situation. Ma capacité d’action n’est pas reconnue et mise à profit. Il est donc important de prendre conscience de ses propres compétences et d’ouvrir des possibilités d’action en assumant la responsabilité personnelle. La question à se poser, qui mène au pilier suivant de la résilience, est : « Souhaite‑je endosser le rôle de victime ou reprendre activement les rênes de ma vie ? »

Figure 3 : L’objectif : reprendre activement les rênes de sa vie plutôt que de rester passif face aux circonstances.
Assumer la responsabilité
Si je prends ma vie en main et assume la responsabilité, j’ai la possibilité de la façonner et de l’influencer activement. La résilience peut être renforcée en assumant la responsabilité de ses actions, de ses pensées et de ses émotions.
Orientation réseau – utiliser les relations comme ressource
Le soutien social est un facteur protecteur essentiel de la résilience. L’attachement est très important à cet égard. Emma Werner a découvert que les personnes qui avaient réussi, malgré des conditions de vie défavorables à Kauai, à bâtir une vie réussie et en bonne santé, avaient au moins un lien d’attachement sécurisé avec une personne. Un bon réseau social s’accompagne d’un niveau élevé de résilience. Un réseau social composé de personnes avec lesquelles nous entretenons des relations valorisantes et soutenantes constitue un filet de sécurité sur lequel on peut s’appuyer en période de crise ou de contrainte. De plus, nous nous sentons intégrés et appartenant à un groupe, ce qui renforce le bien‑être psychique.
Planification de l’avenir – fixer et poursuivre des objectifs
Un autre pilier de la résilience est la planification de l’avenir. Planifier sa vie et se fixer des objectifs peut apporter une valeur ajoutée. Les personnes résilientes savent dériver des objectifs de leurs rêves et de leurs désirs et les poursuivre. Les objectifs fixés doivent être réalistes. La planification de l’avenir permet de se préparer aux crises potentielles et procure une orientation.
Les sept piliers de la résilience peuvent servir de points d’appui pour développer et renforcer votre résilience. Beaucoup de ces piliers visent l’état d’esprit et sont étroitement liés, de sorte qu’ils s’influencent mutuellement.
Quelles sont donc concrètement les possibilités pour développer et renforcer cette capacité spéciale ?
Pour connaître et pouvoir mobiliser ses ressources internes en situation de crise, il peut être utile de prendre conscience de ses forces et de ses faiblesses. Il peut également être utile de savoir quelles stratégies ou quels loisirs vous aident à réduire le stress et vous procurent du plaisir.
Sur le plan émotionnel, il est essentiel de se confronter à ses propres sentiments. Un rapport affectueux et compréhensif envers soi‑même est une caractéristique d’une personne résiliente.4
L’optimisme, l’acceptation et la focalisation sur le présent peuvent par exemple être entraînés au moyen d’exercices de pleine conscience. Les exercices de pleine conscience servent aussi à réduire le stress.[5] En outre, travailler sur des croyances ancrées peut être utile. Les croyances négatives peuvent affecter la capacité d’agir et l’attente d’efficacité personnelle. Cela peut se faire, par exemple, dans le cadre d’une psychothérapie ou d’un coaching. La thérapie cognitivo‑comportementale a montré son utilité. Elle peut aider à reconnaître et remplacer les schémas de pensée négatifs. On peut aussi y apprendre à adopter de nouvelles perspectives et à développer des solutions orientées vers les objectifs.3,[6]
Parmi les autres facteurs pouvant favoriser la résilience figurent des aspects corporels tels que le sommeil, l’alimentation et l’exercice physique. Le sommeil et une alimentation équilibrée influent sur la résistance générale au stress, la régulation des émotions et les processus inflammatoires de l’organisme. L’activité physique régulière renforce non seulement la santé corporelle, mais améliore de manière avérée la gestion du stress. Ainsi, un mode de vie globalement soucieux de la santé, incluant une alimentation équilibrée, de l’exercice et un sommeil suffisant, est bénéfique pour la résilience.[7], [8] (Pour en savoir plus, lisez volontiers l’article « Prévention de la santé de manière holistique – comment faire ? »)
De plus, le soutien social est un facteur central de la résilience, c’est pourquoi l’entretien des relations est un élément favorable au développement et au renforcement de la résilience. Le sentiment d’appartenance, l’efficacité personnelle et l’attachement peuvent également être renforcés par des expériences communautaires, par exemple au sein d’un club ou d’une activité bénévole.3

Figure 4 : La résilience est la capacité de revenir à l’état d’origine, une forme de flexibilité.
Conclusion – vivre sainement de manière holistique
La résilience n’est pas une caractéristique fixe, mais une capacité dynamique qui peut être développée et renforcée tout au long de la vie. Grâce à une combinaison de travail sur l’état d’esprit, de soin émotionnel envers soi et de renforcement des ressources sociales, la résilience peut être favorisée de manière ciblée. Il convient d’entraîner la résilience au quotidien afin de pouvoir s’appuyer sur ces compétences en situation de stress ou de contrainte. Cela sert non seulement à prévenir les troubles psychiques, mais aussi à promouvoir la santé, la qualité de vie et la capacité de performance.
Biographie
Vivian Zajac est diplômée en pédagogie de la santé (B.Sc.) et en cours de formation pour devenir Heilpraktiker (praticienne non‑médecin) avec un accent particulier sur la santé holistique et la prévention. Lors d’une formation de conseillère en santé intestinale, elle s’est consacrée en 2022 à son thème de prédilection : la santé intestinale. Dans ses loisirs, elle s’intéresse également de manière approfondie aux thématiques liées à la santé, à la naturopathie et au biohacking, acquiert des connaissances et expérimente sans cesse de nouvelles approches. Parmi les méthodes faisant partie intégrante de sa vie figurent le breathwork, les bains froids, la musculation, une alimentation saine et une prise optimale de micronutriments. Vivian Zajac aime non seulement optimiser en permanence sa propre santé, mais aussi transmettre son savoir et son enthousiasme — tant dans un contexte privé que professionnel. Pour elle, une approche holistique de la personne est essentielle.
[1] Schäfer, B. (2024). Resilienz. In: Dederich, M., Zirfas, J. (eds) Optimierung. J.B. Metzler, Berlin, Heidelberg. doi: 10.1007/978-3-662-67307-2_9. https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-662-67307-2_9 Consulté le : 04.04.2025.
[2] Lieb K, Kunzler AM. Resilienz [Resilience]. Nervenarzt. 2018 Jul;89(7):745-746. German. doi: 10.1007/s00115-018-0543-z. PMID: 29802417. https://link.springer.com/article/10.1007/s00115-018-0543-z Consulté le : 04.04.2025.
[3] Thun-Hohenstein L, Lampert K, Altendorfer-Kling U. Resilienz – Geschichte, Modelle und Anwendung. Z Psychodrama Soziom. 2020. 19:7-20. doi: 10.1007/s11620-020-00524-6. https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s11620-020-00524-6.pdf Consulté le : 04.04.2025.
[4] Deinert, K. Morenos Stehaufmännchen. Zusammenhang zwischen Psychodrama und Resilienzentwicklung. 2015. Diplomarbeit. Hamburg: Institut für soziale Interaktion (ISI). https://isi-hamburg.org/download/0_Deinert,%20Kirsten,%20Psychodrama%20und%20Resilienz,%20PD-Abschlussarbeit.pdf Consulté le : 04.04.2025.
[5] Zhang J, Mao Y, Wang Y, Zhang Y. The relationship between trait mindfulness and resilience: A meta-analysis. Personal Ment Health. 2023 Nov;17(4):313-327. doi: 10.1002/pmh.1581. Epub 2023 Mar 23. PMID: 36958861. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/pmh.1581 Consulté le 04.04.2025.
[6] Joyce S, Shand F, Tighe J, Laurent SJ, Bryant RA, Harvey SB. Road to resilience: a systematic review and meta-analysis of resilience training programmes and interventions. BMJ Open. 2018 Jun 14;8(6):e017858. doi: 10.1136/bmjopen-2017-017858. PMID: 29903782; PMCID: PMC6009510. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6009510/ Consulté le : 04.04.2025.
[7] Deslandes A, Moraes H, Ferreira C, Veiga H, Silveira H, Mouta R, Pompeu FA, Coutinho ES, Laks J. Exercise and mental health: many reasons to move. Neuropsychobiology. 2009;59(4):191-8. doi: 10.1159/000223730. Epub 2009 Jun 10. PMID: 19521110. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19521110/ Consulté le : 04.04.2025.
[8] Firth J, Gangwisch JE, Borisini A, Wootton RE, Mayer EA. Food and mood: how do diet and nutrition affect mental wellbeing? BMJ. 2020 Jun 29;369:m2382. doi: 10.1136/bmj.m2382. Erratum in: BMJ. 2020 Nov 9;371:m4269. doi: 10.1136/bmj.m4269. PMID: 32601102; PMCID: PMC7322666. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7322666/#sec2 Consulté le 04.04.2025.
Figure 1 : Nadin_T/shutterstock.com ; Figure 2 : Tero Vesalainen/shutterstock.com ; Figure 3 : New Africa/shutterstock.com ; Figure 4 : Zac Durant/unsplash.com
19.06.2025