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Quelque chose me démange et me rend dingue : un cas de Sarcoptes scabiei

Actualités

 

Cas :

Dans ce cas, l'élément non verbal exprimé par les mouvements du corps est très important. Le texte sert principalement à compléter les mouvements qui nous conduisent au remède.

Patiente (P) : « Je viens pour deux problèmes. J'ai toujours des douleurs dans les jambes, ce sont les muscles. Mon médecin dit que c'est une fibromyalgie. La nuit c'est pire. J'ai les jambes sans repos — je ne peux tout simplement pas m'empêcher de les bouger d'avant en arrière, et ça perturbe mon sommeil. En plus, j'ai des problèmes liés à la ménopause. »

JTC : « Parlez-moi un peu des troubles ménopausiques. »

P : « J'ai de temps en temps des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes — ce n'est pas régulier. En plus j'ai des douleurs dans le bas-ventre et dans le dos. Mon ostéopathe ne trouve rien, et mon gynécologue dit que c'est d'origine hormonale. Parfois je ne peux pas rester assise. J'ai aussi des douleurs sur toute la moitié droite de la tête. »

JTC : « Qu'est-ce qui vous gêne le plus ? »

P : « Mes jambes. C'est un vieux symptôme. Le jour mes cuisses me font mal, et parfois mes pieds aussi. Dès que je suis couchée la nuit environ dix minutes, je commence à me rouler d'un côté à l'autre. Je bouge comme ça (elle bouge vivement, c'est comme une danse, d'abord elle bouge le dos, puis les épaules, et enfin les jambes). Je crois que ce sont les nerfs des jambes et de mon corps qui me tiennent éveillée pendant des heures. L'agitation me réveille la nuit, si bien que je dois me lever. Je prends une douche, et alors je dois bouger. Je bouge mes jambes, mais la nuit je ne supporte pas ça. Le matin, quand je me lève, je ne suis absolument pas reposée. Ça m'arrive aussi dans la journée, comme si j'avais un tic. »


JTC : « Vous faites ce geste (comme un crabe avec ses pinces), et vous dites : ‘Ça m'énerve’. Pouvez‑vous préciser un peu ? »

P : « C'est comme s'il y avait quelque chose qui voulait me prendre. Ce n'est pas en moi, je suis prise par quelque chose. Je ne sais pas ce que c'est. Ça commence dans le dos et puis... je le sens dans mes jambes et mes bras. Au lit c'est insupportable. J'ai l'impression de ne plus être moi‑même et c'est si horrible que j'ai peur de faire quelque chose de stupide quand ça arrive. C'est si fort, je ne peux pas expliquer cette force. Je me cogne la tête contre le mur. Je veux que ça s'arrête, qu'on me fiche la paix. Ça m'épuise physiquement, et mentalement c'est intolérable. Parfois je pense que quelque chose ne va pas dans ma tête, il doit y avoir un problème dans mon cerveau, quelque chose qui ne fonctionne pas correctement. Mon médecin m'a donné des antidépresseurs, mais ils n'ont pas aidé, alors je ne les ai plus pris. Il dit d'augmenter la dose, mais je ne veux pas. »

JTC : « Vous dites : ‘Ce n'est pas moi !’ — Parlez‑m'en davantage. »

P : « Je ne peux pas contrôler mon corps ; ce n'est pas moi qui fais ça, mais je ne sais pas ce que c'est. Je ne sais pas d'où ça vient. Si je pouvais être moi‑même, je pourrais le maîtriser, mais je ne peux pas. Ça me submerge. »

JTC : « Ça vous submerge ? »

P : « La nuit je ne le vois pas aussi bien, parce que je veux être plus forte que cette chose et le jour je ne veux pas y penser. Le jour ça me gêne, mais la nuit je fais tout et n'importe quoi. Je frappe autour de moi, je tourne et me roule. C'est pourquoi je dis : ‘Ce n'est pas moi !’ Je n'ai pas ce tempérament, normalement je ne suis pas comme ça ; c'est quelque chose qui vient la nuit, mais je ne sais pas ce que c'est. »

JTC : « Depuis combien de temps cela dure ? »

P : « Ça dure depuis longtemps, avec des hauts et des bas. Depuis 1995/96 j'ai des nuits blanches. Ça me réveille la nuit. J'ai perdu mon frère et je pensais que ça passerait après, mais ça a continué. J'avais déjà des troubles du sommeil avant la maladie de mon frère, mais seulement de temps en temps, et on me donnait des médicaments pour ça. »

JTC : « Donc vous aviez ce problème déjà avant la maladie de votre frère ? »

P : « Oui, mais ce n'était pas aussi grave qu'aujourd'hui et seulement de temps en temps. Quand ça m'arrivait quand j'étais petite, ma mère disait : ‘Tu vois ? C'est le changement de lune !’ Quand j'étais enfant j'avais du mal à m'endormir. Il y a eu des périodes où j'étais très agitée ou où je me réveillais. Il semblait toujours y avoir une raison — soit c'était la pleine lune, soit j'avais des vers... »

JTC : « Comment avez‑vous vécu cet état ? »

P : « C'est comme si j'avais la gale (elle se gratte les bras). Ça commence à la colonne vertébrale et descend. C'est partout, comme si j'avais quelque chose entre ma peau et la chair, quelque chose qui est là, comme un extra‑terrestre. Je n'aime pas ce genre de films. Et puis ça tire partout, et je dois bouger (elle s'agite sur la chaise). C'est comme si quelque chose voulait ramper en moi. Je ne sais pas ce que c'est, peut‑être des acariens de la gale. C'est quelque chose qui me force à me gratter, ça m'irrite. C'est comme si quelque chose disait : ‘Je suis là, je ne sais pas pourquoi je suis là, mais je suis là pour te torturer.’ Ça commence dans le dos, puis ça prend la tête et enfin ça parcourt tout le corps. Je me dis : ‘Je ne suis pas tout à fait normale.’ Je dois bouger, quelque chose me chatouille à l'intérieur. Le pire, c'est ce qui se passe dans ma tête — c'est intolérable et je dois frapper ma tête contre le mur. C'est comme si quelque chose voulait prendre ma place, quelque chose qui veut prendre mon ‘moi’. Le matin suivant j'ai des blessures partout. C'est terrifiant de ne pas pouvoir se maîtriser. »

JTC : « Qu'est‑ce que cela vous fait, quand vous vous sentez comme ça ? »

P : « C'est comme si quelqu'un essayait de me faire du mal, mais je ne sais pas qui. Au début je pensais que c'était lié à mon frère, et je me sentais coupable. Est‑ce que j'ai manqué à quelque chose que j'aurais dû faire pour lui ? Peut‑être attendait‑il quelque chose ? Je pensais avoir fait tout ce que je pouvais, et comme c'était déjà là avant qu'il tombe malade, je me suis dit que ça devait venir d'ailleurs. Finalement j'ai arrêté de penser ainsi — ça ne semblait pas la bonne voie. Le problème survient dès que je me détends. »

JTC : « Dites‑moi ce qui se passe ensuite. »

P : « Je veux vous le montrer par des gestes : c'est quelque chose qui me traverse, c'est difficile à expliquer. C'est comme une tension électrique et ça m'oblige à bouger (gestes fiévreux). C'est très fort, et quand je bouge comme ça, la tension retombe (elle fait des mouvements comme si elle voulait donner un coup de pied à un ballon). C'est comme si je débloquais quelque chose, comme un canal qui était bouché. Ça n'entre pas en moi d'un coup, ça prend son temps, ça va et vient. Je crois que mon corps essaie de résister à cette chose, mais elle cherche sans cesse un nouvel accès. ‘Si tu fais ceci, je ferai cela.’ Elle cherche une entrée et essaie tout, comme une tête intelligente. »

JTC : « Qu'est‑ce que cela signifie pour vous ? Vous froncez le front en en parlant. »

P : « C'est si éprouvant et si difficile à décrire. Je ne peux pas le jeter dehors. Je serre les dents, j'avale. Quand il y a des problèmes dans la famille, je me replie, je me ferme à l'intérieur et je serre les dents. Quand je me réveille le matin, mes articulations de la mâchoire me font mal. »

JTC : « Quels problèmes médicaux avez‑vous eus auparavant ? »

P : « Entre 1984 et 1995 j'ai eu des dépressions qui ont duré longtemps. J'avais dépassé mes limites. Depuis quelques années j'ai la fibromyalgie. À 12 ans je voyais tout ‘en noir’, j'ai eu une grave dépression après un déménagement. »

(Elle parle de son enfance, et de ses sentiments d'infériorité. Sa mère était dépressive et souffrait d'anorexie. « J'étais très proche de ma mère et de mon petit frère. »)

JTC : « Vous dites que vous avez l'impression d'avoir quelque chose sous la peau ? »

P : « Ça ressemble à la gale. Mon fils l'a eu. »

JTC : « Avez‑vous facilement froid ? »

P : « J'ai souvent froid. Parfois je n'arrive pas à me réchauffer, même s'il fait 10 °C. Je peux mettre des tas de vêtements et j'ai encore froid. La seule chose qui aide, c'est d'avoir une bouillotte dans le dos. Parfois je me sens glacée. »

JTC : « Qu'aimez‑vous manger ? »

P : « Les choses sucrées. Mais en fait il n'y a rien que je n'aime pas. »

Prescription : Psorinum 200K, en gardant à l'esprit le remède X.

 

Suivis

Deuxième consultation, trois semaines plus tard (abrégé) : Elle montre une amélioration générale. Les crises surviennent seulement juste avant l'endormissement et la réveillent la nuit, mais elles sont moins fortes et ne durent plus aussi longtemps.

P : « Je me sens moins ‘grignotée’ qu'avant. Ça me dérange encore, mais ça ne va plus aussi profond sous la peau. Je n'ai plus besoin de tant bouger les jambes. J'ai encore des tics. Mes jambes brûlent, c'est comme des aiguilles dedans, comme du feu dans les jambes — pourtant les jambes sont froides ; à l'intérieur c'est chaud, et ma peau est froide. J'ai aussi des douleurs aux talons. Je ne remets plus tout en question comme avant. Avant je me disais : ‘Je ne dois pas me laisser submerger !’ Sinon j'aurais eu une attaque de panique. »

JTC : « Vous parlez d'une ‘petite chose’ qui pourrait pénétrer en vous. Parlez‑m'en davantage ! »

P : « C'est une petite chose qui essaie d'entrer en moi — elle rampe. Elle pénètre. Elle ressemble à une pieuvre avec beaucoup de bras et une petite tête, une tête qui cherche autour. C'est un parasite noir avec de grosses griffes et il essaie d'entrer. Il n'est pas grand, mais il a beaucoup de pattes (elle fait un mouvement pour montrer comment les pattes bougent). Le pire, c'est que je l'aide à entrer en moi, et que je cède. Quand il atteint ma tête, je me cogne la tête contre le mur. C'est terrible, j'ai l'impression que je deviens folle. Je pourrais vraiment me blesser. Quand ça m'arrive, ma langue enfle, elle double de volume et j'ai l'impression d'étouffer. La première fois que c'est arrivé, j'ai pensé que j'avais une allergie. Ça picote dans ma bouche. Je bouge ma langue. J'ai l'impression que ma tête va exploser, ça me fait peur et ça me panique. J'ai peur de faire quelque chose de stupide. Je ne suis plus capable de me contrôler. »

JTC : « Quel serait le pire ? »

P : « Dans mes rêves je tue quelqu'un quand je suis en colère. »

JTC : « Quoi d'autre ? »

P : « J'ai l'impression d'entrer dans un autre monde que je ne connais pas du tout. Je n'ai pas l'impression d'être folle, mais j'ai une psychocrise au bord de la folie. Quelque chose en moi n'est pas connecté. Ma tête bouillonne (elle décrit des cercles autour de la tête), c'est comme un tourbillon. Parfois ça arrive la nuit, alors que je ne le vis même pas consciemment, et le matin tout me fait mal. Ça vient vite et repart vite. Je ne sais pas si je dois faire confiance à vos petits granules… »

Troisième consultation, six semaines plus tard

Les crises se sont répétées. En résumé, les points suivants sont importants : périodicité annuelle, particulièrement sévère au printemps (février/mars) et à l'automne (octobre/novembre). Périodicité au cours de la journée : pire vers 22h00 et la nuit. Amélioration quand elle se balance d'avant en arrière, par douche chaude, par le mouvement. Dans l'enfance elle a souffert d'infestation de vers (oxyures).

Prescription : Sarcoptes scabiei 200K 



Quatrième consultation, deux mois plus tard

JTC : « Comment ça va ? »

P : « Pas mal. Il y a des périodes où c'est comme ça (elle trace une ligne horizontale avec quelques montées et descentes à la fin). Ça semble aller dans la bonne direction. Parfois je me réveille la nuit, mais ça ne dure pas longtemps et ce n'est plus insupportable. Ça ne m'empêche pas de dormir, à cet égard je suis satisfaite. Ce n'est plus aussi intense. Les crises sont plus rares et ne durent plus aussi longtemps, maintenant environ 15 minutes, alors qu'avant elles pouvaient durer jusqu'à trois heures. Ce n'est pas régulier, parfois je n'en ai pas du tout. En ce moment je me réveille, mais je me rendors tout de suite et je ne me lève pas comme avant. C'est très bref. Il y a un changement positif. »

JTC : « Comment vivez‑vous ce changement ? »

P : « Je vis au jour le jour. Je me dis davantage que je dois obtenir quelque chose de bon. Je me dis : ‘Ce soir ça ira. J'ai bien fait quelque chose, on verra.’ Avant j'ai essayé beaucoup de choses, qui semblaient bien marcher d'abord et qui ensuite allaient très mal. »

JTC : « Vous dites que ça passe vite, ça ne dure que 15 minutes ? »

P : « Je vais maintenant généralement me coucher tôt. Le soir je suis fatiguée et je peux m'endormir facilement ; avant ce n'était pas le cas. Je me réveille la nuit. C'est gênant, mais ça ne dure pas longtemps. Je me masse, je me gratte, je gigote et me roule dans le lit, et ensuite je peux me rendormir facilement. Ça ne dure effectivement qu'un temps assez court. C'est encore assez intense, mais ça ne dure plus. Il y a un ‘crescendo’ — ça s'aggrave toujours et avant c'était presque intolérable, mais maintenant ce n'est plus si grave. C'est embêtant, ça me réveille, mais c'est beaucoup moins intense et beaucoup plus court. Ce n'est en aucun cas comme avant. C'est toujours une perturbation nocturne, mais le lendemain cela n'a plus d'impact sur moi au sens où je serais fatiguée et aurais mal partout. »

JTC : « Qu'en est‑il des douleurs des jambes et des muscles ? »

P : « Pour le moment tout va bien. »

 

Suivi après six ans

La sensation est toujours présente, mais beaucoup moins intense et moins fréquente et la patiente ne veut plus en parler. Je traite son mari, qui me rapporte la situation de sa femme. Il dit que des changements profonds ont eu lieu et qu'elle est très optimiste. Elle dort beaucoup mieux et n'a plus de problèmes de jambes sans repos, de sorte qu'ils ont retrouvé une chambre commune. Les douleurs musculaires ont complètement disparu. Le seul symptôme qui est resté est les bouffées de chaleur, qui ont été traitées avec succès par Sepia. Elle n'a plus de dépressions.

Sarcoptes scabiei  est connu comme l'acarien de la gale ; il s'enfouit dans la peau des mammifères.

 

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Cet article a été publié sur www.interhomeopathy.org

Photos : Femme nue, torse découvert, se grattant le cou. Vue de dos. Sur fond noir. - ©shutterstock.com - Piotr Marcinski
scabiei, l'acarien qui cause la gale (seven‑year itch) - ©shutterstock.com - molekuul.be
Mots‑clés : jambes sans repos, fibromyalgie, dents serrées, sous la peau, enfant battu
Remède : Sarcoptes scabiei

von Narayana Verlag