Une femme de 42 ans s’est présentée avec les plaintes suivantes : hémorroïdes hémorragiques récidivantes depuis 26 ans (elle a été opérée deux fois pour cela, en 1986 et 2009). Depuis six ans elle souffre également d’une polyarthrite rhumatoïde. Depuis trois ans, des vertiges.
(HG signifie geste de la main)
Greeva Mankad (GM) : Parlez-moi de vos symptômes avec vos propres mots, s’il vous plaît.
Patiente (P) : « Je m’inquiète principalement pour mon arthrite et mes hémorroïdes. Et puis j’ai diverses douleurs, des vertiges et parfois des brûlures d’estomac.
Pour l’arthrite, ma main droite est plus atteinte que la gauche. Ça a commencé dans ma main droite. Mon genou droit me fait aussi parfois mal quand je marche longtemps. Les articulations des doigts des deux mains sont généralement gonflées le matin ; le gonflement va et vient. Elles gonflent surtout quand je mange quelque chose d’acide ou quand il fait trop froid dehors. Le matin elles sont si raides et douloureuses que je ne peux rien tenir, parfois je laisse tomber des objets. Et puis, mes mains me semblent trop faibles pour bouger et elles tremblent parfois. Mes doigts se courbent aussi lentement. Mon médecin a suspecté une polyarthrite rhumatoïde, car le facteur rhumatoïde était supérieur à 100. Depuis, je prends des analgésiques quand la douleur est très forte. Mes brûlures d’estomac s’aggravent aussi. Je me sens attaquée par tant de problèmes (HG) et je me sens faible et impuissante à cause de cela. »
Depuis 26 ans j’ai des hémorroïdes qui saignent. J’ai déjà été opérée deux fois, mais ce n’est toujours pas fini. Je saigne depuis deux mois et ça me rend très faible. Le saignement ne s’arrête tout simplement pas, malgré les opérations. Chaque fois, mes selles sont très dures et il y a quelques gouttes de sang. Ça me stresse beaucoup. J’ai peur quand je vois le sang. J’ai chaud dans tout le corps et je tremble. J’ai peur que ça recommence. Suis-je maintenant guérie ou pas ?
Quand je pense à mes symptômes je commence à trembler (HG) et j’ai des palpitations. J’ai l’impression que mon cœur bat à pleins poumons. »
Observation : Elle a l’air d’éprouver quelque chose. Elle respire profondément.
GM : « Restez là-dessus et décrivez ce qui vous arrive. »
P : « Tout mon corps tremble ou se secoue, même quand je dors. J’ai très peur ; j’ai cette étrange sensation dans tout le corps. Je n’ai plus d’espoir pour moi et je m’inquiète pour l’avenir. Que va-t-il arriver à mon corps ? Quelque chose de grave va-t-il m’arriver ? J’ai l’impression que mon cœur bat à pleins poumons, que ma tension monte. » (Pause)
GM : « Vous décrivez cela très bien. Dites-en plus. »
P : « Mon corps tremble et ma tension monte. J’ai le sentiment que cette maladie ne me quittera pas et je suis très stressée à cause de cela. Mes vaisseaux sanguins battent. Je sens ma tension qui monte et surtout au niveau du cou. Je deviens alors très agressive, c’est comme si ma colère s’y accumulait. C’est comme si tout s’y coinçait, m’étouffait » (HG, elle entoure son cou avec les deux mains). « Je ne peux pas mieux l’expliquer, je vous ai tout dit. Je sais seulement que je prie Dieu de m’aider. Beaucoup de pensées tournent dans ma tête. Soudain j’ai peur ; mon corps tremble et les battements deviennent très forts. Comme si cette maladie m’attaquait et m’affaiblissait. » (À ce moment elle répète son geste de la main)
Les vertiges sont aussi un problème. Cela a commencé il y a trois ans avec la ménopause. Dès que mon cycle est devenu irrégulier, les pertes de connaissance ont commencé. Avant, j’avais déjà parfois des vertiges. Les médecins disent que cela vient sûrement de la ménopause. Quand je m’évanouis, je suis inconsciente pendant 5 à 10 minutes. Parfois j’ai aussi des vertiges en position assise. Alors je dois me lever ou dormir avant que ça aille mieux. Chaque fois que je suis assise, après le travail, j’ai un peu de vertige. Ça a commencé quand il y avait beaucoup de disputes chez nous et à la maison. Je me sens persécutée par ma famille. Mon mari était autrefois très gentil avec moi, mais la famille de mon mari ne me traite pas bien. Ils ont dû contaminer mon mari. »
Observation : Elle a le sentiment d’être persécutée par sa famille. Elle voit sa plainte principale de la même façon.
P : « Ils ne nous laissent tout simplement pas tranquilles. Nous avons beaucoup disputé. Mon état s’est aggravé jour après jour. Ces périodes ont été terribles pour nous. Ma mémoire s’est détériorée ; c’était comme si mon cerveau se dégradait lentement. Au fil des ans je suis devenue de plus en plus faible. La nuit c’était pire et je ne pouvais pas dormir. Le matin tout me faisait mal : mes nerfs, mes os, tout était douloureux. Des broutilles entraînaient des disputes à la maison. Tout le monde a essayé de me rabaisser (HG vers le bas) et de réprimer mes sentiments (HG vers le bas). Ils m’ont harcelée et je me suis sentie impuissante face à eux. Je devais sans cesse y penser. Ils réfléchissaient délibérément à la façon de m’énerver et de me provoquer, mais je l’ai simplement supporté, je n’ai rien dit et je n’ai pas réagi. Même quand j’avais des hémorroïdes douloureuses et saignantes, ça ne leur a pas importé. Ils ont simplement espéré que je meurs de perte de sang et alors une autre femme pourrait prendre ma place.
Ma vie a été détruite par ces tourments. Ça me rend très triste de vivre avec eux. Je ne peux pas les supporter du tout. Mes évanouissements empirent aussi. Parfois, après une dispute, je me sentais évanouie et je restais au lit ; je n’ai pas réagi à leur dispute. Je suis restée simplement calme et immobile et j’ai fait comme si j’étais encore inconsciente, bien que j’étais déjà consciente. J’ai simplement écouté et attendu jusqu’à ce que je retrouve des forces. Maintenant j’ai peur quand j’ai des vertiges – je pourrais m’évanouir et me blesser. D’un côté je dois penser à ma maladie, de l’autre aux tourments de ma famille.
Mon hémoglobine était souvent à 6 ou 7 ; j’étais anémique et faible. J’ai essayé de stabiliser cela avec de l’aloé vera, des épinards et d’autres choses. J’ai aussi reçu beaucoup de médicaments et d’injections. Le saignement ne s’est pas arrêté et ma famille me stressoit. J’ai perdu tout espoir de guérir un jour. Parfois je songeais à m’asperger d’essence et à me tuer, ou à boire du DDT. S’il n’y a plus moi, il ne reste que le poison. »
GM : « Je n’ai pas compris cela. Que voulez-vous dire par ‘S’il n’y a plus moi, il ne reste que le poison’ ? »
P : « Je souffre depuis 26 ans à cause d’eux et maintenant c’est fini. Toute l’histoire a commencé peu après le mariage. Les années sont passées et je suis restée calme, je ne me suis pas défendue et j’ai supporté la torture. Mes maux physiques sont seulement à cause d’eux. Comment osent-ils ? Ils m’ont étouffée et je me sens comme en prison. » (HG suivi d’une longue pause avec de profonds soupirs).
GM : « J’ai compris votre situation. Décrivez s’il vous plaît cette sensation ‘d’être torturée et étouffée ; d’être prisonnière…’ Que vivez-vous physiquement et mentalement ? »
P : « Je n’en peux plus. Ils font cela exprès. Maintenant le seuil est dépassé. Je m’en fiche de tout. Je veux me venger. Comme tu m’as fait, je te ferai la même chose. J’aurais dû me défendre, mais je ne pouvais pas. Je me sens là-bas impuissante et contractée. J’aimerais les torturer, les harceler. Le sang me jaillit aux yeux, comme s’il en jaillissaient des étincelles. Je leur montre ce que ça veut dire de dépasser mes limites ; ils vont souffrir. »
Observation : Maintenant c’était clair comment elle perçoit sa propre situation, son histoire émotionnelle. Je veux explorer sa sensation la plus profonde.
GM : « Bien. Décrivez encore plus précisément vos sensations. Restez s’il vous plaît sur ce que vous vivez. »
P : (Pause) « Mon sang bat si chaud, mon cœur s’emballe et le sang me jaillit aux yeux. C’est comme si quelqu’un m’étranglait au cou. (HG) Quelqu’un m’étrangle et m’enlève l’air pour respirer… quelqu’un me prend, me retient (HG). Quelque chose est très serré ici, serré et raide. Comme si tout s’accumulait ici. Je me sens forte et ma colère a atteint son paroxysme. » (Pause…)
GM : « Vous décrivez cela très bien. Restez s’il vous plaît et dites ce qui vous vient spontanément à l’esprit. »
P : « Tout mon corps devient lourd. Mon cou commence à me faire mal et enfle.
Toute ma force, mon pouvoir, tout remonte ici. (HG : elle indique son cou)
Comme si l’énergie du combat montait en moi… Ma colère a atteint son paroxysme et je sens de la force. Mon cou devient très sensible » (Pause)
GM : « Fermez simplement les yeux… et sentez. »
P : « Quelque chose de très puissant est situé au niveau de mon cou. Il m’entoure le cou si étroitement, autour et autour. » (HG : montre quelque chose qui enroule son cou). « C’est enroulé… c’est comme si c’était enroulé autour de mon cou. Ça va toujours en rond et en rond (HG : autour du cou) ; c’est brun noirâtre. Mon cou est complètement serré… tout s’accumule ici… je pourrais m’étouffer. Tout doit sortir… je voudrais les mordre… tuer. »
GM : « Parlez-moi de vos rêves. »
P : « J’ai la plupart du temps des rêves très effrayants, j’ai peur d’aller dormir. Le matin je ne me réveille jamais reposée. »
GM : « De quoi parlent vos rêves ? »
P : « Je rêve souvent que quelqu’un se tient derrière moi… Je suis poursuivie par une grande grue et une tortue… ils courent après moi. Parfois je suis aussi poursuivie par un fantôme, il essaie de me tuer.
Une fois dans un rêve, beaucoup de grues m’ont poursuivie – j’avais quelques-uns de leurs œufs. Elles ont essayé de me saisir avec leurs becs et de me jeter à la mer. Je me suis réveillée à temps. »
Observation : Le même thème de torture et de persécution apparaît aussi ici.
Cycle menstruel
La patiente est en ménopause depuis trois ans.
GM : « Comment était votre cycle dans le passé ? »
P : « Les saignements étaient rouge foncé et coulaient comme de l’eau. Cela durait entre cinq et six jours. Le cycle était de 25 jours. À 38 ans je suis entrée en ménopause, mon cycle est devenu irrégulier et j’ai eu des bouffées de chaleur. J’ai encore des bouffées de chaleur et des douleurs aux doigts. »
Caractéristiques physiques
Alimentation : appétit diminué.
Soif : boit 2–3 litres d’eau par jour.
Envies : plats bien assaisonnés, mais qui provoquent des brûlures d’estomac et aggravent les hémorroïdes ; brûlures d’estomac le matin et quand elle mange peu.
Aversion : rien de particulier.
Saison : ne supporte pas l’été. J’aime l’hiver, mais les articulations empirent alors ; patiente chaude.
Sueur : absente.
Sommeil : je me réveille souvent, surtout après une dispute. En ce moment je dors à peine.
Compréhension du cas
Dans ce cas, les thèmes « moi contre toi » et « victime et agresseur » renvoient au règne animal. Il s’agit de torture, de harcèlement, de méfiance et de vengeance, plus la sensation de contraction, d’étouffement et d’étranglement. Le motif du serpent est clairement reconnaissable. La volubilité de la patiente et sa tendance à sauter d’un sujet à l’autre sont également remarquables.

Caractéristiques des Viperidae
Hémotoxicité ; colère refoulée jusqu’à l’explosion ; s’asseoir tranquillement et attendre ; puis attaquer soudainement sans avertissement.
Caractéristiques de la sous-famille des Crotalinae (vipères à fossettes)
Si le serpent est provoqué et irrité à plusieurs reprises, non seulement tout s’accumule, mais il frappe effectivement.
Peur après un effroi.
Peu de peur, comme s’il était poursuivi.
Peurs avec insomnie
Anémie due aux pertes de sang
Rubriques confirmantes pour Crotalus horridus
Esprit – Idée délirante – Personnes, gens – derrière elle ; quelqu’un serait
Volubilité
Esprit – Société – Aversion pour – Famille ; fuit
Esprit – Perte de connaissance – Vertiges, lors de
Rectum – Écoulement de sang par l’anus
Vertiges – Ménopause – pendant
Prescription : Crotalus horridus 1M, dissous dans de l’eau et pris pendant cinq jours consécutifs.
Résumé des suivis
Après cinq jours, le saignement des hémorroïdes s’était complètement arrêté, les douleurs et la raideur des articulations avaient diminué. Les vertiges s’étaient améliorés.
Trois mois plus tard, tous les symptômes s’étaient nettement améliorés. Elle n’avait plus de saignements ni de vertiges. Les doigts ne se sont plus déformés et l’intensité du gonflement et de la douleur avait diminué. Elle pouvait saisir et tenir des objets sans les faire tomber. Elle n’avait plus besoin de comprimés antidouleur. La sensation d’oppression s’était aussi atténuée. Sur le plan émotionnel elle allait mieux et elle a commencé à faire la paix avec sa parenté. Sa colère était mieux contrôlée.
Après six mois de traitement, tous les symptômes s’étaient améliorés de plus de 60 %. Elle n’avait plus de gonflement, plus de douleurs ni de raideur articulaire. Les hémorroïdes avaient aussi régressé. Les vertiges, l’épuisement et les brûlures d’estomac avaient complètement disparu. Les valeurs d’hémoglobine s’étaient améliorées : 11 mg – ses analyses n’avaient jamais été aussi bonnes. La conscience de son propre état émotionnel avait changé.
15 mois plus tard, le facteur rhumatoïde de la patiente était de 6,45 UI/ml (1,00 à 20,00). Elle était satisfaite à tous égards.
Conclusion
Ce cas a été une bonne leçon pour moi : rester assis calmement, écouter attentivement et faire confiance au fait que l’expression multiple de la patiente se rassemble en une belle image correspondant en tous points au tableau du remède.
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Photo :
Crotalus horridus atricaudatus ; Dawson ; CC BY-SA 2.5
Catégorie : Cas
Mots-clés : Arthrite, hémorroïdes hémorragiques, vertiges, harcelée par la famille, étouffement, méfiance, vengeance.
Remède : Crotalus horridus
Article original : Interhomeopathy.org