
Figure 1 : Selon une étude portant sur plus de 400 000 participants, la prise de compléments d'huile de poisson peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires chez des personnes en bonne santé.
De nombreuses personnes prennent régulièrement des compléments d'huile de poisson pour couvrir leurs besoins en oméga‑3. Les acides gras oméga‑3 sont essentiels et sont censés, entre autres, protéger contre les maladies cardiovasculaires. Une étude britannique conclut toutefois que, dans certains cas, l'huile de poisson peut nuire à la santé cardiaque. Dans cet article de blog, vous découvrirez pourquoi cette étude a fait sensation au niveau international et si vous pouvez continuer à prendre des compléments d'huile de poisson sans crainte.
Pourquoi avons‑nous besoin d'acides gras oméga‑3 ?
Avant d'aborder l'étude très discutée sur la supplémentation en huile de poisson, il convient d'expliquer pourquoi nous avons besoin d'acides gras oméga‑3. Comme l'organisme ne peut pas les synthétiser lui‑même, les oméga‑3 doivent être apportés par l'alimentation. Ces acides gras polyinsaturés remplissent de nombreuses fonctions vitales dans l'organisme. Ils jouent notamment un rôle central dans la production d'hormones, la régulation des lipides sanguins, la synthèse des protéines et le métabolisme cellulaire.
On distingue généralement les acides gras oméga‑3 à chaîne courte et à chaîne longue. L'acide alpha‑linolénique (ALA), à chaîne courte, se trouve notamment dans les graines de lin, de chanvre et de chia ainsi que dans les huiles extraites de ces graines. Les acides gras oméga‑3 à chaîne longue les plus connus sont l'acide eicosapentaénoïque (EPA) et l'acide docosahexaénoïque (DHA). Ils peuvent être synthétisés en faible quantité à partir de l'ALA. On les trouve également dans les poissons gras comme le maquereau, le hareng, le thon et le saumon. Les personnes suivant un régime végétarien ou vegan peuvent obtenir de l'EPA et du DHA à partir de microalgues ou en prenant de l'huile d'algues en complément.
Étude britannique : l'huile de poisson est‑elle vraiment nocive ?
L'utilité de la supplémentation en oméga‑3 pour les maladies cardiaques fait depuis longtemps l'objet de controverses. Récemment, un article publié dans la revue BMJ a relancé le débat. [1] Cette vaste étude de cohorte a été réalisée par une équipe de chercheurs chinois, américains, britanniques et danois.
Sur près de douze ans, les données de 415 737 participants d'une biobanque britannique ont été collectées et analysées par les chercheurs. Les informations et dossiers hospitaliers ainsi que les registres de décès ont permis de recenser les décès survenus et les événements cardiologiques. Au début de l'étude, les participants avaient entre 40 et 69 ans. Comme indiqué dans un questionnaire, environ un tiers des sujets prenaient régulièrement des compléments d'huile de poisson.
Venons‑en aux résultats : l'analyse des données a montré que la prise régulière de compléments d'huile de poisson augmentait le risque de fibrillation auriculaire des participants de 13 % et le risque d'accident vasculaire cérébral (AVC) de 5 %. D'autres risques pour la santé, tels que l'évolution d'une fibrillation auriculaire vers un infarctus du myocarde ou la progression d'une insuffisance cardiaque vers le décès, ont en revanche été réduits de 15 % et 9 % respectivement grâce à la supplémentation en huile de poisson.
Les personnes atteintes de maladies cardiaques peuvent bénéficier des compléments d'huile de poisson
Il est intéressant de noter que les résultats mentionnés concernaient uniquement les participants qui étaient en bonne santé cardiovasculaire au début de l'étude. Les sujets souffrant déjà d'une maladie cardiovasculaire connue ont, quant à eux, tendance à tirer profit d'une prise régulière de compléments d'huile de poisson. Les oméga‑3 contenus dans l'huile de poisson ont réduit le risque que la fibrillation auriculaire évolue vers un événement cardiovasculaire grave de 8 %. Le risque que la fibrillation auriculaire débouche sur un infarctus du myocarde a même diminué de 15 % ; celui de la progression d'une insuffisance cardiaque vers le décès de 9 %.
Ces effets positifs de la prise d'huile de poisson se sont révélés encore plus marqués chez les personnes âgées et chez les hommes. Le risque d'évolution d'un état cardiovasculaire sain vers un décès lié à un événement cardiovasculaire a été réduit de 11 % (chez les personnes âgées) et de 7 % (chez les hommes) grâce aux compléments d'huile de poisson.
Pertinence et limites de l'étude
Bien que l'étude britannique sur les compléments d'huile de poisson ait justement reçu beaucoup d'attention dans la presse, plusieurs points doivent être pris en compte pour interpréter les résultats. Il s'agissait d'une étude observationnelle pure, qui permet d'identifier des associations mais pas d'établir des relations causales claires entre la supplémentation et les maladies cardiaques.
Dans le questionnaire rempli par les participants au début de l'étude, on leur demandait uniquement s'ils prenaient de l'huile de poisson comme complément alimentaire. Les chercheurs ne disposaient pas d'informations sur les produits exacts, les dosages ou la composition utilisés. De plus, les résultats de l'étude concernent uniquement les compléments d'oméga‑3. La question de savoir si la consommation de poissons riches en oméga‑3 présente des avantages et des risques similaires reste donc ouverte.
Que disent les autres études sur la supplémentation en oméga‑3 ?

Figure 2 : Les résultats des études sur les compléments d'oméga‑3 et les maladies cardiovasculaires sont hétérogènes et parfois contradictoires.
Comme indiqué en introduction, l'efficacité des compléments d'oméga‑3 pour les maladies cardiovasculaires a souvent été remise en question. À ce jour, aucune étude ne démontre sans équivoque qu'une supplémentation en oméga‑3 réduit de manière uniforme le risque d'événements cardiovasculaires graves tels que l'infarctus du myocarde, l'AVC ou l'insuffisance cardiaque chez toutes les personnes.
Une revue évaluant un grand nombre d'études médicales sur le lien entre l'huile de poisson et les maladies cardiovasculaires souligne également que des essais randomisés et contrôlés supplémentaires sont nécessaires pour examiner les effets de l'EPA, du DHA ou d'une combinaison optimale de ces deux acides gras oméga‑3 sur le système cardiovasculaire. [2]
Une méta‑analyse chinoise [3] souligne également que les effets potentiels positifs des oméga‑3 dans le traitement et la prévention des cardiopathies coronaires doivent faire l'objet de recherches supplémentaires. Cette analyse conclut par ailleurs qu'une supplémentation en oméga‑3 d'une dose quotidienne de 0,8 à 1,2 gramme d'oméga‑3 peut réduire le risque de décès d'origine cardiovasculaire, d'infarctus du myocarde et de ce que l'on appelle les MACE (« major adverse cardiac events », en français : « événements cardiaques indésirables majeurs »).
La dose est‑elle déterminante ?
En matière d'oméga‑3, il semble essentiel d'adapter la posologie à l'état de santé individuel. Les oméga‑3 sont essentiels et doivent donc être apportés en quantité suffisante. Toutefois, la dose ne doit pas être excessive, car une surdose peut accroître le risque de saignement, modifier les propriétés d'écoulement du sang et prolonger le temps de saignement. Les personnes prenant déjà des médicaments anticoagulants devraient donc faire preuve de prudence et ne prendre des compléments comme les capsules d'huile de poisson qu'après avis médical.
En raison de la littérature contradictoire et hétérogène sur les oméga‑3, les recommandations de dosage varient considérablement. Selon un avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), un apport additionnel quotidien allant jusqu'à 5 grammes d'EPA/DHA combinés et jusqu'à 1,8 gramme d'EPA seul est sans danger. [4] L'Institut fédéral allemand pour l'évaluation des risques (BfR) recommande en revanche de ne pas dépasser 1,5 gramme par jour d'oméga‑3 insaturés provenant de toutes les sources (aliments et, le cas échéant, compléments alimentaires). [5]
Conclusion : est‑il judicieux de supplémenter en huile de poisson ?
Il est compréhensible que l'étude publiée dans le BMJ inquiète surtout les personnes qui prennent régulièrement des compléments d'huile de poisson. Toutefois, comme le souligne notamment Nathan Davies, chercheur en sciences de la nutrition au University College de Londres, ces résultats ne constituent pas une raison de suspendre une supplémentation en oméga‑3 en cours. Si une personne tolère bien les compléments et en retire un bénéfice, elle peut continuer à les prendre sans problème.
Davies rappelle par ailleurs que les besoins en oméga‑3 peuvent généralement être couverts par une alimentation équilibrée et variée. La Société allemande de nutrition (DGE) recommande de consommer une à deux portions de poisson par semaine. Selon l'espèce de poisson choisie, cela permet déjà d'apporter environ 250 milligrammes d'EPA et de DHA. Cette quantité, selon la DGE, est nécessaire pour prévenir les décès liés aux cardiopathies coronaires. [6]
Si, pour des raisons écologiques, gustatives ou de santé, vous évitez de consommer du poisson ou de prendre de l'huile de poisson, vous pouvez opter pour des microalgues. Les huiles de microalgues riches en DHA, issues d'espèces comme Schizochytrium ou Ulkenia, peuvent constituer une alternative pertinente pour couvrir les besoins en oméga‑3.
Sources :
[1] Chen, G., Qian, Z., Zhang, J. et al. Regular use of fish oil supplements and course of cardiovascular diseases: prospective cohort study. BMJ Medicine 2024. https://bmjmedicine.bmj.com/content/3/1/e000451 (consulté le 05.06.2024).
[2] Liao, J., Xiong, Q., Yin, Y., et al. The Effects of Fish Oil on Cardiovascular Diseases: Systematical Evaluation and Recent Advance. Frontiers in Cardiovascular Medicine, Volume 8, 2022. https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fcvm.2021.802306/full (consulté le 05.06.2024).
[3] ShiChun, S., Chen, G., KaiQin, J., et al. Omega-3 Fatty Acid Supplementation and Coronary Heart Disease Risks: A Meta-Analysis of Randomized Controlled Clinical Trials. Frontiers in Nutrition, Volume 9, 2022. https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fnut.2022.809311/full (consulté le 05.06.2024).
[4] EFSA (2012) : EFSA évalue la sécurité des acides gras oméga‑3 à longue chaîne. https://www.efsa.europa.eu/de/press/news/120727 (consulté le 05.06.2024).
[5] BfR (2009) : Pour l'enrichissement des aliments en acides gras oméga‑3, le BfR recommande la fixation de quantités maximales. https://www.bfr.bund.de/cm/343/fuer_die_anreicherung_von_lebensmitteln_mit_omega_3_fettsaeuren_empfiehlt_das_bfr_die_festsetzung_von_hoechstmengen.pdf (consulté le 05.06.2024).
[6] DGE (2018) : Régulièrement du poisson à table ! https://www.dge.de/presse/meldungen/2011-2018/weniger-fleisch-auf-dem-teller-schont-das-klima/dge-empfiehlt-auf-fettmenge-und-qualitaet-achten/regelmaessig-fisch-auf-den-tisch/ (consulté le 05.06.2024).
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