Le patient de 32 ans vient pour une migraine.
Ghanshyam Kalathia (GK) : Parlez-nous de vous et de vos symptômes.
P : Je souffre de migraine depuis 5 ans. Les douleurs sont très, très fortes. Je ne peux me concentrer sur rien. Quand je dois lire quelque chose ou rédiger un rapport annuel ou un bilan intermédiaire, j’ai ces maux de tête. Chaque fois que je dois me concentrer sur une chose, j’ai une crise. Une fois la douleur installée, je ne m’en débarrasse plus. Ces deux ou trois derniers mois, j’ai remarqué que les maux de tête vont mieux si je mange beaucoup et bien pendant une crise. Ensuite, je vais mieux.
GK : Que ressentez-vous pendant les douleurs à la tête ?
P : J’ai l’impression que ma tête grossit sans cesse (geste). J’ai la sensation que ma tête enfle avec la douleur — ce n’est pas seulement une impression, parfois je peux voir que ma tête est plus grosse que d’habitude quand je me regarde dans le miroir. Le plus souvent, la douleur commence ici (au niveau de la première vertèbre cervicale) et remonte de là. Parfois elle s’étend sur toute la tête et parfois ce sont des douleurs violentes, fulgurantes, comme des chocs électriques, qui vont de la base du crâne jusqu’au front.
GK : Qu’est-ce que ces douleurs vous font ?
P : Depuis que j’ai ces maux de tête, j’ai perdu mon intérêt. Ma vie a perdu de son charme. Je n’ai plus envie de rien faire. Rien n’est important. Tout n’est plus que routine, toujours la même chose, plus rien de particulier. Ma vie d’étudiant d’autrefois me manque.
GK : Parlez-nous de votre vie d’étudiant mouvementée…
P : Elle avait un certain charme. Tout était intéressant et excitant, parfois j’oubliais même de manger ou de boire. Je déteste mon travail actuel, il est très, très ennuyeux, toujours la même chose, il n’y a pas de variété. Tout est routine et sans importance, il ne se passe rien d’intéressant. Pas d’excitation, pas de « buzz ». Tout est simplement ennuyeux et aspire la beauté et le charme de la vie. J’ai l’impression de gaspiller ma vie et ma jeunesse avec ce travail ennuyeux. Mon âge m’a semblé doublé depuis que j’ai ce travail. La vie a définitivement perdu de son attrait.
GK : Qu’est-ce qui fait le charme de la vie ?
P : Le charme, c’est de se sentir plus jeune que l’on n’est réellement. On profite de chaque instant. On vit pleinement ; on mène une belle vie. Cela ne marche que si chaque instant de la vie est excitant. Quand tout est excitant, il n’y a pas de place pour l’ennui, la mélancolie et la routine dans ta vie.
GK : Quelle est la différence entre une vie ennuyeuse et une vie excitante ?
P : Dans une vie ennuyeuse, il n’y a pas de charme. Dans une vie excitante, on se sent plus jeune et plus actif. On pense constamment « faisons ceci, faisons cela ». Tout est simplement intéressant. Tu essaies de profiter de chaque instant de ta vie.
Il semble maintenant animé, parle plus vite et tout son corps entre en mouvement.
GK : Laissons de côté votre vie pour un instant. Nous parlons maintenant de façon générale. Répondez-moi spontanément avec ce qui vous vient à l’esprit. Que signifie l’excitation ?
P : L’excitation signifie être rempli de joie et de bonheur. Tout en toi est excité et tu sens cette chaleur dans ton corps. Tu sens ton corps en mouvement, comme si tout y affluait, y déferlait. Ma tête devient très chaude quand je suis excité ; je sens la chaleur ici (hémisphère gauche).
Je peux presque voir l’excitation pendant qu’il raconte.
GK : Parlez encore de l’excitation…

P : En ce moment je suis très excité. Je sens la chaleur dans tout mon corps et j’ai l’impression que quelque chose monte en moi, comme des vagues. Maintenant je n’ai plus besoin de penser à ma vie grise et ennuyeuse. Je me sens renforcé intérieurement. On dirait que chaque cellule de mon corps est active et rafraîchie. À cet instant, rien ne stagne en moi. Je peux ressentir profondément. Il n’y a rien de lassant ou de morose pour le moment, tout est merveilleux ; je me sens heureux. En général ma bouche devient sèche quand je suis excité et ma gorge aussi. Je dois aussi uriner très souvent, parfois toutes les 10 minutes.
GK : Parlez-moi de vos rêves.
P : J’ai presque honte de vous en parler. J’ai de mauvais rêves. Je rêve toujours de filles. Après ces rêves, je me réveille très excité.
Analyse
Il y a ici une polarité claire entre excitation/éveil et embourbement. Le patient réagit aux changements : les plus petites choses le bouleversent et je décide d’une prescription issue du règne végétal avec la contradiction excitation/embourbement comme thème central. Parmi les Lamiacées (labiées) on trouve cette forme d’excitation : vive, agréable et tremblante, avec le contraire de l’ennui et de l’engourdissement. La migraine survient périodiquement et je choisis Collinsonia, un remède provenant du miasme palustre.
Prescription : Collinsonia 1M
Suivi un mois plus tard : Depuis un mois le patient n’a plus de céphalées et se sent aussi mentalement un peu mieux. Je décide de suivre le cas un peu plus longtemps.
Suivi après trois mois : Il appelle à cause d’une migraine violente et souhaite un rendez-vous en urgence.
P : Depuis la nuit dernière j’ai des maux de tête incroyablement violents. Je n’en peux plus. C’est affreux. On dirait que ma tête va exploser à tout moment. Je crois qu’elle est gonflée intérieurement (geste).
GK : Comment les maux de tête ont-ils commencé et quels symptômes avez-vous ?
P : Hier c’était jour férié et j’étais à la maison. J’ai regardé un match de cricket à la télévision avec ma famille. C’était un match extraordinaire : jusqu’à la fin on ne savait pas qui allait gagner. Ça a duré toute la journée et ce n’est fini qu’à 23h30. Toute la famille était en très grande excitation, tout le monde s’amusait, était détendu. Mais quand le match s’est terminé, les maux de tête sont arrivés : ils ont commencé très lentement, puis sont devenus si forts que j’ai vomi deux ou trois fois, sans résultat. Je n’avais jamais eu des maux de tête aussi violents et aussi longs. Je crois que l’excitation autour du match de cricket a été le déclencheur. C’est la première fois que je peux identifier un facteur déclenchant pour mes maux de tête.
GK : Comment vous êtes-vous senti pendant la retransmission ?
P : C’était de la pure excitation. Nous étions tous assis devant la télévision et chaque instant était excitant. J’étais si énergique, je criais et je vibrais, j’étais en mouvement permanent.
GK : Que ressentez-vous quand vous êtes si excité ?
P : Je suis heureux, je m’amuse tellement. On dirait que chaque cellule de mon corps est active et excitée. J’ai l’impression que quelque chose traverse mon corps, des pieds jusqu’à la tête. J’ai chaud et on dirait que mon sang est poussé à fond à travers le corps. Tout en moi est si excité que je sens la chaleur intérieurement, des moments à couper le souffle, tout fonctionne en moi, rapidement (il parle très vite).
GK : Décrivez cela : « Tout fonctionne en moi ».
P : Je peux sentir chaque cellule de mon corps. À cet instant, rien n’est lent ou somnolent, tout est en mouvement. Chaque partie de mon corps fonctionne à plein régime. Je sens mon sang circuler dans les veines. Je perçois chaque changement dans mon corps. Quelques secondes avant, tout est normal et soudain tout change, comme si tu devenais une personne complètement différente. Tu es lent, paresseux et détendu et soudain tu es vigilant et actif. Tout change en toi.
L’excitation n’est plus l’élément central maintenant, mais le « processus », le déroulement de l’excitation. Lors de l’anamnèse initiale j’ai commis une erreur, j’avais considéré le thème « excitation/éveil » comme quelque chose d’évident et je n’avais pas cherché plus loin à cet endroit. Il ne s’agit en effet pas seulement de l’excitation, mais de la manière dont cette « excitation » se déroule dans le corps, c’est-à-dire du déroulement physiologique de l’excitation.
GK : Vous le faites très bien, continuez…
P : C’est comme si quelque chose bouillonnait en toi. Par exemple, si quelqu’un t’insulte, tu sens ton sang monter. C’est la pure excitation, rien d’autre.
GK : Oubliez-vous un instant et dites ce que l’excitation signifie en général pour vous.
P : L’excitation n’est rien d’autre qu’un phénomène ou un processus qui se déroule dans notre corps. Ce n’est qu’un processus coordonné par la tête et le corps. La tête donne les ordres et le corps devient alerte. Je crois qu’à cet instant certaines substances chimiques jouent un grand rôle. Tout mon corps était en alerte maximale.
Les patients qui ont besoin d’une Sarkode comme remède comparent souvent leurs expériences et sensations à des processus qui se produisent dans le corps. Parfois ils associent leurs sensations à un organe spécifique ou à un système propre du corps.
GK : Des substances chimiques ?
P : Oui, le cerveau indique au corps, par certaines substances chimiques, ce qu’il doit faire. Ou directement via les nerfs qui stimulent le corps à libérer des substances chimiques qui se diffusent alors très rapidement dans le sang. Pour que la substance atteigne rapidement l’organe cible, le corps veille à ce que le sang circule bien et vite — c’est pourquoi il y a cette « poussée ». Je n’ai pas étudié la médecine ni la biologie, je ne peux vous rapporter que ce que je connais et peux décrire. L’excitation n’est rien d’autre qu’un processus coordonné entre le cerveau et le corps.
GK : Décrivez un peu plus ce processus.
P : C’est un processus où tout votre être est saisi par une réaction chimique. Supposons que quelque chose change soudainement et de façon inattendue en toi. Alors le cerveau et le corps réagissent très vite via des réactions chimiques. Il s’agit uniquement de stabiliser l’esprit et le corps. Ainsi le corps fait face aux situations inattendues, c’est un schéma réactionnel de ton être. Par exemple : tu te tiens avec une femme étrangère et soudain ta copine te touche par derrière de façon inattendue. Que se passe-t-il ? Nous parlons d’une réaction à l’adrénaline.
GK : Une réaction à l’adrénaline ?
P : Oui, exactement. L’adrénaline fait partie des substances chimiques que le corps produit quand quelque chose de soudain se produit, une frayeur ou une excitation. Par exemple quand tu embrasses ta copine pour la première fois ou quand tu es en colère ou que tu regardes un film à la télévision, ou quand tu apprends une mauvaise nouvelle. C’est une partie du mécanisme de défense de ton corps. Je crois que Dieu m’a par erreur installé une usine à adrénaline (rit très fort) !
GK : Que ressentez-vous maintenant, à cet instant ?
P : Je ne sais pas pourquoi, mais mes maux de tête ont disparu. Pour la première fois de ma vie mes maux de tête ont cessé sans comprimés. Je crois que vous avez une influence bénéfique sur moi (il rit) !
GK : Quelle conclusion tirez-vous de notre entretien d’aujourd’hui ?
P : Je comprends maintenant que je réagis plus que je n’agis. Je crois que cette excitation est mon schéma de réaction (rit)

Analyse :
On observe une différence nette entre la première et la seconde anamnèse, bien que dans les deux l’élément « excitation/éveil » soit au premier plan. Lors de la première anamnèse je n’étais pas descendu plus profondément dans sa sensation. Lors du deuxième rendez-vous, toutefois, nous sommes arrivés à une sensation « insensée » qu’il pouvait pleinement comprendre pour lui-même.
Avec le recul du premier entretien, il m’a été plus facile de comprendre le langage de cette sensation « insensée ». Le patient parle d’un mécanisme physiologique qui se produit dans son corps et je sais d’autres cas antérieurs que c’est le langage des Sarkoden. Il associe ce processus à la réaction adrénalinique et on peut identifier très clairement le remède indiqué.
Prescription : Adrénaline 1M
Suivi un mois plus tard, après Adrénaline : Le patient n’a plus de céphalées et se sent extrêmement bien. Il est devenu plus calme qu’avant et le remède n’est pas répété.
Suivi quatre mois plus tard : pas de céphalées, mais il recommence à réagir violemment aux autres. Sa femme rapporte qu’il cherche souvent la dispute. Adrénaline 1M est répétée.
Suivi après 18 mois : Depuis la dernière prise du remède il a eu une fois un mal de tête, mais il a disparu de lui‑même et sans analgésique. Il a reçu au total deux doses du remède homéopathique. Il est devenu plus tranquille. Il rapporte : « Maintenant je prends des décisions avec ma raison et non par réaction. Il m’est devenu clair que mon système de réaction ne fonctionnait pas bien auparavant et que c’est pour cela que je suis tombé malade. »
Sarcodes stéroïdiens :
Très réactifs :
Dans tous mes cas qui ont nécessité un sarcode stéroïdien, il y avait une certaine réactivité ou impulsivité. Derrière les réactions il n’y a pas de réflexion : ils réagissent soudainement et impulsivement.
Rapides et pressés :
Un autre aspect de leur surréaction est l’impatience et la hâte. Tout ce qu’ils font, ils le font en hâte et à grande vitesse. Ils veulent tout accomplir en très peu de temps.
Hautement instables :
La stabilité est un thème important dans la vie de ces patients. En réalité ils sont extrêmement instables et facilement influençables ; c’est comme s’ils étaient contrôlés par quelqu’un d’autre et n’avaient aucun contrôle sur leur propre vie. Certains patients essaient de garder le contrôle par leurs actions rapides et furieuses.
Agitation :
Physiquement, ils sont très agités et bougent rapidement. Ils bougent constamment les mains ou les jambes ou font des mouvements involontaires.
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Photos
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Catégorie : Cas
Mots-clés : Excitation/éveil, réaction, réactif, mécanisme, réaction chimique, Sarkode
Remède : Adrénaline