Hyperconnexion et relations possessives sur trois générations : un cas de Latrodectus mactans
par Alize Timmerman
Prescription à travers les générations
Dans ma pratique, je traite souvent des familles et des familles élargies. Des situations intéressantes peuvent se produire lorsque trois générations — grand‑mère, mère et enfant — sont toutes des patientes de la pratique, et que le thérapeute peut observer l’évolution de la lignée familiale. Parfois, les antécédents génétiques et psychologiques semblent jouer un rôle similaire au fil des générations, ce qui souligne la situation miasmatique des patientes. Nous voyons comment une sensation est transmise de génération en génération.
Dans les trois cas décrits ci‑dessous, le remède pour les trois patientes était le même. Le remède dont il est question ici est Latrodectus mactans, la « veuve noire », un remède d’araignée qui aide en cas de problèmes cardio‑vasculaires lorsque les symptômes émotionnels sont liés à des comportements possessifs au sein des relations familiales ; le remède aide aussi à résoudre des problèmes émotionnels d’attachement et de séparation.
La situation commune est celle d’un enfant qui grandit sans père. La mère s’appuie émotionnellement sur l’enfant, ce qui fait que l’enfant doit porter le fardeau de la génération précédente, conduisant à des troubles psychiques et émotionnels. (1, 2)
Victime et possession
Tout commence par la négligence de soi ; elles se sacrifient dans l’intérêt des parents. Cette hyperconnexion, cette liaison trop intensive, engendre à son tour un comportement de dépendance dans leurs relations. Chaque génération manifeste le même comportement possessif, dépendant et exigeant envers la génération suivante ou envers son partenaire. La situation se complique lorsqu’une personne tente de sortir de ce processus, car alors la personne possessive sombre dans un tourbillon de frustration et de désespoir et ne sait plus comment sa vie doit continuer.
La première à venir en consultation fut la mère ; lui ont succédé la grand‑mère puis la fillette. Les observations concernant l’arrière‑grand‑mère ont été rapportées par la grand‑mère.
Cas un : la femme (la mère sur le schéma)
La première à venir en consultation était la fille de la grand‑mère. À sa première visite, elle avait 27 ans ; elle était professeure de street dance (breakdance), hyperactive et travailleuse, et d’une silhouette très mince.
Relations intenses
Elle avait eu de nombreuses relations dans lesquelles elle avait souvent été lésée. La plupart de ses relations antérieures se déroulaient de la même manière que sa relation actuelle. À l’heure actuelle, elle est en couple avec un homme plus jeune. Ils se disputent beaucoup ; elle l’attaque parce qu’il arrive en retard, ne passe pas assez de temps avec elle et ne lui accorde pas suffisamment d’attention. Parfois leurs disputes sont assez violentes, et leurs affrontements frôlent la maltraitance physique.
Lors de l’anamnèse, elle dit avoir le sentiment de ne pouvoir continuer à vivre si ils se séparaient. Elle est prête à tout sacrifier pour cet homme. Quand son compagnon n’est pas là, elle se sent complètement abandonnée et désespérée. Elle se sent prisonnière dans le sens où elle ne voit pas de raison de vivre sans cet homme.
Auparavant, elle a eu une relation sexuelle intense avec un autre homme, mais cette relation avait la même structure destructrice de possessivité. Dans une autre relation, elle pouvait partager le quotidien avec son compagnon ; c’était une relation moins violente, mais sans passion sexuelle ni attraction entre eux.
Depuis des années elle a une relation difficile avec sa mère. Sa mère était très manipulatrice envers elle, apparemment affectueuse et attentionnée, mais attirant toute l’attention sur elle. La patiente dit que lorsqu’elle est avec sa mère, elle a l’impression d’être aspirée dans le champ énergétique de sa mère. Elle a rompu la relation avec sa mère parce qu’elle se sentait étouffée par l’affection de sa mère.
Enfermée dans ses sentiments
Elle enseigne la danse. En dansant, son énergie semble inépuisable. Elle désire un enfant et croit qu’un bébé changera complètement sa vie.
Elle vient en consultation parce qu’elle veut changer son attitude envers son compagnon, afin d’éviter les accès de colère extrêmes qu’elle a parfois, et pour se libérer du sentiment d’abandon qui survient dès que son compagnon n’est pas là.
Quelques années plus tard, elle n’est plus avec ce compagnon et élève un enfant (une fille) sans père (l’enfant est le résultat d’un don de sperme d’un bon ami).
Cas deux : la grand‑mère (environ 60 ans)
La mère de la patiente précédente est venue quelque temps après sa fille dans ma pratique. Ses plaintes principales sont une douleur aiguë dans la région cardiaque irradiant vers le bras gauche, des problèmes cardio‑vasculaires comme l’hypertension, ainsi qu’un début de diabète de type 2. Elle pense que le diabète est lié aux problèmes cardiaques.
Quand elle est entrée dans le cabinet, j’ai vu une femme très belle et calme. La première chose qu’elle mentionne est le sentiment que sa propre mère (l’arrière‑grand‑mère sur le schéma) l’a entièrement revendiquée durant son enfance et son adolescence.
Porter le fardeau
Son père est mort quand elle était très jeune, et après sa mort, sa mère l’a chargée de tous les problèmes familiaux et pratiques. Cela l’a beaucoup perturbée, elle a perdu sa propre personnalité et est devenue le véhicule des sentiments de sa mère. C’était comme si elle était entièrement occupée par sa mère, tant mentalement qu’émotionnellement. Comme elle assumait désormais le fardeau d’un adulte, elle était constamment fatiguée. En même temps, elle aimait beaucoup sa mère. Bien qu’elle fût déjà adulte quand sa mère est morte, elle a décrit la sensation comme si une lourde couverture avait été retirée de ses épaules.
Elle souffre depuis des années de troubles du sommeil et ne pouvait penser la nuit à rien d’autre qu’à sa mère. Si elle se réveillait au milieu de la nuit, elle avait des maux de tête terribles ; sa tête lui semblait être un ballon, enflée et sur le point d’éclater. Elle se sentait agitée et ressentait des palpitations.
Cas trois : l’enfant (3 ans)
La fille de la professeure de danse est le troisième membre de la famille à venir en consultation ; elle a 3 ans. C’est une très jolie fillette, sociable et en quête d’attention. Elle a beaucoup d’amis qui font généralement ce qu’elle leur ordonne. Elle s’est inventé un père pour compenser l’absence d’un vrai père. Elle commence à pleurer dès qu’elle perd le contact visuel avec sa mère. D’une manière très intelligente, elle occupe complètement sa mère. Elle a une façon de parler très intense.
Pendant l’anamnèse, elle se plaint constamment de maux de ventre et de maux de tête. Les douleurs abdominales sont pires le soir ; elle ne se calme que lorsqu’elle se couche sur son ventre et ressent la chaleur en restant ainsi.
La mère est désespérée. Elle ne peut pas être physiquement reliée à l’enfant 24 heures sur 24. Ainsi, la relation mère‑fille est plutôt stressante.

Analyse
Les trois cas (et le récit sur l’arrière‑grand‑mère) montrent des similitudes frappantes. Toutes les femmes ont grandi sans père, ou avec un père qui est mort pendant leur petite enfance. Elles sont toutes des réparatrices de manque et comblent une lacune dans la situation familiale en développant une pensée possessive intense et une hyperconnexion envers leurs parents ou, inversement, envers l’enfant qu’elles prennent en charge.
Les symptômes importants de Latrodectus
mactans dans ces cas sont :
Douleurs aiguës dans la région cardiaque irradiant vers le bras gauche et les doigts.
Crampe abdominale.
Sensation de mort ou de trépas, accompagnée d’une immense tristesse et d’un désespoir.
Cris, appels, pleurs.
Comportement exigeant envers les êtres aimés, comportement manipulateur, harcèlement (stalking).
Hyperconnexion avec les êtres aimés.
Tous les sentiments sont très intenses, tant physiquement qu’émotionnellement.
L’absence ou la perte d’un parent peut déclencher ou renforcer les symptômes de Latrodectus
mactans.
Dans les cas décrits ici, le thème principal est l’hyperconnexion : incapacité à échapper à la sur‑dépendance, et un sentiment de chagrin et de désespoir qui se transforme en colère lorsque la connexion est rompue — ou même lorsqu’elle semble seulement rompue.
Cela peut conduire à des problèmes cardiaques physiques avec palpitations et crampes qui irradient du côté gauche du corps.
Une méthode intéressante d’analyse de cas consiste à considérer tous les symptômes de cette famille comme une unité. Ainsi, nous traitons de façon intergénérationnelle, traitons le miasme familial et soignons le fond de cette maladie profonde avec tous ses problèmes émotionnels et psychiques.
Je n’ai été sûre d’avoir choisi le simillimum correct qu’après avoir vu les trois membres de la famille.
Dans le cas de la mère, j’ai prescrit Latrodectus
mactans C 220/5 (dilution C 220 d’une dynamisation de la 5e puissance) en prise unique, puis une seconde dose un mois plus tard.
Après trois mois, son comportement s’est stabilisé, surtout envers son compagnon.
La grand‑mère a reçu Latrodectus mactans en LM 2, une dose quotidienne pendant trois semaines en raison de son hypertension. Après trois semaines, les prises ont été réduites à deux fois par semaine. Après environ six mois, les douleurs avaient disparu et la tension était sous contrôle.
Pour la fillette, j’ai prescrit une dose de Latrodectus mactans C 200. Les douleurs abdominales ont disparu et son comportement d’attachement s’est atténué.
Les problèmes et troubles des trois générations se rapportaient, à différents niveaux, à une même image de remède. Le même remède a conduit à une amélioration des symptômes des trois personnes et au rétablissement de relations familiales plus normales.
Source
Latrodectus mactans, la veuve noire, est l’une des espèces d’araignées les plus venimeuses. La femelle a une forme de sablier avec une coloration noir‑rouge caractéristique. Il est connu que la femelle mange parfois le mâle après l’accouplement, lorsque le mâle est séduit et courtisé et ne peut pas s’échapper.
Le venin agit comme neurotoxine. Les morsures de veuve noire provoquent des crampes musculaires, de fortes douleurs abdominales, des maux de dos et de l’hypertension artérielle.
*******************************************************************************************
Cet article a été publié sur www.interhomeopathy.org
Photo : © shutterstock - Spider, Redback or Black Widow, Latrodectus hasselti, isolated on white - Peter Waters
Latrodectus mactans ; Fritz Geller‑Grimm, licence Creative Commons Attribution‑Share Alike 3.0 Unported
Catégorie : Cas
Mots‑clés : manipulateur, harcèlement, hyperconnexion, possessif, passion sexuelle, prisonnier, victime, palpitations, cœur, maux de ventre, crampes, irradiation, veuve noire (araignée).
Remède : Latrodectus mactans