Attaques de panique : un cas de Latrodectus mactans (veuve noire méridionale)
par Sona Koysová
La patiente, âgée de 62 ans, une femme d'affaires prospère, arrive directement à la consultation. Elle a une apparence agréable, très sympathique et est vêtue entièrement de noir et blanc. Elle parle et bouge très vite. Elle commence l'anamnèse par les phrases : « Je ne supporte pas les médicaments, je les tolère mal. Je ne prends que parfois du magnésium et du Lexaurin ou du Xanax. »
Sona Koysová (SK) : Quelle est votre plainte ?
Patiente (P) : J'ai des crampes internes, partout dans le corps. J'ai des crampes dans la poitrine qui irradient jusque dans les aisselles. Dans le ventre j'ai des crampes qui ressemblent à des picotements, comme si j'étais serrée très fort par une ceinture. J'ai aussi une sensation d'oppression dans la gorge, j'ai l'impression de m'étouffer.
Depuis 27 ans je dirige, avec mon mari, un commerce. Je ne suis jamais fatiguée et je ne peux donc pas bien dormir. C'est moi qui gère le commerce et qui m'occupe de tout, mon mari se contente de rester là et de regarder. Je dois travailler énormément. J'ai toujours peur de ce qui va arriver – je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve. Depuis que j'ai survécu à notre accident, je suis tourmentée par ces sensations. À ce moment-là, mon cœur s'est contracté pour la première fois et tout mon corps est devenu engourdi.
SK : Quel genre d'accident était-ce ?

L'accident a eu lieu le 8.3.1981. Je voyageais avec ma mère, ma sœur, son mari et leurs deux enfants dans une voiture. Mon beau-frère était au volant. Nous n'avions pas roulé longtemps lorsque l'accident s'est produit. Ma mère est morte sur le coup, les autres n'ont pas survécu non plus. Depuis ce jour-là j'ai, chaque nuit, des sensations d'étouffement : tout mon corps s'engourdissait et j'avais une terrible peur de mourir, c'était pire la nuit. J'ai été traitée avec Radepur. Après l'accident j'ai vite recommencé à travailler. J'avais l'impression que je devais mourir si je restais assise à la maison. Il fallait absolument que je bouge ! Je n'étais jamais bien dès que je voulais me reposer. J'avais peur de mourir et je croyais toujours que c'était le dernier moment de ma vie et mon cœur battait et battait.
Je suis moi-même un jour presque morte : quand j'avais 2 ans j'ai failli me noyer. Ils ont dû me tirer de l'eau et me réanimer. Dès que je m'allonge, je dois trouver une position confortable, sinon j'ai cette crampe dans la poitrine : elle part de la partie inférieure de ma poitrine vers mes bras et mon dos puis revient. Même mes paupières se contractent. J'ai aussi des crampes dans les jambes, avec des picotements.
SK : La patiente parle très vite, je n'arrive pas à tout noter de ce qu'elle raconte. Quand je lui demande à plusieurs reprises de décrire plus précisément ses symptômes, elle répète toujours la même chose et parle à chaque fois très vite. Ça continue jusqu'à ce que j'aie l'impression qu'elle réagit avec irritation à mes questions. Elle est très vive et me dit que beaucoup de gens ont du mal à la comprendre parce qu'elle parle si vite.
SK : Quel commerce dirigez-vous ?
P : Nous avons une pâtisserie et nous vendons aussi de la glace faite maison, une spécialité des Balkans. À 35 ans j'ai épousé un homme des Balkans. Je ne voulais pas d'enfants, ils auraient dû grandir dans la rue. Je n'aurais jamais eu le temps pour eux. Je dois m'occuper de tout. Je me levais toujours à 4h00 du matin, je faisais la glace et je cuisinais les gâteaux puis je me mettais ponctuellement au comptoir pour que la pâtisserie puisse ouvrir. Je cuisinais aussi pour nos employés ; ils sont jeunes et ne savent pas bien cuisiner. Je préfère tout faire moi-même, ainsi je n'ai pas à répéter cent fois. Je travaille tous les jours jusqu'à minuit. J'ai beaucoup d'énergie et je ne suis jamais fatiguée. Mon mari est plutôt comme une poupée en caoutchouc. Si je pouvais, je le jetterais dehors. Parfois je lui dis qu'il peut partir s'il n'est pas content ici. Avant je pleurais encore assez vite. Maintenant je dis franchement ce que je pense. Je suis très sensible.
SK : Qu'aimez-vous manger ?
P : Je ne mange que les accompagnements avec de la sauce. Je mange de la viande très rarement ; ça me remonte dans la gorge quand j'ai des crampes dans les bronches. J'aime les salades, les fruits, la purée, les soupes, les quenelles et les jus fraîchement pressés. Je mange aussi beaucoup de sucreries, parfois je les engloutis juste comme ça.
SK : Y a-t-il d'autres problèmes de santé ? Par le passé ?
P : On m'a enlevé la vésicule biliaire à cause de douleurs terribles. Je croyais que j'allais mourir. J'avais aussi mes règles toutes les trois semaines, elles étaient douloureuses. Le sang était foncé et caillouteux et souvent coulait le long de mes jambes. Je devais toujours porter trois serviettes hygiéniques à la fois et c'était pire la nuit. On m'a retiré un fibrome utérin. Mais même pendant mes règles, je travaillais 20 heures par jour ; je ne pouvais jamais vraiment me reposer. Mon médecin m'a prescrit la pilule pour la contraception et pour les règles douloureuses, mais je ne l'ai prise qu'un mois. J'ai dit au médecin que je ne prendrais pas ce genre de chose.
Quand j'étais enfant j'avais souvent de fortes épistaxis, difficiles à arrêter. J'étais souvent enrhumée et ai fait de grosses amygdalites, lors desquelles j'avais l'impression de m'étouffer.
SK : Pourquoi n'avez-vous jamais eu d'enfants ?
P : Mon mari a des enfants de son premier mariage, avec lesquels je n'ai pas de contact. Il n'y avait pas de temps pour des enfants. Je n'en ai jamais voulu, qui les aurait élevés ? Ce n'est pas un problème de ne pas avoir d'enfants.
Le travail m'a sauvée. Chez moi tout est bien organisé, sinon je finirais en psychiatrie. Pour moi ce n'est pas un problème, je ne suis jamais fatiguée. Dans notre commerce il y a un escalier très raide de 54 marches qui mène à notre réserve. Certaines personnes ont des difficultés à monter cet escalier. On me dit souvent que ça doit être terrible pour moi de devoir toujours monter cet escalier. Ça ne me dérange pas, je monte vite, prends ce dont j'ai besoin et redescends en courant. Les courses, je les fais à vélo, seules les très grosses choses sont apportées par mon mari en voiture.
SK : Vous ne conduisez pas vous-même ?
P : Non, depuis l'accident je ne me suis plus remise au volant. J'ai vraiment très peur de pouvoir mourir.
SK : Parlez-moi davantage de vos attaques de panique.
P : J'en ai depuis 30 ans, mais maintenant elles ne sont plus aussi graves. Elles reviennent de temps en temps. Je n'ai pas le temps d'aller chez le médecin.
(Plus tard la patiente me raconte aussi qu'elle a déjà essayé 10 thérapies différentes.)
La première fois que j'ai eu une attaque de panique, je pensais que c'était une crise cardiaque. La nuit je dors à peine, je me tourne et me retourne dans le lit. Je me dis alors : « Si je ne peux pas dormir ce soir, je dormirai la nuit prochaine. »
SK : Parlez-moi davantage de vous.
P : Je suis très sensible. Si quelqu'un élève la voix, je fonds en larmes. Je sais aussi comment soutenir les autres. J'ai un caractère fort. Je sais dire aux autres ce que je pense. Je porte mon cœur sur la langue, je n'ai pas de secrets. Je compte uniquement sur moi-même et je peux tout gérer seule. Je dis toujours à mon mari qu'il ne me serait pas difficile d'en trouver une autre, une autre poupée comme lui. Les hommes prennent possession de toi, te traitent comme du bétail. Mon mari est musulman, je n'aime pas du tout sa religion. Il est fanatique.
Je suis une personne joyeuse, mais je ne fais pas de compromis. En ce qui me concerne, je suis très sensible. Si quelqu'un m'insulte, c'est fini, il est rayé de ma vie. Je suis très exigeante envers moi-même. Les gens sont mauvais.
SK : Avez-vous des hobbies ?
P : J'aime les belles choses. Je suis plutôt du type artistique. J'adore la photographie. Je me photographie moi-même, ainsi que l'eau et les oiseaux. J'aime les travaux manuels comme la couture et la broderie, et j'aime peindre. J'aime décorer les gâteaux et les tartes de façon artistique, j'aime aussi la musique et la danse.
SK : Avez-vous des peurs ?
P : Quand ma mère est morte, j'avais peur qu'il y ait un étranger dehors. À l'époque j'avais peur de l'obscurité. Et si quelqu'un m'agressait ? Je pouvais sentir les battements de mon cœur dans mes oreilles. À l'époque je devais encore prendre le train très tôt à 4h14 et je courais tout le chemin jusqu'à la gare. J'ai le vertige. En outre, je me sens responsable de tout et m'inquiète de chaque petit problème. Quand les contrôleurs fiscaux viennent au commerce, j'ai tout préparé jusqu'au moindre détail. Je suis très minutieuse et consciencieuse et toujours sur mes gardes.
SK : Quel est votre ressenti de la température ? Êtes-vous frileuse ou chaude ?
P : Avant j'avais toujours froid, mais depuis la ménopause j'ai plutôt chaud.
SK : Parlez-moi encore des crampes. Décrivez un exemple pour que je puisse me faire une idée.
P : Par exemple quand je lave du linge, j'ai l'impression que le monde entier m'écrase et m'étrangle. Je ressens cette pression sur mon cœur, une pression dans la poitrine, comme si quelqu'un serrait mon cœur. Ma gorge se contracte et je ne peux plus respirer. J'ai des crampes sous la poitrine, comme si j'étais serrée par une ceinture étroite. Ensuite ça remonte le long des nerfs jusqu'à mon aisselle puis jusqu'au bout des doigts. Je suis en sueur et mon visage devient pâle.
Analyse
La patiente est une boule d'énergie et travaille énormément et durement.
Elle a une énergie débordante et fait partie des patients qu'on n'oublie jamais.
Elle parle très vite et parle beaucoup.
À l'égard de son mari elle se comporte de manière très dominante.
Elle rêve d'être poursuivie.
Ces thèmes évoquent un remède du règne animal, mais lequel ?
Les problèmes de santé de la patiente sont d'ordre neurologique : elle a des crampes dans tout le corps, qui se propagent le long des voies nerveuses jusqu'aux extrémités. Les symptômes ont commencé après un grave accident de voiture, dans lequel plusieurs personnes sont mortes et qui lui a causé une grande peur. Elle souffre d'attaques de panique et a peur de la mort.
Sa première attaque de panique ressemblait à un infarctus, avec la sensation que son cœur était serré comme par un étau. Elle ne pouvait pas respirer et était convaincue qu'elle allait mourir.
La patiente n'a jamais voulu d'enfants.
Elle a peu besoin de dormir et une énergie extrêmement élevée.
Parmi ses loisirs figurent la couture et la broderie, ce qui est un trait typique des remèdes issus des araignées, car ces travaux manuels exigent une grande dextérité des doigts et un travail précis.

Ces aspects pointent fortement vers un remède d'araignée, mais lequel ?
La sensation d'étau violente dans la poitrine et la sensation d'étouffement sont typiques de Latrodectus mactans.
Massimo Mangialavori écrit que cette araignée se distingue des autres remèdes d'araignée par son rapport à la nourriture. On n'y trouve pas la perte d'appétit typique, très marquée chez la plupart des araignées, mais plutôt un comportement alimentaire boulimique. Dans l'alimentation elles trouvent du réconfort. Cette patiente se gavait parfois de sucreries.
Latrodectus est hypersensible et indiqué pour les troubles liés à des expériences choquantes avec une sensation de mort. Avec Theridion elle appartient aux remèdes d'araignées hautement sensibles. Chaque instant est perçu comme une menace et c'est pourquoi ils sont toujours sur leurs gardes. Cette hypersensibilité est liée à des expériences subites et potentiellement mortelles, réelles ou imaginaires. Ce scénario conduit, sur le plan mental et corporel, à un état de paralysie similaire à celui d'Aconitum et d'Opium. Ils sont figés dans la situation.
Le remède intervient dans cet état et établit une connexion avec le cœur. Leur hypochondrie pousse ces personnes à réclamer sans cesse attention et soutien. Latrodectus est typiquement indiqué pour des saignements abondants, noirs et aqueux, l'insomnie et un sommeil agité.
Prescription :
Latrodectus mactans 1M
Suivis
Après un mois : Les attaques de panique ont diminué, la sensation d'étau dans la poitrine et les crampes ont diminué. La patiente est devenue plus calme et parle plus lentement, mais reste encore un peu hypocondriaque. Son tempérament vif et son acharnement au travail sont inchangés. Elle se repose maintenant plus souvent et dort mieux.
Après un an : Le remède n'a pas dû être répété. La patiente n'a plus d'attaques de panique.
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Cet article a été publié sur www.interhomeopathy.org.
Photos :
Shutterstock : © bikeriderlondon - Damaged car behind warning tape at an accident scene
© Sari ONeal - Black Widow spider outdoors on a web
Catégorie : Cas
Mots-clés : attaques de panique, peur des accidents, peur de la mort, crampes, besoin de mouvement
Remède : Latrodectus mactans