Guérison et diversité des méthodes |
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| Par Harald Knauss | |
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Il y a un peu plus de 25 ans, alors que je suivais des études de musique, j'ai commencé une formation en homéopathie classique ; c'est une phrase centrale de Samuel Hahnemann qui m'a mis sur cette voie. Hahnemann dit que la maladie provient d'un désordre intérieur chez l'homme, qu'un tel dérèglement en est même la cause véritable. En tant que musicien, je pouvais immédiatement comprendre cela. Si un musicien n'est pas en harmonie avec ses sentiments, il lui faut beaucoup plus d'efforts pour accorder correctement son instrument que s'il est en état d'équilibre intérieur. Touché par cette idée, j'ai entamé la formation auprès d'une homéopathe classique pour découvrir comment atteindre ou maintenir cet accord. Ce fut une période d'expériences passionnante qui a grandement enrichi ma vie. La musique est devenue mon métier, mais l'homéopathie est toujours restée présente. |
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Ces dernières années, la phrase centrale de Hahnemann mentionnée plus haut est revenue avec force dans ma vie, mais d'une tout autre manière. Je suis de nouveau entré en contact avec la « scène » de l'homéopathie et j'ai été réjoui de voir combien de nouvelles couleurs créatives l'homéopathie avait prises. Mais bientôt cette joie a fait place à une certaine gêne quand j'ai constaté combien certains représentants et partisans des différentes tendances se déchaînaient les uns contre les autres. Il y règnent des conflits acharnés, menés par tous les moyens. On y propage des calomnies ou l'on répète sans vérification des propos. Il existe donc aussi dans l'homéopathie le monde des rumeurs. Ce qui semble parfois unir toutes les tendances, c'est un ennemi commun : la médecine conventionnelle. En dehors de cela, règnent apparemment des querelles acharnées. Il devrait pourtant être naturel pour chacun de comprendre qu'il ne peut exister qu'une seule vérité dans le monde — même si certains cercles, depuis deux mille ans, s'efforcent de nous en convaincre autrement. Qui défend une telle vision unilatérale vit dans une illusion. |
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Il n'est guère de circonstances qui nous ramènent plus à la réalité que la maladie ; qu'il s'agisse de sa propre maladie ou de la manière de la traiter. Si l'on lit les récits de guérison de nombreuses personnes, il devient plus qu'évident qu'il n'existe pas et ne peut exister de chemin royal, mais que chaque personne doit trouver sa propre voie de guérison. Les thérapeutes et les guérisseurs sont des accompagnateurs possibles sur un tel chemin. C'est du moins ainsi que l'un des grands précurseurs de la thérapie holistique, Paracelse, l'exprimait : c'est toujours le « médecin intérieur » qui effectue la guérison, non le médecin extérieur. Le médecin extérieur n'intervient que lorsque le médecin intérieur est faible et à bout de forces. Il s'agit de lui redonner de la vigueur afin qu'il puisse reprendre son travail, c'est-à-dire guérir. |
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Les chemins de la guérison sont nombreux. Certains peuvent nous sembler même absurdes. Un ami m'a raconté un naturopathe qu'il avait visité longuement en Asie. Cet homme sautait et tournoyait autour de ses patients avec un bâton de bambou, un peu comme un perchiste. Ses succès en matière de guérison étaient, selon le récit de mon ami, stupéfiants. Qui pourrait dire qu'il ne s'agit pas là d'une bonne voie de guérison ? Les chemins de la guérison sont aussi colorés que les peuples, les cultures et les individus. Nous devons toujours prendre en compte deux choses lors de la guérison : le guérisseur lui‑même et sa voie, ses moyens et ses techniques. Dans les approches holistiques, le guérisseur est l'instance centrale, car son rayonnement compte énormément. Celui qui croit que seul le bon remède guérit — même s'il s'agit d'un remède homéopathique — est en parfaite concordance avec l'allopathie. Et seul le mot « bon » nous rappelle la misère que le combat pour la « vraie foi » a infligée à l'histoire de l'humanité. Hahnemann parlait de vibrations et d'accord intérieur, et je suis sûr qu'il pensait aussi au thérapeute ou au guérisseur. |
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Je suis fermement convaincu qu'il faut une qualité indispensable à tout guérisseur holistique : l'humilité. L'humilité face à la force parfois écrasante de la souffrance et l'humilité aussi devant la grandeur, l'étendue et l'effet merveilleur de la force de guérison. Combien la maladie nous enseigne la mise à terre et l'humilité, le sait tout guérisseur ou thérapeute qui a lui‑même été malade. J'ai connu des guérisseurs et des thérapeutes qui, toute leur vie, ont vigoureusement prêché contre la médecine conventionnelle et qui, lors de leur propre cancer, se sont immédiatement placés sous traitement médical conventionnel. |
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Un tel pas est tout à fait légitime : il est normal qu'une personne en situation d'urgence prenne des décisions différentes de celles qu'elle prendrait en bonne santé ou que celles qu'elle prenait dix ans auparavant. Mais quelle dépense d'énergie au préalable, combien d'émotions négatives pour combattre quelque chose, et quelle perte de confiance en soi alors qu'on doit demander de l'aide au « ennemi ». Je connais aussi le cas inverse : un médecin spécialisé en oncologie conventionnelle m'a dit que si lui‑même devait un jour souffrir de ce mal, il irait probablement d'abord consulter un bon guérisseur spirituel. |
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| Le monde est plein de contradictions, et celles‑ci font partie de la vie. Vivre, c'est cheminer et signifier un perpétuel changement. Le sens naît du mouvement, non de l'immobilité, disait autrefois le sage chinois Lao Tseu. Seule ce qui change éternellement reste vivant. Nous n'avons pas à être personnellement bons à tout ni à tout approuver. Les positions sont importantes dans la vie. Mais une vraie position n'a pas besoin de se consolider en détruisant ou rejetant tout le reste. Une vraie position ne s'exprime pas par de mauvaises manières. Une vraie position résulte d'une maturité intérieure et spirituelle ; elle est ce qui est réellement présent à l'intérieur. Elle rayonne et, de ce fait, peut laisser exister tout ce qui est différent à côté d'elle. Celui qui se respecte intérieurement accorde aussi la dignité due aux autres. Beaucoup d'homéopathes diraient sans doute qu'une personne a une position saine lorsqu'elle est dans sa puissance intérieure. L'impuissance doit lutter, car il s'y joue la survie. Une vraie position se caractérise précisément par sa stabilité et, en même temps, par sa capacité à suivre le cours de la vie, à rester adaptable. Sur ce sujet, je recommande le merveilleux livre « Hara » de Karlfried Graf Dürckheim. | |
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Les choses doivent être discutées. Nous pouvons nous battre pour des idées afin de permettre une fertilisation et un développement mutuels. Mais transformer une opinion ou une découverte personnelle en un système de croyances et de valeurs cristallisé et fanatique, auquel le monde devrait devoir sa guérison, est tout sauf salutaire et holistique. Je trouve tout à fait plus acceptable un médecin traditionnel qui est contre toute naturopathie, car il ne peut raisonnablement penser autrement. Mais la plupart des thérapeutes travaillant en naturopathie, parmi lesquels beaucoup se réclament de l'homéopathie, se définissent et définissent leur travail par des approches spirituelles et holistiques. Il est étonnant de voir le ton rugueux qui est parfois employé entre eux. J'aimerais leur lancer les mots d'Hermann Hesse : « Amis, pas ces tons… ». Et nous revenons ainsi à l'accord intérieur. Lorsque de telles disharmonies règnent, selon Hahnemann, il y a maladie. L'homéopathie est‑elle donc malade ? |
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![]() Inde/Gange |
Peut‑être est‑il bon de se poser cette question. Peut‑être vaudrait‑il mieux, au lieu de discuter théories et approches, regarder l'ensemble, passer de la pensée et du vouloir à l'expérience. Comment nous vivons nous‑mêmes et comment les autres nous vivent‑ils ? Nous comportons‑nous comme nous le proclamons ? Sommes‑nous, individuellement, en tant que groupe, en tant qu'association, aussi cohérents, holistiques et spirituels que nous le pensons ? Sommes‑nous capables d'agir de façon holistique les uns envers les autres ou nous comportons‑nous comme dans beaucoup d'associations ou de clubs ordinaires ? Ce sont en effet de grandes questions auxquelles il faut sans cesse faire face sur le chemin de la vie. Il n'est pas facile de se mesurer à ses propres résolutions, surtout si elles sont définies par des paramètres élevés comme l'éthique, le spirituel, le cosmique, le holistique. |
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Une auditrice demanda un jour au célèbre guérisseur spirituel anglais Tom Johanson comment commencer si l'on voulait devenir guérisseur spirituel. Il répondit : « D'abord guéris ton propre esprit avant de vouloir guérir celui des autres. » On imagine l'étonnement de l'auditrice. À un autre auditeur qui lui demandait ce qu'il fallait pour devenir guérisseur, il répondit : la compassion pleine de dévouement (« compassion »). Un autre encore demanda ce qui était d'abord nécessaire pour le don de guérison spirituelle ? Tom Johanson répondit : « Un patient ! ». Cette dernière phrase devrait nous réveiller en tant que guérisseurs et thérapeutes. Notre métier, qui j'espère est aussi notre vocation, vit du fait que d'autres souffrent, qu'il leur arrive malheur. Imaginez qu'il existât le remède miracle et que tous les êtres soient parfaitement sains ? Que deviendrait notre vocation ? Pourquoi nous efforcerions‑nous ainsi ? La tradition de la médecine chinoise n'était‑elle pas plus sage, exigeant que le médecin ne soit payé que si ses patients sont en bonne santé, et qu'il ne reçoive aucun honoraire si ils restent malades ? Le but était le maintien de la santé, pas la « réparation ». À condition, bien sûr, que chacun fasse sa part pour sa propre santé et soit conscient de sa responsabilité individuelle. Voilà qui serait un véritable changement de paradigme dans la politique de santé allemande. Je ne veux pas lasser le lecteur avec de tels développements de ma pensée, mais je voudrais nous rapprocher tous — et moi‑même — de ce qui est vraiment important dans l'existence de guérisseur et où je place mes forces. Épuisons‑nous à défendre des idées abstraites, des doctrines et des théories jusqu'à la dernière goutte de sang ? Épuisons‑nous à nous démarquer constamment de « l'autre », peut‑être perçu comme étranger ? Gaspillons‑nous la force de notre cohérence en nous querellant avec d'autres, en éprouvant peut‑être de l'envie pour leur succès et en nourrissant les ombres ? Et si nous agissons ainsi, pouvons‑nous être convaincus que force de guérison et lumière émanent de nous vers le monde ? |
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Je racontai un jour à un médecin ami quelqu'un qui critiquait et rouspétait sans cesse. Lorsqu'il rencontra cette personne en privé, il me dit après coup qu'il ne s'étonnait pas qu'elle fût ainsi : « Regarde la joie de vivre qu'elle répand autour d'elle ! », telle fut son impression. Ce que nous pensons et ressentons se manifeste aussi à l'extérieur. La vibration se propage. Quelle perte de temps et d'énergie dès lors, alors qu'il y a tant d'autres choses plus importantes à faire, surtout sur le chemin de la guérison. |
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Cela m'a été un souci intime d'écrire mes perceptions. Peut‑être réussirai‑je ainsi à inciter à la réflexion sur ce à quoi nous consacrons notre énergie. Les défis de l'avenir ne seront pas plus faciles et il y aura toujours des tentatives de certains cercles puissants financièrement pour interdire toute « guérison naturelle ». Les maladies d'aujourd'hui exigent du thérapeute toujours plus d'engagement et de force. Ne vaudrait‑il pas mieux orienter les énergies vers l'essentiel ? Nous devrions jeter des ponts et travailler ensemble à la grande œuvre commune : une médecine tolérante et pour la diversité égale de la vie. |
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