![]() |
La patiente, une femme de 27 ans, consulte pour des troubles digestifs. Pierre (P) : Quel est votre problème ? Mme K : « Depuis mon enfance, j'ai le ventre ballonné, des douleurs abdominales et de la constipation, mais depuis deux ans mon système digestif est vraiment mon point faible. |
|
J'ai des coups de poignard dans le ventre, et ça fait mal quand j'ai une selle ; je sens où se trouve la matière. Depuis quelques années j'ai arrêté de boire du café, car quand j'en bois j'ai des problèmes. J'aime le vin, mais aussi il me cause des désagréments. Tout empire avec le stress. En mars 2007 j'ai atterri aux urgences à cause d'atroces douleurs abdominales. J'avais mangé des lasagnes et en cinq minutes j'ai vidé mes intestins aux toilettes. Les douleurs étaient horribles, surtout en haut de l'abdomen, on aurait dit qu'il y avait beaucoup de petits couteaux sous la peau, et à cause de la douleur j'avais du mal à respirer, alors j'ai commencé à hyperventiler. Dans les jours précédant cet épisode j'avais souvent eu après le dîner des problèmes, des crampes et des piqûres à l'estomac et au ventre et une diarrhée aqueuse. En chemin vers l'hôpital les douleurs abdominales ont diminué, mais la douleur gastrique est restée. Le sang et l'urine étaient normaux. Une échographie et une endoscopie de l'estomac et de l'abdomen ont été réalisées, mais rien d'anormal n'a été trouvé et on m'a renvoyée chez moi avec une prescription médicamenteuse. Maintenant je bois 2 litres de liquide par jour, je mange autant de fibres que possible et je cuisine avec moins d'épices. Je ne bois plus d'alcool. Les crampes abdominales ont diminué, mais mon ventre gonfle encore régulièrement, malgré la prise de Pantazol deux fois par jour, et je dois toujours beaucoup roter. Mon estomac est encore très douloureux, c'est une douleur lancinante, une sensation de coups reçus. De plus j'ai des douleurs dans le bas-ventre lors de la selle, comme s'il se créait un vide. Depuis 2004 j'ai aussi des problèmes d'acide gastrique. Je prends depuis longtemps du ranitidine. J'ai des remontées acides et des brûlures de l'estomac jusqu'à la gorge. P : Pouvez-vous m'en dire plus sur ce qui s'est passé fin mars à l'hôpital ? Mme K : « Se tenir debout et s'asseoir m'étaient désagréables, et sur le chemin de l'hôpital j'avais la sensation que mon ventre se balançait. Je ressentais chaque irrégularité de la route comme un à-coup douloureux, j'aurais pu hurler de douleur. Je me sentais piégée par la douleur. J'avais des coups de poignard dans tout l'estomac et le ventre. Je ne pouvais plus respirer profondément correctement, je ne pouvais plus soulever et abaisser la poitrine. Ma peau a commencé à picoter sur tout le corps, mes avant-bras, mon visage — une sensation de désespoir ; c'était comme un crépitement à travers la peau. Maintenant je sens encore de petits couteaux dans le ventre, à chaque mouvement c'est comme si un couteau me poussait dans l'abdomen.» P : Pouvez-vous décrire plus précisément cette sensation ? Mme K : « C'est une sensation comme si des pointes étaient enfoncées en moi, qui s'enfoncent davantage dès que je bouge. C'est la sensation que je dois bouger, mais je ne peux pas à cause de la douleur.» P : (Je vous interroge davantage sur les points et les douleurs, mais elle ne donne pas d'autres informations). Mme K : « Non, je ne me souviens de rien.» P : (Je lui demande encore au sujet de la sensation de « vide », cela ressemble à un choc). Vous dites que ces désagréments vous « attaquent » ? P : Voulez-vous dire : « Mon énergie est complètement bloquée » ? Mme K : « Mon système immunitaire, mon niveau d'énergie, n'est plus ce qu'il était. Je suis constamment fatiguée et je me sens assommée. Je n'ai plus de réserves, tant physiquement que psychiquement. Mon corps ne fonctionne juste pas, il n'est pas en équilibre et je ne me sens pas stable. Je ne peux plus me fier à mon corps. J'ai vécu quelques années très turbulentes, des hauts et des bas. Un nouveau travail — dans le précédent j'avais fait un burn-out. Je n'ai plus de réserves, j'ai dépensé plus d'énergie que je n'en avais. L'année dernière j'ai divorcé (elle avait été mariée, mais s'est séparée l'année dernière de sa partenaire, une femme). J'ai une nouvelle amie, mais pas encore de nouvelle maison. Je n'ai pas de terre ferme sous les pieds.» P : Pas de terre ferme sous les pieds ? Mme K : « Bancale, mon corps ressemble à un arbre abattu. Je me sens impuissante.» P : Pouvez-vous décrire plus précisément ce sentiment d'« arbre abattu » ? Mme K : « C'est comme si on avait l'habitude de s'appuyer sur quelqu'un, mais que cette personne n'est plus là et qu'on tombe sur le visage.» P : Quelqu'un sur qui vous pouviez vous appuyer n'est plus là et vous tombez sur le visage. Comment vivez-vous cela ? Pouvez-vous le détailler ? Mme K : « Il n'y a plus de filtres. Je suis énergétiquement affectée par tout et par tous autour de moi. Chaque stimulus pénètre, une remarque méchante et je crie « Aïe ! » La lumière est plus vive, je dois plisser les yeux. C'est comme si je n'étais pas là, comme si les choses traversaient à travers moi. Je suis plus un fantôme qu'une personne. D'une remarque impolie de n'importe qui je me sens anéantie, je ne peux pas simplement l'écarter.» P : Elle vous pénètre, vous ne pouvez pas l'écarter ... ? » Mme K : « C'est littéralement comme si quelque chose était tiré dans mon ventre ; un objet contondant, un bruit sourd, un coup au visage. Je me replie, je ne connais pas de solution. C'est désespérant avec ces coups. Chaque remarque de ma compagne se sent comme un couteau tranchant, aïe ! » |
|
![]() ©A.-Dengs/PIXELIO |
P : Décrivez-moi encore plus précisément cette sensation ! Mme K : « Ça gronde en moi, je m'isolé au lieu d'agir. Une balle pénètre en moi et du tissu cicatriciel se forme autour. C'est comme l'impact d'une balle dans mon ventre, comme si quelqu'un frappait mon ventre avec des gants de boxe ! Un coup ! On dirait le ring de boxe et je reçois des coups. Je recevrais moins de coups si je pouvais les esquiver, mais je ne vois pas les gens qui me frappent. Je sais seulement que je reçois des coups, et je ne peux pas y réagir correctement. C'est comme si les gens traversaient à travers moi pour entrer dans le ring. Ils traversent à travers moi et me dépassent, il n'y a pas de limites, ils envahissent mon espace privé. Un couteau aiguisé est planté en moi et irradie dans mon corps et la chaleur me traverse... |
|
L'année dernière j'ai sans cesse fait de mon mieux pour relier mon corps et mon esprit ; avant j'étais complètement tête. Je ne m'occupais pas de mon corps, je ne pouvais pas bien le sentir. Je pouvais me distancier facilement ; quand c'était difficile émotionnellement, j'étais « ailleurs ». Autrefois je marchais souvent pendant des heures dans la forêt sans savoir où j'étais. Autrefois j'utilisais souvent l'alcool comme moyen d'évasion.» P : Pouvez-vous expliquer plus précisément cette « distanciation » ? Mme K : « Avant les gens essayaient de pénétrer en moi, mais j'avais comme un film devant les yeux. Deux fois je suis allée dans la forêt pour entendre le rythme et le son de mes pas. J'aime les arbres et l'obscurité. C'est comme glisser, comme s'il y avait moins de stimuli, comme si le monde ne pouvait plus m'atteindre. Plus de lumière et plus de son. Je n'entends rien, je ne ressens rien. Il pleut, et je ne le remarque même pas.» P : Quel est ce monde qui ne peut plus vous atteindre ? Pouvez-vous le décrire ? Mme K : « Quand le monde m'atteint, je vois tout, j'entends tout, je vois les couleurs, différentes nuances de vert, tous les détails de la vie. Cela peut être très beau et pas du tout négatif.» P : Pouvez-vous décrire le plus précisément possible ce que vous vivez quand le monde ne vous atteint plus et qu'il n'y a rien à entendre, rien à sentir ? Qu'éprouvez-vous ? Mme K : « Je me sens en sécurité, rien de négatif ne peut m'atteindre, je n'ai plus de douleur. » (Elle montre soudain beaucoup d'énergie, gesticule, son corps parle !) P : Les douaniers devraient intervenir ? Que voulez-vous dire par là ? Mme K : « J'ai besoin d'un tampon (1), d'une couche protectrice. Alors je pourrais tomber sans rien casser. On ne pourrait plus me mettre K.-O. sur le ring. » P : Parlez-moi de vos rêves ? Mme K : « Quand j'étais enfant j'avais souvent des rêves où j'étais dévorée par le feu. Je fuyais, mais le feu me retenait encore et encore. La sensation au réveil était « repoussée dans un coin, aucune issue, complètement seule. » Un autre rêve était que je n'arrivais pas à marcher dans l'eau, et j'étais emportée par le courant.» P : Souffrez-vous de peurs quelconques ? Mme K a étudié le néerlandais et la communication d'entreprise. Elle enseigne dans une école polytechnique. Elle a vécu une année turbulente : un divorce, une nouvelle compagne, un nouveau travail après avoir perdu l'ancien. Elle s'est engagée en politique locale. Actuellement elle n'a pas de maison et vit chez sa partenaire. Elle a toujours le sentiment de ne pas avoir de terre ferme sous les pieds, et elle a passé deux semaines au lit à la maison avec de la fièvre élevée. Elle était une personne complètement tête. Un événement marquant dans sa vie a été pour elle le divorce de ses parents : elle n'a plus de contact avec son père depuis 25 ans. La seule personne dont elle aurait pu recevoir de la reconnaissance était sa mère, mais elle n'a jamais reçu de véritable reconnaissance de sa part. Elle est jalouse de la relation entre sa sœur et sa mère, elle a toujours le sentiment d'être mise à l'écart, traitée injustement. Suite à ce manque de reconnaissance elle avait le sentiment de ne pas pouvoir être elle-même. Elle a dû se battre pour être elle-même, pour être assez forte. Elle dit être sensible et ouverte. Elle ne supporte pas quand « le schéma ne va pas », c'est-à-dire quand les choses ne se passent pas comme elle le souhaite. Anamnèse : Autres plaintes locales : Symptomatologie générale :
Analyse : Quel règne est-ce ? Chez les animaux nous observons souvent des sensations très liées au combat et à la survie, ce qui ne semble pas être le cas pour Mme K. Il n'y a pas d'agresseur clair ; elle parle de sa compagne comme quelqu'un qui s'étend dans son espace ; puis elle parle de « sensations qui la frappent directement au cœur », quelque chose qui ne concerne qu'elle. Dans son cas il s'agit d'une sensation particulière et de son contraire (voir explication dans le texte suivant). Elle parle de sensibilité et de quelque chose qui lui arrive. Dans ces circonstances il est clair qu'elle a besoin d'un remède végétal. Quelle famille de plantes est-ce ? Que ressent-elle ? Quel est le remède approprié ? Prescription : Conium maculatum MK (= C 1000 selon Korsakov) Suivis : Après 7 semaines : Prescription : Nouvelle prise de Conium maculatum C 1000. Après 28 semaines : Considérations : Si je rapporte la sensation de notre patiente au niveau mental, alors il pourrait s'agir d'un concept mental central qui la frappe comme un choc, auquel elle ne peut faire face parce qu'elle est si sensible et se déséquilibre si vite. On peut aussi se demander s'il est pertinent d'interroger précisément la nature de la sensation vitale, puisque l'excellente méthode de Sankaran est utile et praticable sans qu'on la comprenne. La réalité ultime de la vie ne peut être comprise rationnellement. Peut-être que la sensation vitale fondamentale ne peut être comprise du tout, parce qu'elle est un principe supérieur que notre esprit ne peut saisir. Catégorie : Cas |
|
| (1) buffer = tampon, ainsi s'appellent les douaniers ! | |

