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Entretien avec le Dr Jan Scholten

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Entretien avec le Dr Jan Scholten

Entretien réalisé par le Dr Pawan S. Chandak
 
chandak_90px.jpg Dr Pawan S. Chandak : Cher Jan, bienvenue sur modernhomoeopathy.com !
Nous sommes très heureux de vous avoir parmi nous aujourd'hui.
De nos jours, on donne souvent simultanément ou côte à côte des remèdes homéopathiques unitaires, des complexes, de la phytothérapie, des teinture-mères, de la biochimie, etc. Que pensez-vous de cela : existe-t-il un risque de suppression ? Comment comprenez-vous le concept de suppression chez Hahnemann ?
 
Jan_interview_90.jpg Dr Jan Scholten : La suppression peut toujours se produire si le remède approprié n'est pas administré. La suppression est un processus courant et tout à fait naturel qui peut se dérouler sans intervention thérapeutique. Mais les thérapies peuvent y contribuer, et plus la thérapie est "forte", plus elle peut provoquer de suppression. La question est de savoir si l'atténuation des symptômes, voire la guérison, est possible sans suppression.


Dr Pawan S. Chandak :
Parlez-nous un peu de votre vie, depuis votre enfance jusqu'à aujourd'hui.

Dr Jan Scholten : Il n'y a rien de particulier à raconter sur ma jeunesse. J'ai grandi dans une petite ville du sud des Pays-Bas. Je suis allé à l'école comme les autres enfants. Ma famille est portée vers la médecine ; mon père était vétérinaire, deux de mes frères sont vétérinaires et mon troisième frère est médecin généraliste.

Les choses essentielles se déroulaient plutôt en moi. J'ai toujours réfléchi à la vie et je me suis demandé ce qui motive réellement les gens. J'ai toujours cherché l'essence de la vie.
Peut-être pour cette raison, un test d'aptitude indiqua que la biochimie serait le domaine d'études le mieux adapté pour moi, et je commençai donc à étudier cette discipline. Les examinateurs avaient perçu mon intérêt pour la science et pour la vie et pensaient que ces deux intérêts seraient couverts par la biochimie.

Il s'est toutefois révélé plus tard que la biochimie était pour moi trop "morte", elle manquait de vie, de l'essence vitale. Je me tournai donc vers un domaine d'études totalement opposé et entrepris des études de philosophie. Mais après quelques années, je découvris que les professeurs s'intéressaient davantage à de belles théories qu'à la question réelle de l'essence de la vie. J'abandonnai donc ces études.

Puis j'étudiai la médecine. La théorie était excellente, mais la pratique ne me plaisait pas. J'avais souvent l'impression que les patients iraient mieux s'ils n'étaient pas à l'hôpital. En tout cas, je n'aurais pas aimé qu'on me fasse subir ce qu'on faisait aux patients. Cela concernait tout particulièrement les cliniques de cancérologie. J'ai demandé à plusieurs oncologues s'ils aimeraient être traités de la sorte et ils ont répondu non. Peut-être étais-je trop critique ; mais cela remonte à bien avant ma rencontre avec l'homéopathie.

Après mes études, j'ai décidé de devenir médecin généraliste, parce que, pour les raisons évoquées, je ne voulais pas travailler à l'hôpital. Pendant cette période, je suivis quelques cours de médecine alternative : acupuncture, médecine orthomoléculaire et plus tard l'homéopathie. J'ai choisi l'homéopathie en dernier, pensant que c'était un domaine assez marginal. Mais lorsque je m'intéressai à l'homéopathie, je découvris que c'était une vraie médecine. Des patients qui se sentent rajeunis et retrouvent leur être originel : voilà la guérison !

À partir de là, je n'ai plus travaillé que comme homéopathe. En homéopathie, tout s'est assemblé, c'était comme un retour chez soi. L'homéopathie montre ce qui agite les gens ; comment le corps fonctionne, comment il réagit au stress et comment il sait exprimer ses problèmes. L'homéopathie est en quelque sorte un agrégat de médecine, psychologie, mythologie, physique, philosophie et sociologie et englobe en quelque sorte toutes les sciences.

Dr Pawan S. Chandak : Pouvez-vous nous donner une raison particulière de votre intérêt pour l'homéopathie et de votre conversion à l'homéopathie ?

Dr Jan Scholten : Ce qui m'a convaincu, c'est le fait qu'on peut vraiment guérir avec l'homéopathie, que les patients se sentent aussi jeunes qu'avant leur maladie. Si les récits que j'avais lus étaient vrais, alors c'était ce que je voulais faire. Je voulais guérir les gens, les rendre véritablement sains.

Dr Pawan S. Chandak : Sur qui vous appuyez-vous dans votre travail homéopathique ? Je veux dire : qui est votre gourou ou votre maître, ou qui vous a inspiré et initié à l'homéopathie ?

Dr Jan Scholten : Il n'y a pas de gourou particulier. La vie est mon gourou, elle m'enseigne les choses essentielles. Les patients sont des gourous parce qu'ils montrent à l'homéopathe s'il a reconnu le bon tableau médicamenteux et administré le bon remède. Mes collègues sont des gourous en rapportant des cas intéressants et en m'inspirant par leurs idées et réflexions.

Dr Pawan S. Chandak : Que pensez-vous des courants actuels dans l'homéopathie concernant les différentes approches et hypothèses, et de la conception de l'homéopathie classique en ce qui concerne les remèdes unitaires et les prescriptions unitaires ?

Dr Jan Scholten : Le concept d'"homéopathie classique" est très imprécis. Certains homéopathes entendent par là une pratique homéopathique de la même manière que Hahnemann ou Kent. Dans ce sens, je ne suis pas un homéopathe classique.
Pour certains homéopathes, "homéopathie classique" équivaut à la prescription de remèdes unitaires. Dans ce sens, je suis classique. Cependant, l'idée des remèdes unitaires ne repose pas sur une base très solide au regard des lois de l'homéopathie.
Il se pourrait qu'à l'avenir il apparaisse que les "remèdes unitaires" ne sont pas le "cœur" de l'homéopathie.

Dr Pawan S. Chandak : Parlez-moi brièvement de l'état de l'homéopathie aux Pays-Bas, en tenant compte de vos expériences personnelles et des problèmes auxquels vous avez été confronté dans votre pratique homéopathique.

   
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Dr Jan Scholten : L'homéopathie montre diverses évolutions. En tant que phénomène social, elle subit d'une part de nombreuses attaques des médias, comme les magazines et la télévision. Ce n'est toutefois pas typique des Pays-Bas, cela existe partout dans le monde. Cette tendance culmine dans un article du Lancet, une méta-analyse sur l'homéopathie.

La conclusion de l'article était que l'homéopathie n'est qu'un placebo. Mais cette conclusion ne reposait que sur une sélection limitée de rapports de recherche. La sélection elle-même n'était pas décrite en détail, et il n'était pas clair sur quelle base elle avait été faite. L'ensemble était donc très peu scientifique.

Ce qui est étrange, c'est qu'une revue si "renommée" commette de telles erreurs évidentes. Et il est encore plus surprenant qu'elle s'oppose ainsi à d'autres revues qui, dans leurs actualités récentes, publient quatre méta-analyses antérieures montrant clairement que l'effet des remèdes homéopathiques ne se réduit pas à un effet placebo. Ces résultats ont été présentés de manière insuffisante dans les médias. Il semble qu'il existe, dans notre société, des forces qui travaillent consciemment contre l'homéopathie.

Certains homéopathes cherchent les causes de ces attaques au sein même de la communauté homéopathique. Par exemple, Vithoulkas rend responsables des nouvelles évolutions en homéopathie, telles que Sankaran et moi, du fait que l'homéopathie est attaquée. Cela arrive souvent quand des minorités sont attaquées : elles se divisent en sous-groupes et accusent toujours les autres pour obtenir le soutien du public. Par le passé, cela s'est souvent produit dans de nombreuses formations religieuses. Mais cela ne fonctionne pas. Des observateurs externes peuvent attaquer un groupe divisé encore plus facilement et avec plus de succès.
Ces attaques médiatiques ont en partie affecté négativement les gens, si bien que moins de personnes consultent un homéopathe. Par conséquent, certains homéopathes ont dû fermer leurs cabinets aux Pays-Bas. D'un autre côté, l'homéopathie en tant que science est en pleine évolution. Les résultats thérapeutiques s'améliorent – même pour des maladies graves. La compréhension des remèdes homéopathiques s'est approfondie et de nombreux nouveaux remèdes ont été ajoutés.

Dr Pawan S. Chandak : Que pensez-vous de la nécessité de recontrôler les remèdes homéopathiques testés à l'époque de Hahnemann ?
Est-ce vraiment nécessaire et, si oui, cela peut-il modifier notre Materia Medica par des redécouvertes et de nouvelles connaissances ?

Dr Jan Scholten : On peut faire beaucoup d'essais de remèdes si on le souhaite. Chacun est libre de choisir un remède et de l'essayer, qu'il soit ancien ou nouveau. Il est toujours bénéfique que de tels essais de remèdes soient publiés.
Chaque nouvel essai d'un remède "bien connu" différera du tableau ancien. Les essais de remèdes ne sont pas le remède lui-même ; ils montrent un aspect d'un remède, et les points de vue sont divers. L'essence d'un remède reste toujours la même, mais ce qui ressort d'un essai dépend de nombreux facteurs.

On peut comparer les essais de remèdes à une plante à différents stades de son développement : une jeune plante a une apparence différente d'une fleur en pleine floraison, et celle-ci diffère encore d'une plante en décomposition, mais c'est toujours la même plante.
 

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© Uschi Dreiucker/
PIXELIO

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© Uschi Dreiucker/
PIXELIO

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© Axel Hopfmann /PIXELIO
 
Bourgeon de sauge
Fleur de sauge
Sauge en hiver
 
 

Dr Pawan S. Chandak : Pensez-vous qu'une révision de la 6e édition de l'Organon soit nécessaire ?

Dr Jan Scholten : On peut voir la mise à jour de la 6e édition de l'Organon sous différents angles. Mais mon point de vue de principe est de laisser l'Organon tel qu'il est. C'est un texte historique et, en tant que tel, il est bien ainsi. Cependant, de nouveaux manuels homéopathiques seront toujours nécessaires, car l'homéopathie est en perpétuelle évolution. Une comparaison avec la physique éclaire la question : les écrits de Newton ne sont pas non plus "améliorés". Mais ses idées fondamentales sont reformulées dans des manuels modernes, peut-être de façon encore meilleure, des ajouts et des compléments sont apportés. Les écrits de Newton en tant que tels sont peu lus par les étudiants en physique, car il existe aujourd'hui des manuels bien meilleurs, rédigés dans un langage moderne et donc plus compréhensibles.

Dr Pawan S. Chandak : Quelle est selon vous l'importance du diagnostic de la maladie en homéopathie ? Est-ce indispensable ?

Dr Jan Scholten : Un diagnostic correct fait partie du diagnostic homéopathique. La "maladie" est une partie du tableau médicamenteux et, en tant que telle, pertinente et importante. Mais on peut aussi prescrire sur la base de l'essence d'un remède, d'un sentiment de vie, de son intuition ou de toute autre chose, et ainsi contourner le diagnostic. L'essentiel est de reconnaître le remède approprié, quelle qu'en soit la manière.

Dr Pawan S. Chandak : Que pensez-vous de l'application d'une médication préventive lors de différentes épidémies (1) comme le chikungunya, les infections virales ou la conjonctivite ? Êtes-vous d'accord avec le concept du genius epidemicus de Hahnemann ? Et si non — pourquoi ? Le Dr Praful Vijaykar, par exemple, n'est pas d'accord avec le concept d'épidémie de Hahnemann.

Dr Jan Scholten : Je pense que Hahnemann a fait un excellent travail à ce sujet. En prévention et en thérapie des épidémies, l'homéopathie a dès le départ enregistré de grands succès partout dans le monde. Les épidémies sont l'un des domaines où l'efficacité des remèdes homéopathiques peut être facilement démontrée.

Dr Pawan S. Chandak : Que pensez-vous du sujet de la "classification des miasmes", telle que prônée par certains homéopathes, par exemple miasme du cancer, miasme du paludisme, miasme du sida, etc. ?
Avons-nous besoin, au-delà de la classification miasmatique donnée par Hahnemann (psore, sycose et syphilis), d'autres classifications miasmatiques ?

Dr Jan Scholten : Le "modèle des miasmes" est utilisé de nombreuses façons différentes. Certains homéopathes n'utilisent que les trois groupes de remèdes tels que Hahnemann les a définis.
Masi utilise les mêmes miasmes comme stades de développement de la maladie. Selon Masi, les remèdes, par exemple, ne sont pas psoriques, mais ils peuvent être appropriés chez un patient se trouvant dans un stade psorique de la maladie.
Sankaran utilise le concept des miasmes comme un moyen de reconnaître les problèmes associés aux différentes formes d'une maladie. Le modèle des miasmes de Sankaran est étroitement lié aux stades du tableau périodique, les miasmes étant l'expression de ces stades. Hahnemann développe son idée des miasmes dans les "Maladies chroniques" ; le miasme, derrière la souffrance visible, signifie quelque chose comme une contamination ; on ne la voit pas, mais elle produit la maladie. Ainsi, le terme miasme exprime l'idée que les "maladies" ne sont pas les affections elles-mêmes ; quelque chose d'autre est derrière toutes ces pathologies, qui est le véritable foyer de maladie. Avec cela s'associe l'idée que les "miasmes" peuvent être hérités de génération en génération en tant qu'influences invisibles.
Il est donc difficile de parler des miasmes sans d'abord préciser ce qu'on entend exactement par là.

Dr Pawan S. Chandak : Vous avez donné des séminaires ou des conférences dans divers pays. Quelle impression avez-vous de la place de l'homéopathie en Angleterre et aux États-Unis ?

Dr Jan Scholten : C'est comme je l'ai déjà dit. La situation ne diffère pas beaucoup de celle des Pays-Bas. Je pense que c'est différent en Inde, mais je ne connais pas suffisamment la situation là-bas pour en parler longuement.

Dr Pawan S. Chandak : Quels conseils donneriez-vous à la jeune génération d'homéopathes ? Il existe partout dans le monde des écoles très diverses et des opinions variées, comme Sankaran, l'homéopathie prédictive (Vijayakar), Vithoulkas, Sehgal, etc.

 
hahnemann_statue_90.jpg Dr Jan Scholten : Les "écoles" sont un phénomène social, pas scientifique. Il n'existe qu'une seule science homéopathique avec différentes théories qui se complètent.
On peut comparer cela à la physique : nous n'avons pas d'écoles séparées pour l'électricité, la gravitation et la physique quantique : tout cela relève de la physique.

Il en va de même pour l'homéopathie : un remède reste un remède. On peut regarder ce remède sous différentes perspectives, mais le remède demeure le même. On pourrait aussi dire : "Peu importe la manière dont on trouve le remède." Ou, de façon plus scientifique : "Le remède agit indépendamment de la manière dont il a été trouvé."

Cependant, il existe une division en homéopathie entre un groupe conservateur et ceux qui explorent de nouvelles voies. Les conservateurs se disent "classiques" et prétendent être les véritables héritiers de Hahnemann. Ils ont tendance à ne pas reconnaître les nouvelles évolutions comme de la véritable homéopathie ; ils les écartent en les qualifiant de "nouvelles écoles" ou de "choses seulement pour des très avancés, mais certainement pas pour les débutants". Malheureusement, la plupart des enseignants dans les écoles d'homéopathie sont plutôt du côté des conservateurs et n'enseignent aux étudiants que l'homéopathie "ancienne". La discussion entre les deux groupes n'est pas très féconde et conduit souvent à des reproches et à des dénigrements.

Un exemple peut illustrer cela. J'ai eu une discussion avec Vithoulkas sur l'évolution des tableaux médicamenteux. Vithoulkas insistait pour dire qu'ils ne peuvent être dérivés que d'essais de remèdes et peut-être, peut-être un tout petit peu, de cas cliniques. Il qualifiait d'inhoméopathique, non hahnemannienne, idiote et uniquement motivée par le désir de reconnaissance l'idée d'obtenir des tableaux médicamenteux à partir de la classification miasmatique.
Aucun de ces quatre arguments n'est scientifiquement pertinent. Il est très regrettable que la discussion ne puisse pas être portée à un niveau scientifique.
Vithoulkas se moque de la même manière de l'idée que les remèdes issus des différents règnes ont chacun des qualités particulières. Là encore, il manque tout argument scientifique, il tente juste de ridiculiser. C'est dommage qu'il rejette ces idées sans en avoir fait l'expérience. Or l'expérience montre qu'elles sont justes. Dommage que Vithoulkas ne puisse reconnaître ces nouvelles connaissances, et c'est encore plus regrettable pour ses patients. Mais le pire pour la communauté homéopathique est que cela entraîne division et confusion.

Les classiques argumentent qu'on ne suit pas exactement Hahnemann. Mais ce n'est pas un argument scientifique. C'est plutôt un argument religieux, comme chez les gens qui se réfèrent à la Bible ou au Coran comme textes ultimes. Scientifiquement parlant, il est sans intérêt de savoir qui a dit quoi ; il importe seulement de savoir si ce qui a été dit est vrai.

Dr Pawan S. Chandak : Parlez-nous davantage de vos recherches sur la "règle de similitude".

Dr Jan Scholten : Toute prescription est un test de la théorie de la similitude. Mais jusqu'à présent, j'ai confiance en la règle de similitude. Cela signifie que si un remède ne fonctionne pas, je remets en question ma prescription et non la règle du simile. C'est une affirmation claire : je fais confiance au principe de similitude. Il est universel et fonctionne toujours. Cela signifie qu'il s'applique à toutes les thérapies, y compris la médecine conventionnelle.

Dr Pawan S. Chandak : Parlez-nous de vos études sur le tableau périodique et sur le règne minéral. Comment est née votre volonté d'explorer les rapports entre le règne minéral et l'homéopathie ?

Dr Jan Scholten : Ma question serait plutôt : "Comment aurais-je pu ne pas travailler avec le tableau périodique ?". Le tableau périodique des éléments est le plan fondamental de la structure de la nature et est donc pertinent pour l'homéopathie. L'homéopathie n'est pas quelque chose en dehors de la nature. Au contraire, l'homéopathie est profondément enracinée dans la nature et dans son essence vitale. Ainsi, le tableau périodique doit avoir une signification profonde pour les remèdes de la nature. La nature est une unité, les théories sont diverses.
 
Dr Pawan S. Chandak : Pourquoi avez-vous choisi de combler les espaces vides de façon synthétique, mais sans effectuer d'essais systématiques de remèdes ? Parlez-nous en détail, s'il vous plaît.

Dr Jan Scholten : Il y a plusieurs raisons. La première est que les essais de remèdes à la manière classique, comme le fait Sherr, demandent beaucoup d'énergie et de temps. Si j'avais procédé ainsi, mon livre Homöopathie und die Elemente ne serait pas encore terminé aujourd'hui.
  
La deuxième raison est que c'est plus scientifique, ou plutôt, c'est de la science à un niveau supérieur, au niveau de la classification. Cela favorise la scientificité de l'homéopathie parce que cela peut faire des prédictions sur les tableaux médicamenteux. Les prédictions sont importantes pour la science.

La troisième raison est que la théorie des éléments fournit les essences des remèdes ; on n'est donc pas distrait par des décors secondaires ou des informations erronées, comme cela arrive souvent dans les essais de remèdes.

Dr Pawan S. Chandak : Comment avez-vous déterminé le conflit de vie ou le thème des différents éléments, séries et stades ? Est-ce un extrait de la littérature disponible ou plutôt un processus intuitif ?

 
calendula_90.jpg Dr Jan Scholten : La détermination de l'essence et des thèmes des remèdes, des éléments et des plantes est un processus. Il peut commencer par la Materia Medica ou une autre source d'information comme la mythologie, la phytothérapie, le nom ou la substance elle-même.

Ensuite, des cas cliniques viennent compléter le tableau, lui donnant profondeur et vie. La classification rassemble tout cela et affine l'essence. Elle facilite ainsi la comparaison et le diagnostic différentiel. L'ensemble est achevé par la logique, car la séquence des stades suit la logique du processus vital. 

Dr Pawan S. Chandak : Il existe aujourd'hui de nombreux nouveaux remèdes qui n'ont pas encore été testés. Quelle est votre position sur ce problème ? C'est un sujet qui fait beaucoup débat…

Dr Jan Scholten : Il existe plusieurs façons d'arriver à un tableau médicamenteux. L'essai de remède est une voie possible. Malheureusement, Hahnemann a limité l'homéopathie à cette seule possibilité, et il s'est trompé, comme je l'expose dans "Dogmatisme en homéopathie". Les tableaux médicamenteux peuvent aussi être dérivés de cas cliniques guéris, comme le montre la règle du simile. Et ils peuvent être déduits des classifications, qui sont un aspect fondamental de toutes les sciences, comme je l'ai présenté dans Homöopathie und die Elemente.

Dr Pawan S. Chandak : Puisque pour vous le point central repose sur le cas guéri, j'aimerais demander : comment évaluez-vous à long terme si un remède agit ou non ?
Quels critères déterminent si un remède ou une série de remèdes conduisent le patient vers la guérison ? Quand considérez-vous qu'un patient est guéri ? Dites-nous votre avis et dévoilez-nous votre façon de travailler !

Dr Jan Scholten : L'évaluation des cas est un élément essentiel de l'ensemble de l'homéopathie ; la guérison se déroule selon la "loi de Hering".
C'est l'expression d'une loi générale selon laquelle tout système vivant tente de se libérer des maladies ou des problèmes autant que possible. L'une des voies de guérison les plus simples est la projection, voie souvent choisie par les personnes et même par des sociétés entières. Le facteur le plus important pour moi est la guérison de l'esprit et de l'âme. Si un patient peut aborder ses problèmes avec plus de détachement et n'est plus si affecté par eux, on peut être sûr qu'il est sur la bonne voie et que la guérison progresse. Le patient s'est libéré de son problème, il est devenu en général plus libre.
Mais parler de "guérison" me semble de toute façon inapproprié. Les gens ne sont pas strictement malades ou bien portants, il n'y a pas de séparation nette entre malades et sains, même si, d'un point de vue physique et superficiel, cela peut sembler être le cas.
Les gens se situent partout sur une échelle allant du très malade au très sain. Ainsi, les personnes ne peuvent jamais être "parfaitement guéries" ; elles sont en chemin vers une meilleure santé.

Dr Pawan S. Chandak : Ces dernières années, il y a eu beaucoup de désaccords et de discussions sur la manière correcte de réaliser des essais de remèdes. Certains insistent pour que les essais commencent par une faible puissance (matérielle) et que seules des personnes particulièrement sensibles testent ensuite des puissances plus élevées. D'autres recommandent d'effectuer tous les essais en 30C.
Quelle approche vous semble correcte ? Et comment distinguez-vous le symptôme d'un remède du "bruit" ?

Dr Jan Scholten : J'ai abordé le sujet des "essais de remèdes" dans "Théorie des essais de remèdes".
 
 Dr Pawan S. Chandak : Que pensez-vous du concept de "l'observateur impartial" ? Comment appliquez-vous ce concept dans votre pratique, comment guidez-vous vos étudiants ?
 
Dr Jan Scholten : L'"observateur impartial" est un idéal qui n'existe pas, mais il faut tenter de l'atteindre. Toutes les caractéristiques de personnalité de l'homéopathe vont à l'encontre de l'effort pour être un "observateur impartial". Elles sont présentes et influencent. En tant qu'homéopathe, on est confronté à ses propres traits de caractère dans la thérapie. Ils apparaissent comme des obstacles à la guérison lorsque nous essayons d'aider nos patients. Ainsi, l'homéopathe peut évoluer et devenir plus sain et moins partial en examinant ses problèmes dans la thérapie. Cela fait partie des stimulis du travail homéopathique.

Dr Pawan S. Chandak : Comment les étudiants doivent-ils procéder pour apprendre votre manière de travailler en homéopathie ? Quels conseils donnez-vous à la jeune génération d'homéopathes ?

Dr Jan Scholten : C'est un cheminement d'essais et d'erreurs, comme tout métier et tout art. C'est en forgeant qu'on devient forgeron. Une partie essentielle de l'homéopathie est le désir et l'effort de comprendre les problèmes des patients.
Si l'on sait pourquoi un patient a créé sa pathologie, on a trouvé l'essence du cas. Et l'essence est la part du remède que l'on retrouve dans chaque cas. On peut s'y fier. L'effort pour comprendre le patient conduit à la racine du problème et au noyau de l'être du patient. C'est l'endroit où la pathologie prend naissance. Ce chemin mène donc à la compréhension du cas.

Dr Pawan S. Chandak : J'espère que nous aurons bientôt le plaisir de vous accueillir en Inde. Jan, merci beaucoup d'être venu et d'avoir partagé aujourd'hui votre temps et vos pensées avec nous. Ce fut un plaisir de mener cette discussion et j'espère que nous poursuivrons notre collaboration au service de notre objectif commun, la promotion de l'homéopathie. Merci !

Dr Jan Scholten : J'espère pouvoir venir bientôt en Inde !

(1) Dans les paragraphes 100 – 102 de son Organon de l'art de guérir, Hahnemann décrit la procédure à suivre en cas d'épidémies. Il recommande d'observer quels remèdes ont fait leurs preuves lors d'une épidémie puis, au cas par cas, de prescrire en fonction de ces indications éprouvées.

 

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