(Essen, 14.07.2010) Il n'était qu'une question de temps avant que le débat de politique sanitaire ne s'étende à la médecine complémentaire. C'est maintenant la Une du SPIEGEL qui met la machine en marche.
Que l'homéopathie soit choisie comme point de départ n'étonne pas. C'est la méthode de la médecine complémentaire qui divise le plus les opinions. Certains hommes politiques profitent des affirmations du SPIEGEL pour s'exprimer sur le rôle de l'homéopathie dans l'assurance maladie obligatoire (GKV).
Pragmatisme plutôt que combat idéologique
L'article du SPIEGEL est intitulé "Le grand frisson". Il y est question d'une hostilité irréconciliable entre partisans et opposants, d'"inconditionnels croyants et de critiques fondés", et le ton deviendrait "plus rude, les affrontements plus rudes."
Il n'en est rien : dans la réalité des soins (cabinets médicaux, hôpitaux, chambres des médecins, caisses d'assurance, facultés de médecine) il existe de nombreux bons exemples de coexistence fonctionnelle. Indépendamment de la politique de santé et du lobbying, à la place du combat idéologique que l'auteur veut nous imposer s'installe un pragmatisme guidé par le bien-être et les souhaits des patients.
Homéopathie dans les universités
Même dans les facultés de médecine des cliniques universitaires, la volonté de coopération augmente : dans de nombreuses universités, l'homéopathie fait désormais partie intégrante du module transversal 12, qui est obligatoire. Rien que durant le semestre d'été 2010, près d'une université sur trois proposait en outre le cours au choix "Homéopathie" aux futurs médecins.
Le SPIEGEL s'efforce toutefois de ranimer de vieux schémas ennemis et de rouvrir des fossés depuis longtemps comblés. Tenter de dresser à nouveau les partisans des deux camps les uns contre les autres n'aide en rien. Et l'objectivité est plus indispensable que jamais — malheureusement, l'article en manque sur des points centraux :
1. Sur l'affirmation selon laquelle l'efficacité de l'homéopathie serait scientifiquement réfutée
Le SPIEGEL affirme qu'il n'existe "pas la moindre preuve convaincante que les granules homéopathiques produisent autre chose qu'un effet placebo". Cette affirmation est manifestement fausse (sauf à interpréter le mot "convaincante" de façon à exclure ce qui ne cadre pas avec la vision du monde de l'auteur). Des preuves modernes d'efficacité (au sens d'essais randomisés contrôlés par placebo) existent, par exemple montrant que le médicament homéopathique Galphimia glauca est efficace dans le traitement du rhume des foins, qu'un traitement homéopathique individualisé des diarrhées infantiles peut réduire de manière significative la fréquence et la gravité des selles par rapport au placebo, ou qu'un traitement homéopathique atténue les douleurs des patients atteints de fibromyalgie. C'est pourquoi l'homéopathie a été intégrée aux recommandations officielles pour le traitement de la fibromyalgie.
On ne peut donc pas dire que l'homéopathie soit "réfutée". Il est trompeur d'affirmer que "depuis au moins dix ans, tous les revues systématiques et méta-analyses bien faites sont parvenues au même résultat". Qui lit les conclusions de ces travaux y trouvera des remarques prudemment positives et majoritairement négatives, mais pas de formulation affirmant une "preuve" de non-efficacité.
Dans ses formulations, le SPIEGEL manque globalement de précision. Des termes scientifiques clairement définis comme utilité, effet et efficacité sont mélangés sans discernement. Ainsi, le président du Gemeinsamen Bundesausschuss, Rainer Hess, se persuade selon le SPIEGEL d'affirmer que le bénéfice de l'homéopathie n'est pas démontré. Ce qu'il veut probablement dire est tout autre : à savoir l'efficacité spécifique des médicaments homéopathiques. Que le traitement homéopathique soit bénéfique pour le patient peut aujourd'hui être considéré comme incontestable.
2. Sur l'importance de l'action 10:23 au Royaume-Uni
Que l'article du SPIEGEL ne vise pas la scientificité se voit aussi au fait que la protestation anglaise contre l'homéopathie "10:23" est placée en bonne place dans l'article, alors que sa valeur scientifique est nulle. Il est pour le moins déroutant de discuter de la problématique des études de faible qualité concernant l'homéopathie et, simultanément, de présenter comme preuve de l'inefficacité une campagne médicalement et éthiquement très contestable.
3. Sur l'exigence du Prof. Karl Lauterbach d'interdire le remboursement de l'homéopathie
Les caisses d'assurance maladie légales peuvent rembourser les traitements homéopathiques, elles ne doivent pas le faire ! La demande de Lauterbach d'interdire une prestation facultative a peu de sens. D'une part on souhaite renforcer la concurrence entre caisses, d'autre part on restreint les marges de manœuvre ? Cette démarche hésitante se poursuit.
Pourquoi, par exemple, la moitié des caisses rembourse l'homéopathie, a diverses raisons. Ces raisons doivent en tout cas être convaincantes, car le traitement homéopathique est manifestement efficace ; et il correspond au souhait des assurés.
4. Sur les coûts des médicaments homéopathiques
Depuis la réforme de la santé de 2004, les médicaments de naturopathie et homéopathiques destinés aux adultes ne sont, à quelques exceptions près, plus remboursés. Les coûts sont à la charge des assurés, il n'en résulte pas de charge pour le système de santé. Avant la réforme, les coûts liés au remboursement des médicaments homéopathiques représentaient moins d'un pour cent du budget total des médicaments.
5. Sur les propos du futur directeur de l'IQWiG, le Prof. Jürgen Windeler
L'affirmation de Windeler, "L'homéopathie est un concept spéculatif et réfuté", n'est pas tenable. Comme presque tous ceux qui parlent d'homéopathie, il commet l'erreur de définir l'homéopathie par la dynamisation (potentisation). Le principe fondamental central de l'homéopathie n'est pourtant pas la potentisation, mais le principe de similitude ("Que le semblable soit guéri par le semblable"; non : "le même par le même", comme l'écrit le SPIEGEL). Qui parle du concept homéopathique doit examiner le principe de similitude et rien d'autre. En ce sens, le "concept homéopathique" n'est ni démontré ni réfuté.
Par ailleurs Windeler affirme : "il n'est même pas nécessaire de poursuivre la recherche, l'affaire est close." Il ignore ainsi l'état de la recherche et la volonté de la population. Si la science devient une fin en soi et ne se préoccupe pas des problèmes des patients, Windeler n'a pas à se plaindre dans le SPIEGEL que "les gens se moquent des conclusions auxquelles la science parvient." La recherche sur l'homéopathie est clairement dans l'intérêt de la population ; des recherches supplémentaires sont urgemment nécessaires.
6. Sur les propos du Prof. Edzard Ernst
Les prétendues études d'observation provoquent selon Ernst un "sourire indulgent chez tout méthodologiste", car on pourrait avec elles "démontrer n'importe quelle absurdité". Il en est tout autrement : en raison de leur complexité elles font plutôt transpirer un méthodologiste que lui arracher un sourire.
Les études d'observation sont l'instrument le plus important pour décrire la réalité des soins. Elles constituent une pièce essentielle pour évaluer si et dans quelles circonstances une thérapie est utile. Ce n'est du non-sens que si les résultats ne sont pas interprétés de manière appropriée.
D'ailleurs il est significatif que l'auteur ait précisément choisi Ernst comme témoin clé contre l'homéopathie. Le SPIEGEL écrit : "Les arguments des homéopathes rebondissent sur Ernst comme sur un mur de béton."
7. Sur l'affirmation selon laquelle la Fondation Karl et Veronika Carstens financerait la recherche sur l'homéopathie de façon "bienveillante"
Cette affirmation est fausse. La science, selon la Fondation Carstens, est par nature ouverte aux résultats, pas "bienveillante". Les résultats de recherche valables ne doivent pas être influencés par des intérêts institutionnels ou personnels. La politique de publication de la fondation illustre clairement cette position : les résultats négatifs sont publiés sans réserve et dans leur intégralité tout autant que les résultats positifs.
Que cette pratique ne soit pas suivie dans l'industrie pharmaceutique, l'auteur du SPIEGEL le sait mieux que quiconque : dans son livre "Kranke Geschäfte, wie die Pharmaindustrie uns manipuliert" il consacre près de 300 pages à la politique, à la recherche et au travail de lobbying des firmes pharmaceutiques.
8. Sur l'affirmation selon laquelle les homéopathes seraient opposés à la vaccination
Malheureusement, le SPIEGEL répète un préjugé souvent exprimé sans approfondissement. À ce jour, il n'existe aucune enquête montrant que "l'opposition à la vaccination, populaire chez les homéopathes" existerait. Au contraire : la seule enquête auprès de médecins généralistes et de pédiatres sur leur comportement vaccinal a conclu que les homéopathes ne peuvent pas être catégoriquement classés comme opposants à la vaccination.
(http://www.carstens-stiftung.de/nachwuchs/promotionsfoerderung/abstracts/hom/lehrke.pdf)
9. Venin de crapaud et homéopathie nazie
Tenter de rendre l'homéopathie étrange au moyen d'exemples saugrenus tirés de la "Materia Medica" n'est pas nouveau. De même, la référence aux activités des nazis est un fait souvent cité par les opposants à l'homéopathie. Ces tentatives de discrédit n'apportent rien à une discussion factuelle. Au contraire, le choix de ces exemples éclaire les intentions de l'auteur.
Conclusion : L'article du SPIEGEL relancera le débat sur l'homéopathie et sur la médecine complémentaire en général. La Fondation Karl et Veronika Carstens, en tant qu'organisation scientifique, et son groupe de soutien "Natur und Medizin e.V.", en tant que représentant des patients, accueillent favorablement la discussion tant que les faits et les arguments sont au centre. L'agitprop, la manipulation de l'opinion et une ignorance effrayante des faits, comme le présente le SPIEGEL, n'avancent pas la cause. |